mercredi 20 juin 2018

Le nucléaire à l’heure des choix budgétaires


L’embarras du gouvernement sur le plan énergétique, soutenu par Nicolas Hulot, est de plus en plus visible et sa priorité se concentre sur les perspectives économiques mondiales en recul et la maigre performance de la croissance française au premier trimestre. La préparation du budget 2019 commence à donner des sueurs froides à Bercy après le rapport de l’INSEE sur la perspective annuelle et les 0,2% de faible croissance enregistrés durant le 1er trimestre 2018. J’ai pour habitude de regarder ces chiffres par rapport aux performances des autres pays. À partir des données d’Eurostat, on peut construire le graphique ci-dessous représentant l’écart d’une année à l’autre des variations du PIB en volume d’un trimestre au précédent. En l’occurrence il s’agit des variations du 1er trimestre 2018 par rapport au quatrième trimestre 2017 et de celles du 1er trimestre 2017 par rapport au quatrième trimestre 2016. Le graphique représente l’écart en % entre ces deux valeurs par rapport au PIB du 1er trimestre 2017.

Les valeurs positives signifient que la situation entre les deux années s’est améliorée, et inversement pour les valeurs négatives. On constate qu’autant pour l’UE (-0,28%) que pour la zone euro (-0,38%) la performance est moins bonne et négative. Mais celle de la France est encore plus mauvaise avec -0,83% juste un peu mieux que l’Estonie et la Slovénie dans la zone euro. Le fait que l’Allemagne marque aussi le pas n’a rien de réjouissant. L’Irlande reste un cas à part avec son faible taux d’imposition des sociétés, ce qui entraînera son veto au projet Macron d’harmonisation de ces taux sur toute la zone euro au moins. Mais n’en déplaise aux « unidolâtres », le Royaume-Uni améliore sa performance depuis les conversations pour le Brexit. En bref la conjoncture s’annonce donc plus difficile pour la plupart et nous sommes le grand pays le plus touché, donc il y a déjà un échec de la politique économique actuelle. La réponse de Bercy, c’est la réduction des prestations sociales, comme le blocage des APL non revalorisés sur l’inflation, une panoplie d’augmentation des taxes et une chasse aux niches fiscales, voire la création d’impôts nouveaux. 

Sur les questions budgétaires, les subventions à la décarbonisation sur les véhicules et sur l’énergie électrique se chiffrent en dizaines de milliards depuis leur création et leur pérennité est affirmée par le gouvernement. J’ai dit que le choix de pénaliser le diesel se traduit par une perte de pouvoir d’achat d’un grand nombre de foyers et en particulier des plus pauvres n’ayant pas les moyens d’acheter un autre véhicule et surtout pas une voiture électrique hors de prix. J’ai dit aussi que le choix de la voiture à batterie électrique était un investissement prématuré nécessitant un maillage couteux de recharge des véhicules et pénalisant la recherche sur d’autres voies comme la voiture à hydrogène. Enfin la montée rapide de la demande électrique d’un parc important de ces véhicules n’est pas compatible avec l’arrêt des réacteurs nucléaires, ni avec l’extension des énergies renouvelables.

L’énergie électrique est non seulement indispensable au fonctionnement des pays développés au même titre que le pétrole dont la demande en pétrochimie est la meilleure utilisation, mais elle constitue un effort financier considérable. Par-dessus tout cela, il s’agit de l’un des facteurs les plus importants de l’indépendance nationale. Sur ces derniers points, on peut dire que grâce à l’énergie nucléaire la France est l’un des pays les mieux lotis dans le monde. Porter atteinte à ce type de production doit veiller à maintenir des coûts peu élevés du kWh et à un maintien de l’indépendance actuelle. Or les efforts concernant l'efficacité énergétique peinent à compenser des besoins électriques en progression constante. La consommation finale d'énergie de 2017 marque encore une augmentation de 0,9% sur celle de 2016. Depuis la « chasse au Gaspi » des années 1970 la consommation nationale d'électricité a triplé. Comme l’écrit Jean-Pierre Riou : « L'électricité ne représente cependant que 23 % de la consommation finale d'énergie en France. Mais elle offre une alternative sérieuse aux énergies fossiles, notamment aux hydrocarbures, dont l'épuisement annoncé et les besoins exponentiels des pays émergents évoquent l'imminence d'une crise géostratégique majeure. Le parc électrique français, déjà décarboné pour plus de 90 % de sa production, permettrait du même coup une réduction des émissions de CO2 (eq). » 

