dimanche 3 juillet 2016

Quel avenir après le Brexit ?

La première question et la plus importante est celle-ci : Le Royaume-Uni quittera-t-il réellement l’UE ? Plusieurs menaces de non mise en application du vote des britanniques se font déjà jour. Les manifestations orchestrées d’annulation du référendum se déroulent au Royaume-Uni avec les déçus, les idéalistes de l’UE de la paix et de la prospérité, les pragmatiques des avantages spéciaux accordés à leur pays, les investisseurs non-initiés qui ont bu le bouillon, les eurodéputés qui voient fuir le magot, etc. Tout ce monde est facilement mobilisable mais on en rajoute avec la publication de 3 millions de signatures en une journée sur internet. Bien que l’on puisse « bourrer ces urnes » avec une facilité enfantine, il s’agissait d’un mensonge éhonté. On note aussi ce mouvement soulevé pour l’indépendance de Londres et son maintien dans l’UE. Tout ceci n’est que fariboles et manipulations. Mais cela montre combien il existe un monde d’europhiles, et de forces de persuasion de la nuisance de la démocratie.

Mais le petit monde des technocrates et politiques de Bruxelles a pris de plein fouet la nouvelle du Brexit. Ceci les pousse immédiatement à reprendre les négociations avec la Turquie, le chiffre de 28 devenant un nombre d’or. Les commentaires vont bon train pour dire que le Brexit ne sera pas mis en application. C’est à mon avis beaucoup plus complexe. Deux chefs d’Etat émergent dans l’après-Brexit, Cameron et Merkel, dont je dis qu’ils étaient acteurs et initiés du Brexit et qu’ils ont bien caché leur jeu. Non seulement nulle émotion ne transparaît dans leur comportement en dehors de propos de façade, mais ils envisagent l’avenir avec calme et pragmatisme. Avant de disparaître, son rôle s’arrêtant au premier acte, Cameron ne signera la sortie par l’article 50 du traité que lors de son départ de la tête du Parti Conservateur, le temps que Merkel reprenne la main sur les principaux joyaux de l’UE qu’il s’agit de tenir fermement dans l’orbite allemande. De l’autre côté les discussions britanniques retrouveront leurs anciens partenaires de la zone de libre-échange pour dresser un plan de négociation.

La signature d’un document de sortie ne doit en rien troubler la réussite économique du Royaume-Uni avec ses ex-partenaires privilégiés de l’UE, pas plus que la politique hégémonique allemande. Il faut re-tricoter pas-à-pas l’écheveau d’accords qui liaient le Royaume-Uni à l’UE, enfin les liens qui ont un sens pour Londres et Berlin, et avec la France pour ce qui concerne la défense. Le seul atout de la France, ne l’oublions pas, c’est sa force nucléaire qui lui vaut un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU. Berlin fera plier Paris sans le froisser et même en saluant son importance pour le faire entrer dans une défense européenne à l’allemande liée plus étroitement encore à l’OTAN donc à Washington et de ce fait aux puissances de l’argent. L’Allemagne, avec la plus grande base européenne de l’OTAN sur son sol, est le pivot du glacis américain que les États-Unis veulent maintenir coûte que coûte mais à moindre frais. L’Allemagne restera le partenaire docile tant que sa force sera insuffisante pour affronter la puissance déclinante américaine. Grâce à une armée européenne intégrée à l’OTAN, elle pourra ainsi s’immiscer beaucoup plus dans les affaires du monde et être le leader de la politique étrangère européenne, inexorable résultat de sa puissance économique.

Le Brexit se fera mais pas comme certains ont pu l’imaginer, c’est-à-dire comme une cassure franche et nette, comme une rupture des amarres du navire britannique avec le continent. Rien ne changera sur le plan économique et bancaire sur le fond, la forme évoluera. La City continuera son rayonnement mais le Royaume-Uni et l’Allemagne auront respectivement les mains plus libres pour tracer leur propre politique. Le Royaume-Uni ne rendra plus de comptes à Bruxelles sur son budget et sa dette, et pourra mener la politique d’immigration à sa guise. L’Allemagne n’aura plus à affronter deux poids lourds, Royaume-Uni et France, qui pouvaient s’entendre en particulier en matière de défense et marginaliser l’Allemagne. L’Allemagne va pouvoir au contraire s’appuyer sur le RU pour mener une stratégie mondiale entre Londres-Berlin et Pékin pour amenuiser progressivement l’emprise américaine sur l’Europe, avec une stratégie monétaire basée sur le yuan. L’Allemagne veut garder les accords bilatéraux avec la Russie sans être prise en tenaille dans un axe Paris-Berlin-Moscou. Ces accords traitant principalement de l’énergie gazière, l’Allemagne garde un contrôle important de l’alimentation de l’Europe en énergie.

L’Union Européenne est vouée à la dislocation et à une reconstitution des alliances sur un modèle plus restreint, plus souple sur l’ensemble du Continent mais plus resserré autour de l’Allemagne avec les pays les plus importants et territorialement proches d’elle. Le but ultime est de transformer tous ces pays en länders de façon à rendre leur contrôle plus efficace, le sentiment national est à effacer progressivement. La France doit retourner au Moyen-âge et aux duchés, c’est le but avec les super régions qui vont prendre le pas sur l’Etat dans les années qui viennent et lever l’impôt comme cela est en train de se faire avec la taxe régionale pour 2017. L’économie étant le maître-mot de la mondialisation, le TAFTA sera signé avec ou sans aménagement. L’Europe économique sera de plus en plus transatlantique, c’est tout-au-moins ce que les Maîtres de l’Univers sont en train de mettre en place et ce qui avait pris du retard avec le renâclement d’un certain nombre de pays. Le Brexit permet désormais d’atteindre deux buts complémentaires, le grand marché transatlantique et le désordre de l’Europe qu’il va provoquer associé au flux migratoire dont l’un des robinets est tenu par la Turquie. L’autre robinet est en Libye mais ce pays est de nouveau destiné à recevoir les troupes de l’OTAN et la politique à double-détente avec Daech avant de déstabiliser l’Algérie dont on lit de plus en plus d’articles la vilipendant. On voit d’ailleurs que BHL s’y intéresse, le conflit n’est donc pas loin.

En conclusion le Brexit est une aubaine pour le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Maîtres du monde, c’était un passage obligé. Le peuple britannique a sauvé la démocratie mais devra rendre la mondialisation plus humaine, ce qui est loin d’être gagné et la pauvreté reste une gangrène. La France est la grande perdante car elle a raté une occasion de son histoire avec la main tendue de la Russie, main sur laquelle elle a craché avec la plus grande désinvolture. Elle se retrouve seule face à la puissante Allemagne, et son partenaire italien est aussi mal en point que ses banques pour lesquelles il demande de déroger aux traités pour les renflouer par 40Mds€ au bas mot. La collusion gauche-centre-droite de la pensée unique bloque pour l’instant tout référendum et toute inflexion de notre politique intérieure et extérieure. Washington et Berlin nous imposent l’un à l’intérieur, l’autre à l’extérieur, notre conduite. Le peuple français est tellement soumis à un matraquage médiatique, l’ensemble des médias étant tenu par un quarteron de puissances financières qui ne pensent que mondialisation, que trop d’entre eux ont perdu le sens de la liberté, sens que seules la souveraineté et la démocratie peuvent apporter. La France est en danger par les pressions extérieures de toutes sortes mais beaucoup plus par l’engourdissement de son peuple qui regarde le Brexit comme une aventure dangereuse à éviter selon l’air des trompettes de la mort qui sonnent sans arrêt à ses oreilles. Le salut c’est la démocratie, la souveraineté et le Frexit. Ouvrons les yeux et réveillons-nous ! Ils auront peur de nous ! 


 Le 30 juin 2016, le président allemand a fait cette déclaration :
-« Les élites ne sont pas le problème, la population est en ce moment le problème »

L’après Brexit est une porte ouverte pour une Europe des peuples.

La porte sera solidement fermée par les Maîtres de l’Univers

Et par tous ceux qui sont ses manipulateurs des peuples.

Il appartient aux peuples de rompre le charme

Qui les endort et de faire triompher

La démocratie et la liberté

Dans la souveraineté ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon