jeudi 22 février 2018

L’indépendance se perd aussi par la politique énergétique (Suite)



L‘article précédent a présenté un contre-projet du plan énergétique gouvernemental qui mérite d’autres explications même si elles se trouvent dispersées dans de nombreux articles publiés sur ce blog. Si je l’ai publié c’est que le gouvernement semble à un tournant dans ses réflexions et que l’EDF ose donner des indications précises, autres que celles de suivre les prescriptions de l’Etat pour le développement des énergies renouvelables. Dans ce domaine la concurrence étrangère sur les panneaux solaires et les éoliennes n’a fait que creuser le déficit EDF-AREVA, c’est sans doute ce qui explique que les langues se délient et que l’Etat, à la recherche d’argent à donner ensuite aux multinationales, laisse filtrer des propos contradictoires ou suffisamment vagues pour préparer un retournement de tendance. J’en veux pour preuve la dernière déclaration de Hulot : « L’arrêt des centrales nucléaires fera l’objet d’un planning précis ». On ne peut être plus évasif quand on a déjà reculé en avouant que l’on ne pourra pas arrêter en même temps les centrales nucléaires et celles à charbon d’ici 2022. La déclaration ci-contre du 15 février d’Emmanuel Macron prépare l’opinion à un virage probable à 180°.

Un tel virage doit être pris prudemment, et lentement introduit dans la pensée populaire et Macron y est passé maître, car il n’est pas à une contradiction près. Rester le leader mondial de la « décarbonisation » et promoteur des énergies renouvelables devient une position d’équilibriste politique. Rien ne l’arrêtera car il a continué à proposer des centrales nucléaires dans le monde entier, dont l’Arabie Saoudite, tout en soutenant leur arrêt en France en mettant Hulot comme Ministre d’État à ses côtés, autrefois pourfendeur du nucléaire. 

Mais la parole d’EDF n’est plus muselée et c’est un signe qui ne trompe pas. Dans des articles précédents j’ai prouvé que la France ne pourrait pas aller au-delà de 21% d’énergies renouvelables intermittentes et aléatoires (EnRia), ce qui rend impossible le 30% en 2032 sans augmenter le pourcentage d’énergies pilotables donc thermiques polluantes. J’ai même montré que le plan pour 2022 n’était pas réalisable, sauf moyen de stockage de l’électricité à découvrir ou appel à l’importation d’électricité ce qui rend notre pays dépendant de ses voisins. Ceux-ci peuvent d’ailleurs ne pas disposer de la puissance demandée en cas de grand froid et d’absence de vent et ce serait le black-out. Les techniciens d’EDF ont dû avouer leur impuissance à réaliser ce qui les attend dans des conditions de sécurité d’alimentation et financières acceptables. La réalité va finir par s’imposer à l’idéologie, l’espoir renaît.

Si la France est bloquée à 21% d’EnRia par rapport à la production totale, l’Allemagne est aussi en train d’atteindre rapidement son maximum possible de 30%, compte-tenu de son parc de centrales thermiques pilotables. Elle a d’ailleurs arrêté la fermeture de ses centrales à charbon, lignite et gaz, se contentant d’améliorer leur pollution. Les dernières centrales nucléaires ne sont toujours pas arrêtées. Le graphique ci-dessous montre que sa capacité de production des énergies pilotables et polluantes pour la plupart, située à 100 GW depuis 2002, n’a pas évolué malgré le développement parallèle d'un doublon intermittent, éolien/solaire de presque 100 GW. Evidemment cela n’améliore pas ses émissions de CO2 sauf passage du lignite au gaz. Ceci la place toujours dans les pays polluants européens. Le couple franco-allemand se trouve désormais devant la contradiction entre la doxa de la « décarbonisation » ajoutée au « Stop au nucléaire », et la réalité qui va finir par s’imposer. Le changement de paradigme sera difficile. Mais « la Propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures. (Noam Chomsky) », elle peut conduire le peuple vers l’abime tout aussi bien que vers des jours meilleurs… alors espérons. 


Parfois quelques chiffres font réfléchir et je vous en propose deux séries, la première est sur le tableau joint, connu des physiciens, et la seconde, peu connue, est le constat expérimental que j’ai fait sur les productions électriques de trois pays, Allemagne, Belgique et France. L’énergie nucléaire reste une énergie d’avenir et de progrès, grâce à sa puissance énergétique représentée sur le tableau. Malgré trois catastrophes maximales ayant conduit à la destruction de cœurs de réacteur, la sécurité d’exploitation ne cesse de s’améliorer et seule celle de Tchernobyl a détruit des vies humaines. Les 18 à 20.000 morts du tsunami n’ont rien à voir avec ses conséquences sur les réacteurs nucléaires de Fukushima qui n’ont entraîné des morts que par la panique d’évacuation mal maîtrisée même si elles laissent encore des traces dans l’environnement. Le Japon a donc pris la décision de remettre en service ses réacteurs après mise en œuvre des modifications nécessaires tirées des enseignements de cette catastrophe. Sont-ils plus fous que nous dans le seul pays du monde ayant connu la destruction massive des armes nucléaires ?

En résumé, cessons de toujours écouter ceux qui distillent la peur en permanence pour nous endoctriner et retenons trois chiffres. Alimenter une maison en électricité pendant un an, demande 1100 kg de charbon ou 7 grammes d’uranium, et 1 kWh d’EnRia sur un an doit être en gros accompagné de 1 kWh d’énergie pilotable (charbon, fuel, gaz) polluante. C’est sur ce dernier chiffre que l’article suivant parlera de la nécessité d’arrêter l’implantation des éoliennes.


La réalité finira toujours par détruire les idéologies funestes 

A l’avancée incessante du progrès dont les effets néfastes

N’attendent qu’une amélioration par l’intelligence 

D’une société responsable toujours plus instruite

Et non d’être stoppés, et que tous les progrès 

N’aillent pas vers l’argent aux puissants

Au détriment d’un peuple 

Asservi par la peur !
 
Claude Trouvé 
22/02/18

mercredi 21 février 2018

L’indépendance se perd aussi par la politique énergétique



Notre perte de souveraineté a des conséquences de plus en plus visibles. La première perte est ancienne et date du Traité de Maastricht en 1992 avec la perspective de passage à l’euro entre autres. La perte de la maîtrise de la monnaie signifie l’entrée en dépendance, mais les traités suivants, Amsterdam (1997), Nice (2001), Fonctionnement de l'Union Européenne (2009), Lisbonne (2007) ... accentuent notre dépendance à l’UE. Le Traité de Fonctionnement de l’UE renforce la primauté des décisions de Bruxelles sur celles de Paris, et celui de Lisbonne est le symbole du déni de démocratie après le refus par référendum de la Constitution Européenne (2005). Depuis le référendum n’a plus vu le jour et l’UE n’a cessé de promouvoir sa mise au placard.
 
Mais la perte d’indépendance ne se limite pas à la tâche régalienne, qui consiste à battre monnaie, elle touche aussi la Défense Nationale dont la première tâche est de défendre ses territoires contre des agressions étrangères. L’appartenance à l’OTAN étant devenue un critère d’adhésion à l’UE, la défense des intérêts français doit se confondre avec celle des États-Unis, sous peine de rupture d’alliance. La pression amicale ou contraignante du pays le plus puissant ne peut se concevoir comme non orientée vers ses propres intérêts. Nous sommes donc aussi en dépendance militaire et stratégique. Mais l’indépendance se perd également par le dépouillement de nos ressources naturelles du sous-sol (énergétiques, minières), de notre patrimoine (immobilier, industriel, artisanal, touristique, agricole), de notre suffisance alimentaire. On voit que, comme en Grèce, le dépouillement est en cours, on vend, on brade. Les acheteurs chinois, américains, qataris, etc. se précipitent, car l’argent de Monopoly n’est jamais aussi bien placé que dans du solide, du concret, du non périssable. La libre circulation des capitaux devient une immense foire à l’encan. Le pays se vide de ses richesses, et les nouvelles terres chinoises acquises ne vont plus nourrir les français. On pourrait ajouter la perte de la langue, comme le signale la Corse qui en fait un symbole de son « émancipation ».


De plus, la modernité a ajouté une autre perte d’indépendance, devenue désormais vitale, c’est la dépendance énergétique. Un pays sous dépendance énergétique n’a plus aucun moyen de résister aux pressions étrangères, car son économie et sa défense peuvent être paralysées à tout moment dans un conflit avec un pays étranger. Si la Russie et l’Iran résistent aux sanctions, c’est tout d’abord parce qu’ils ne sont pas dépendants en énergie. La Russie a résisté sur le plan alimentaire en développant rapidement sur ses terres les produits alimentaires de base et c’est elle qui tient l’Allemagne en dépendance avec le gaz. Sur le plan de l’énergie la France est en train de brader sa dernière carte d’indépendance avec son plan énergétique de production d’électricité au nom de son soi-disant leadership dans la « décarbonisation » de la planète. J’ai montré dans l’article précédent qu’il s’agissait d’un attrape-nigaud, la France ne pouvant avoir qu’un impact microscopique dans ce « combat » alors qu’elle est déjà mieux placée que la majorité des nations.

Ce ne serait pas trop grave si cela se limitait à rehausser l’image du Président Français, qui ainsi se moque de Trump le chauffagiste du réchauffement climatique, mais cela débouche sur un surcout financier inutile et une perte d’indépendance de notre pays. Avant de montrer la nature profondément européenne de disparition des nations par perte d’indépendance, je voudrais rappeler les directions qui devraient être celles d’une politique énergétique de production d’électricité garantissant l’indépendance maximale et le coût minimum du kWh :

  • Arrêt dès 2019 de l’implantation des éoliennes terrestres et maritimes
  • Maintien du parc de centrales thermiques
  • Passage progressif des centrales au charbon vers les centrales au gaz moins polluantes
  • Suppression des subventions à l’énergie solaire et son utilisation en autoconsommation
  • Prolongation de la vie des centrales nucléaires sauf avis technique contraire de l’ASN
  • Prévision de nouveaux réacteurs nucléaires pour accueillir les véhicules électriques.

Ce plan est exactement à l’inverse de ce qui est prévu dans le plan Hulot, sauf peut-être l’utilisation de l’énergie solaire en autoconsommation qui serait évoquée dans les projets. Cet anti-plan garantit l’indépendance maximale, le coût minimal du kWh, la satisfaction de la consommation, et la non-évolution des émissions polluantes et de CO2. L’ostracisation du nucléaire dans le pays, qui en a prouvé la plus grande maîtrise jusqu’ici, devient une idée mortifère qui conduit à des orientations contraires à l’intérêt collectif. La décision d’arrêt d’un réacteur ne peut être une décision politique, c’est une décision technique et du pouvoir délégué à l’Autorité de Sûreté Nucléaire, voulue organisme public indépendant par l’Etat. Sur ce point je note que les Etats-Unis, à défaut de construire de nouveaux réacteurs pour cause d’emploi du gaz de schiste, veulent prolonger leurs centrales jusqu’à 60 ans, or la plupart de leurs réacteurs sont sous la même licence de construction Westinghouse, que nous avons achetée puis modernisée pour pouvoir exporter. Ils sont donc exposés aux mêmes dangers que nous !

Pour ceux qui croient que l’avenir du nucléaire est fermé, je propose ce graphique qui montre que les deux nations qui s’apprêtent successivement à dominer le monde, la Chine et l’Inde, ont misé sur le nucléaire, en particulier la Chine qui a déjà en prévision 23 réacteurs. La Chine a collaboré avec nous pour la construction de deux réacteurs EPR, type Flamanville, dont l’un est en cours de démarrage et le combustible chargé (photo ci-dessous). Nous sommes associés avec eux sur les 2 EPR à construire au Royaume-Uni. Le nucléaire est boudé par l’Europe mais la Russie veut se placer pour vendre les réacteurs de 4ème génération.


En fusionnant début février, la CNNC (China National Nuclear Corp) et la CNEC (China Nuclear Engineering & Construction) ont accouché d’un géant. Un mastodonte du nucléaire de 150.000 salariés, pesant en Bourse plus de 100 milliards de dollars ! Alors que la France était la deuxième industrie mondiale de vente de réacteurs, elle régresse et perd des marchés. On vend difficilement ce que l’on veut arrêter chez soi ! Cessons de mettre en exergue les incidents d’exploitation, les menaces éventuelles relevées par l’ASN. Elle est dans son rôle et assure que l’exploitant EDF est surveillé et ne délaisse pas la sécurité au détriment de la productivité. Les travaux et constats de l’ASN sont publiés et à disposition sur leur site. Quelle industrie dangereuse publie les moindres constats même ceux de niveau zéro dans l’échelle internationale des accidents nucléaires ? Nous n’avons eu aucun mort dû à la radioactivité sur le sol métropolitain, ne l’oublions pas quand nous sommes le peuple le plus nucléarisé du monde par habitant. L’ASN n’a demandé aucun arrêt de réacteur mais a exigé des opérations de maintenance à réaliser dans un temps donné pour valider à cette date la continuation de l’exploitation. Elle ne s’est d’ailleurs pas privée d’arrêter provisoirement certains réacteurs quand elle a estimé le risque déraisonnable. 

Après l’examen du nucléaire, et la nécessité de ne pas arrêter les réacteurs existants atteignant 40 d’âge sous réserve d’autorisation de l’ASN, le plan anti-Hulot demande des explications supplémentaires qui vous seront fournies dans le prochain article en s’appuyant sur les failles du plan énergétique gouvernemental.
 
D’une position mondiale chèrement acquise 

La France est en train de sortir du progrès

Cela au nom soi-disant de la sécurité et 

D’une course à l’éolien dit gratuit.

Elle y brade son indépendance 

Et jette son argent… au vent !
 
Claude Trouvé
21/02/18