Avec une non-émission de CO2 et un coût du kWh inférieur aux centrales thermiques et aux énergies renouvelables (EnRia), l’énergie nucléaire ne subit qu’un opprobre lié à sa dangerosité, ou à des idéologies s’attachant à maintenir un climat de peur irraisonné. Oui il y a eu trois accidents majeurs sur les centrales, mais celui de Three Miles Island aux USA en 1979 a montré que la technologie du type de réacteur développé ensuite en France permettait de contenir la presque totalité de la radioactivité dans l’enceinte isolant le réacteur de l’extérieur. L’accident de Fukushima en 2011 pour catastrophique qu’il ait été n’a pas fait de victimes par la radioactivité alors que le tsunami a enlevé la vie à 18.000 personnes. Son déclanchement est dû à un phénomène naturel d’une intensité exceptionnelle, jamais recensée dans l’histoire du Japon. Celui-ci, tous enseignements pris en compte et modifications induites réalisées, est en train de redémarrer tous les réacteurs non accidentés. La seule catastrophe qui est à déplorer par la faute directe de l’homme est Tchernobyl en 1986. Le type de réacteur n’est pas le nôtre et sa conception même est dangereuse et l’enceinte de confinement de la radioactivité n’existait pas. L’exploration de nouvelles zones de fonctionnement en week-end et sans les ingénieurs responsables est une faute grave d’exploitation et carrément irresponsable. Le tout a donné un accident majeur, à mon avis le plus grave de tous.

La France est le pays le plus nucléarisé du monde par habitant et n’a jamais eu d’accident au sens de l’échelle internationale de mesure depuis plus d’un demi-siècle, il serait temps de sortir des peurs irraisonnées et de ne pas entreprendre un suicide collectif pour les raisons évoquées plus haut en se souvenant que c’est l’industrie chimique qui a tué 28 personnes et fait des centaines de blessés et des dégâts considérables à Toulouse le 21 septembre 2001. La France n’a aucune raison de fermer un réacteur nucléaire si l’Autorité de Sûreté Nucléaire n’a pas décidé lui-même l’arrêt pour raison de sécurité. Si elle le fait c’est pour des raisons politiques, comme l’arrêt de Superphénix alors que ce prototype avait fonctionné et que la partie nucléaire n’était pas en cause. Par ce genre de décision nous avons perdu nos 20 ans d’avance et ouvert la porte aux russes pour ce réacteur de 4ème génération en vente désormais. 

La France va se retrouver dépendante du gaz indispensable pour faire fonctionner les centrales thermiques les moins polluantes devant accompagner le développement des EnRia. Si l’Allemagne nous pousse à l’imiter pour les EnRia ce n’est pas pour rien, car elle entend devenir la plaque tournante de la distribution du gaz russe avec la construction du gazoduc North Stream 2. La politique énergétique française est une véritable entorse au bon sens et à l’intérêt du peuple lorsqu’une politique d’austérité s’abat sur lui et devant une crise à venir. Il doit prendre conscience que ce sont ses sous qui vont s’envoler dans la taxe EnRia sur sa facture d’électricité en passe d’augmenter, que les milliards dépensés inutilement seront compensés par la baisse des prestations sociales et la hausse des taxes et impôts. Ce n’est pas à Bure qu’il faut manifester mais à Bercy, au Ministère de l’Industrie, et au Ministère de l’Environnement pour faire cesser cette gabegie et cette mise en dépendance future de la France à l’Allemagne pour le gaz et aux chinois pour les EnRia.
 
Quand on aborde des temps difficiles, on doit 

Éviter les dépenses inutiles ou prématurées,

Devenir un visionnaire avisé et à l’écoute 

De son peuple ne voulant plus souffrir

Pour la satisfaction de quelques-uns. 

Or c’est pourtant très exactement

Ce que Macron exclut de faire. 

Dans l’élaboration du budget.
 
Claude Trouvé 
20/06/18

mardi 19 juin 2018

Décomposition de l’UE en vue !


Depuis le temps qu’il est clair, donc depuis au moins le traité de Maastricht, que l’Union Européenne portait dès sa naissance les stigmates de sa mort, l’heure de son agonie est toute proche. Le Phénix renaîtra-t-il de ses cendres sous une forme nouvelle de coordination ou chaque pays se séparera-t-il de la Bête monstrueuse en emportant des lambeaux de sa dépouille ? En tous cas l’heure est proche, ses jours sont comptés comme la place de Chancelière pour Merkel. Si l’Italie vient de décocher le coup de pied de l’âne à une UE technocratique aux mains des lobbies et de l’oligarchie financière, c’est bien l’Allemagne qui reste le pivot de la stabilité de l’UE et de la zone euro. C’est un pivot pratique faisant fi de toute idéologie sur le plan économique tout-au-moins en laissant à la France idéologique et fédéraliste le soin de jouer le rôle de béquille.

Le couple franco-allemand, encore en réunion aujourd’hui, ne fonctionne que pour faire passer les vues allemandes à l’ensemble des autres pays. On peut adjoindre les pays du Club Med, ayant l’œil sur la France, aux pays satellites environnants et dépendants de l’Allemagne pour constituer une force de persuasion suffisante pour créer l’unanimité des pays sur une décision. Mais ce couple porte en lui-même une raison de division de l’UE, car cette prééminence constante ayant pour but de faire plier les autres, y compris l’Italie pays fondateur et troisième puissance économique, crée un sentiment de révolte rentré mais croissant et cherchant désormais à faire entendre la voix des petits pays. Le groupe Visegrad réunissant la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie est une manifestation de faire poids pour faire valoir des intérêts communs spécifiques. Il représente 63,8 millions d’habitants en 2016 (13 % de la population de l’UE), soit presque la population de la France et plus que celle de l’Italie. 

Officiellement Macron veut rencontrer Merkel pour harmoniser les impôts sur les sociétés entre les deux pays. C’est le processus habituel pour créer une situation à deux pouvant être imposée à tous. Macron est dans son axe prioritaire d’ultralibéralisme pour lequel l’économie est le seul objectif. Tout laisse à penser que sur ce sujet Merkel, en difficulté avec son Ministre de l'Intérieur, ne lâchera rien qui puisse nuire à l’économie allemande. Les concessions à Macron seront mineures et Macron est convié à Berlin pour toute autre chose : la politique migratoire, principal sujet de préoccupation de la Chancelière dont l’autorité chancelle justement. Elle a ouvert la porte à une immigration massive de migrants en Allemagne créant une vague de « réfugiés » jetant le trouble de la Grèce à l’Allemagne dans tous les pays traversés. Elle a fait payer les pays de l’UE à la Turquie pour qu’elle ferme la porte avant une révolte des pays traversés et fait voter des quotas imposés à tous les pays. Si la France a traîné les pieds pour cet accueil, la Hongrie a créé la première résistance aux décisions européenne en fermant ses frontières.

La population allemande, dans l’Est et en Bavière en particulier, réagit très négativement à cet afflux dont ils perçoivent le poids budgétaire et l’insécurité grandissante (préoccupation majoritaire pour 56% d’entre eux). Ils ont bien compris que les migrants en Allemagne ne se sont pas mis au boulot aussitôt. Sur 1.300.000 demandeurs d’asile, les médecins, les ingénieurs sont très minoritaires, moins de 2% du total, et 85% des Syriens dépendent de l'aide sociale. La CSU, pourtant favorable au principe initial d’immigration pouvant combler la perte démographique et le manque de main-d’œuvre, découvre la réalité avec une partie des allemands réalisant avoir été manipulés. L‘immigration massive et non contrôlée provoque des problèmes de prise en charge financière, de sécurité, d’intégration avant assimilation, et des heurts civilisationnels liés principalement au nombre et à la brutalité de son arrivée. 

Angela Merkel réussira-t-elle le coup de poker gagné par Theresa May avec le vote de la Chambre des Lords pour le Brexit ? Rien n’est moins sûr. L’Italie a jeté un pavé dans la mare et fait comprendre au duo franco-allemand que leur inertie devant l’arrivée massive sur l’Italie devait cesser. Un axe Berlin-Vienne-Italie se constitue sans accord explicite de la Chancelière. La coalition est ébranlée et la CSU donne trois semaines à la Chancelière pour prendre les mesures de non-acceptation automatique des migrants régularisés dans les autres pays sous peine de leur retrait de la coalition. Secouée par le premier et le troisième pays de l’UE, celle-ci est en voie de décomposition car le sujet de la politique migratoire est loin de faire l’unanimité en son sein. Par exemple la Hongrie argue que le transit de migrants par l’Aquarius et le travail politique de certaines organisations ne peut se faire sans l’aide du multimilliardaire Soros dont le but est en permanence la déstabilisation des pays, en particulier par le flux migratoire, au profit de l’hégémonie américaine.

Mais l’UE est en ligne de mire de la guerre économique livrée par Trump, en particulier l’Allemagne. Par ailleurs la croissance mondiale ralentit et l’UE risque d’être durement frappée. Cela commence à se voir en France sur le premier trimestre, alors que notre croissance était déjà plus faible que la plupart des pays européens en 2017. La dette mondiale augmente exponentiellement, le montant d’argent nourrissant la spéculation n’a plus aucun rapport avec celui tournant dans l’économie, et les profits spéculatifs détournent l’intérêt des investisseurs de l’économie réelle. Cette situation devient explosive et risque d’engendrer une montée des taux d’intérêt menaçant directement les budgets des États et ceci d’autant plus que leur dette est plus élevée. Une grave crise mondiale risque de s’abattre sur une UE désarticulée et d’en faire la plus grande victime. 

Où peut aller l’UE ? La montée des nationalismes croît chaque semaine dans les déclarations des élites et dans les résultats de chaque élection. L’UE fédérale est devenue un leurre où il ne reste que Macron pour y croire ou faire croire qu’il y croit. La force centrifuge exercée sur l’UE est telle que l’on est en droit de se demander si même une UE des nations, celle qui aurait pu avoir l’assentiment de De Gaulle est encore possible. Le découpage en zone euro et hors zone euro avec des traités différents ne résoudrait plus rien, car l’Italie a compris le tort de la monnaie unique sur son économie, même si la France ne veut pas l’admettre pour elle-même. La suppression de la règle de l’unanimité pour redonner du poids aux petits pays ne ferait que renforcer les forces centrifuges. Il est plus probable de voir les pays revenir vers la zone de libre-échange, principal fondamental de sa construction ne contenant pas expressément le besoin d’une BCE, ni d’une technocratie bruxelloise, ni même d’un Parlement européen. On pourrait donner le choix d’une monnaie commune, mais il y a fort à parier que l’Allemagne en profitera pour faire payer les créances cumulées chez elle par les pays endettés.

Il apparaît clairement que la situation actuelle de l’UE n’est plus tenable à partir du moment où des pays ne veulent plus se plier aux décisions communes. La politique migratoire et la remise en cause de l’euro, soulevée par la constitution du gouvernement italien, deviennent deux chancres dont l’UE actuelle ne se relèvera pas. L’UE entre dans une phase de décomposition dont on peut même penser qu’elle aura du mal à attendre les élections européennes de 2019 pour éclater.


Il n’est point dans le monde d’organisation politique 

Qui résiste à des fondations trop mal construites

Étayées sans le respect total de la démocratie. 

L’UE paye ses erreurs de fonctionnement

Dans une crise finale très proche.


Claude Trouvé 
19/06/18