mardi 5 juillet 2016

Après le Brexit, retour à 1936



L’inconscience ou la duplicité du couple Hollande-Valls leur a fait clamer que le Brexit ne changerait rien en ce qui concerne la France mais serait une catastrophe pour le Royaume-Uni. Les faits s’enchaînent pour prouver le contraire. La chute de la livre par rapport au dollar ne s’est pas accélérée entre deux périodes dernières successives de 5 à 6 mois, elle est même moins importante dans la deuxième période qui inclut le Brexit. En ce qui concerne la Bourse de Londres, le FTSE 100, la deuxième période s’avère bien meilleure que la première et son gain est 6 fois supérieur à celui enregistré avec le CAC 40. Le catastrophisme prédit pour le Royaume-Uni tant par Cameron que par le couple Hollande-Valls était une sornette de plus pour enfumer le commun des mortels. Pire, si le Royaume-Uni voit la Livre se dévaluer, son commerce extérieur progresse et la Bourse se porte beaucoup mieux qu’à Paris. On note aussi que la catastrophe ne s’est pas répandue sur l’euro qui oscille toujours autour d’une valeur moyenne entre 1,10 et 1,12 dollars.

L’annonce de la sortie probable de l’UE par le Royaume-Uni n’a engendré qu’un krach passager chez les seuls investisseurs non-initiés qui ont joué le « in » et son effet est désormais très limité en attendant les mesures qui en découleront. On voit déjà que les taxes britanniques sur les entreprises sont abaissées de façon à non seulement inciter les entreprises à maintenir leur siège social au Royaume-Uni mais à en attirer d’autres. On est consterné d’entendre Valls inviter les entreprises à venir en France, où elles seront bien accueillies… avec des taxes deux fois plus élevées. Le ridicule ne tue pas. On entend même, de la part de journalistes économiques, que cette mesure va faire augmenter les impôts comme si faire fuir les entreprises allait ramener plus d’argent dans le Royaume. On se demande si c’est la vassalité médiatique qui l’emporte sur l’incompétence ou l’inverse. Le libéralisme sans contrôle va continuer dans un mondialisme décrété et la dette va continuer à s’amplifier pour nourrir les marchés boursiers jusqu’à l’éclatement final de la bulle monnaie de singe qui offrira un splendide spectacle pyrotechnique d’une ampleur bien supérieure à 1929. 

Non 2106 est une date historique à cause d’une part d’un bouleversement géopolitique aussi important que la chute du mur de Berlin et d’autre part d’une montée d’un péril migratoire. Celle-ci a donné un élan souverainiste à des peuples déçus par l’Union Européenne et les politiques d’austérité sur le monde du travail. En 1936, le monde du travail était entré en rébellion et avait forcé une évolution du code du travail et des prestations sociales. La loi El Komri cristallise le désir de rébellion de ce monde aujourd’hui. Malgré les désagréments que cela lui impose, le peuple ne bronche pas et prend même conscience de la justesse de certains arguments. Les attentats, qu’ils soient commandités par les uns ou par les autres puisque les plus graves doutes sont en cours, ont fait de nombreuses victimes innocentes et le rejet officiel sur les djihadistes fait monter une rancœur générale qui peut vite se transformer en désir de vengeance. Alors d’autres innocents musulmans peuvent être les victimes et la pompe de la guerre civile peut s’enclencher. La DGSI émet les plus grandes craintes, et elle a de grandes oreilles.

Mais 2016 et 1936 ont un autre point commun, c’est l’imminence de la guerre en Europe et dans ses contours. Cette éventualité est générée ou non par la façon dont les alliances vont se faire après le Brexit. Tout est en train de bouger. La Turquie fait une volte-face dont elle a le secret. On peut se douter qu’il s’agit encore d’un double-jeu qui consiste à faire de la surenchère auprès des uns et des autres, comme avec le flux migratoire. La Turquie se retourne vers la Russie en s’excusant platement tout d’un coup pour l’avion russe abattu… par mégarde. Pour bien montrer sa bonne volonté, elle se rapproche de la Syrie de Bachar el-Assad, et d’Israël pour faire plaisir aux États-Unis. Ce dernier pays peut l’aider dans son combat contre les kurdes et elle peut continuer à offrir l’accueil à Daech et à trafiquer avec son pétrole bon marché. Poutine est certainement conscient que cet ami est peu sûr mais le projet du Turkstream, le pipe-line qui va relier la Russie à l’Europe méridionale en passant par la Turquie et la Grèce (qui joue aussi double-jeu) est une entreprise où les deux pays peuvent être gagnants. Erdogan fait en même temps un pied de nez à l’UE qui ne l’accueille pas assez vite, et qui ne paye pas assez. Il ne discute plus qu’avec Merkel qui a les mains encore plus libres depuis le Brexit. 

Justement le départ annoncé du Royaume-Uni change complètement la donne et l’Allemagne y voit l’opportunité d’étendre son hégémonie sur l’Europe. Le couple franco-allemand, en dehors des aspects économique et de défense, perd de l’intérêt pour l’Allemagne qui peut agir seule. La France s’accroche à l’Allemagne car elle lui garantit des taux d’emprunt très bas dans l’esprit des investisseurs jouant la solidité du couple. Mais l’Allemagne veut donner une véritable défense à l’Europe en pensant à terme à une véritable autonomie par rapport à l’OTAN. Ce n’est pas pour demain, mais d’ici là l’Allemagne essaiera de se poser comme l’élément central de cette défense. Une fois la force nucléaire française intégrée, la France n’aura plus guère de poids dans les décisions européennes d’intervention sur les théâtres d’opération. Le Brexit repose le problème des alliances et l’on voit se profiler la situation de 1936 où la puissance britannique et française s’opposait à la montée de celle de l’Allemagne, ce qui a abouti à la deuxième guerre mondiale.

Le Royaume-Uni nous a toujours précédé dans les grandes évolutions économico-sociétales. Elle a inventé la démocratie moderne et le libéralisme avec la grande industrie. Nous avons suivi avec la Révolution et nous sommes passés d’une France essentiellement agricole à une France industrielle qui a du mal d’ailleurs aujourd’hui à replacer le monde agricole dans une perspective de qualité concurrentielle face à l’industrialisation de l’agriculture. Pour avoir raté l’enserrement de l’Allemagne dans l’axe Paris-Berlin-Moscou, la France est vouée au second rôle voire au troisième si la Turquie arrive. Il est temps de repenser nos alliances et de reprendre notre liberté d’action. Il faut revenir aux liens ancestraux que nous avons eu avec les îles britanniques, liens dont nous partageons beaucoup de  valeurs, il faut bien l’avouer. D’ailleurs les jeunes français vont travailler à Londres plus qu’à Berlin et les britanniques viennent s’implanter en France plus qu’en Allemagne. 

Le Royaume-Uni tient la Finance, mais nous pouvons rivaliser avec elle dans le meilleur sens du terme sur bien des points. Le poids conjugué de nos deux pays est considérable dans le monde, par les langues, la culture chrétienne, les anciens territoires coloniaux dont le Commonwealth et notre influence en Méditerranée, en Afrique du Nord et de l’Ouest, l’industrie aéronautique et automobile, notre industrie et notre défense nucléaires, nos deux sièges au Conseil de Sécurité, etc. Nous pourrons toujours vénérer Jeanne d’Arc, et eux Nelson, la terre et la mer sont faites finalement pour s’unir en se côtoyant. Si le Royaume-Uni a choisi le grand large, c’est-à-dire hors de l’étouffement de l’UE, la France ferait bien de profiter du courant d’air créé par le Brexit pour prendre la fille de l’air, l’air frais… le Frexit. Vive la Reine d’Angleterre, qui a tout foutu par terre ! 

Il y a en 2016 une odeur qui remonte de 1936 

Quatre-vingt après, la stratégie française

A besoin d’une nouvelle jeunesse ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon