jeudi 15 juin 2017

Une autre perte de souveraineté en vue, la Défense.


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La France fait partie des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui comprend la République populaire de Chine, les États-Unis d’Amérique, la République Française, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, et la Fédération de Russie. On notera que les pays occidentaux ont trois représentants (États-Unis, France et Royaume-Uni) et sont donc majoritaires même si chacun d’eux a un droit de véto. La France peut donc théoriquement jouer un rôle d’équilibre des points de vue, c’est un atout important à noter, encore faut-il qu’elle ne soit pas liée par l’OTAN sur des questions de défense ou d’attaque militaire. Si la France a obtenu ce siège permanent c’est grâce à l’action de De Gaulle et à sa puissance nucléaire.

Seuls six pays sont reconnus comme détenant l’arme nucléaire : États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine et Inde. Ceci n’empêche pas d’autres pays d’être connus pour la détenir, Israël, Pakistan, Corée du Nord ou la vouloir comme l’Iran. Les Etats-Unis, et les occidentaux derrière eux ferment les yeux sur Israël et le Pakistan, mais font tout pour empêcher l’Iran et sont prêts à déclencher une guerre contre la Corée du Nord. On voit que les États-Unis sont bien les gendarmes du monde et décident de tout selon leur propre stratégie hégémonique. Mais si l’on regarde l’Europe, on voit que les deux seules puissances nucléaires sont le Royaume-Uni et la France. Si le RU sort de l’UE, la France reste la seule puissance nucléaire de cette union. C’est donc un atout majeur que la France détient sur l’Allemagne qui lui permet d’influer les décisions militaires de l’ONU, donc à portée mondiale. 

La politique de défense française est historiquement une politique de dissuasion qui se traduit par : « Ne nous attaquez pas, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Nous mourrons mais vous pourriez être frappés à mort ou gravement atteints. » Si l’équilibre des forces nucléaires à l’Est et à l’Ouest de l’Europe sont la raison principale du non-déclenchement d’un nouveau conflit mondial, la France a pu se faire entendre comme une puissance que l’on ne pouvait négliger et dont l’avis comptait. Si notre insertion dans l’OTAN ne signifie pas dans le traité que nous n’avons plus la maîtrise de notre force de frappe nucléaire, on voit bien que notre indépendance dans ce domaine se trouve rétrécie de facto. Néanmoins le Président de la République reste encore maître aujourd’hui d’appuyer ou non sur le bouton nucléaire sans qu’aucun pays ou aucun traité puisse l’en empêcher. Il va de soi que la politique pangermanique voit dans notre puissance nucléaire un empêchement majeur à sa domination sans partage sur l’UE.

Notre force de dissuasion se composait initialement de trois composantes, terrestre, aérienne et maritime. La composante terrestre des silos du plateau d’Albion a été abandonnée au profit des deux autres qui sont apparues moins vulnérables et évidemment plus mobiles. On peut dire que notre principal fleuron est maritime avec notre porte-avions nucléaire et les 4 sous-marins nucléaires SNLE lanceurs d’engins, le Triomphant, le Téméraire, le Vigilant et le plus récent le Terrible. Le Royaume-Uni possède également 4 sous-marins SNLE mais globalement moins récents. En 2018, nos quatre sous-marins seront équipés des missiles M51 les plus récents capables de voler à Mach 15 (18300 km/h) sur une distance de 9000 km, soit arrivant sur cet objectif en 50 minutes. La force de frappe du Terrible atteint 96 têtes nucléaires furtives et indépendantes TN75 de 110 kilotonnes chacune pour une puissance globale équivalente à 700 fois la bombe utilisée à Hiroshima (15 kilotonnes). C’est dire la puissance dissuasive que représente un tel sous-marin. Notons toutefois que nous n’avons que deux sous-marins en permanence en mer. 

Tout ceci pour dire l’importance que représente notre force nucléaire sans compter la composante nucléaire aérienne et ses 54 missiles air-sol dont peuvent être équipés les Mirage 2000N et les Rafale qui peuvent décoller des bases d’Istres, de Saint Dizier et du porte-avions nucléaire Charles De Gaulle. Ce dernier demanderait évidemment un second exemplaire, mais la décision est toujours retardée pour des raisons budgétaires. Au total la France disposerait de 300 têtes nucléaires selon Hollande et la France a tous les moyens de défendre son territoire contre la plupart des pays du monde, hormis les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Un pays est indépendant quand il frappe sa propre monnaie et qu’il a une armée capable de défendre son territoire. Nous avons perdu la monnaie et on peut craindre que nous perdions l’indépendance de notre armée et de ses moyens de la force de frappe convoitée par les autres pays européens, mais principalement l’Allemagne.

Cette crainte prend plus corps quand on entend les propos de notre nouvelle Ministre des Armées, et non plus de la Défense. Ce mot « Armées » était utilisé en temps de guerre et il sonne comme une extension de la tâche militaire en dehors du périmètre de notre gouvernance. On repense aux armées de Napoléon… et à leur triste fin. Mais revenons à nos moutons. Sylvie Goulard, européiste idolâtre s’il en fut, semble vouloir livrer notre souveraineté militaire à Bruxelles. « Les récentes déclarations à Prague ce jour (9 juin) de la nouvelle ministre des armées laissent pantois et sèment le doute sur l'indépendance de la France en matière de défense et sur sa détermination à conserver une industrie nationale de défense. » « Sylvie Goulard a prôné à Prague la "souveraineté partagée" en Europe en matière de défense, ce n'est plus la souveraineté, mais la vassalité ; cela signifie que notre force de frappe sans souveraineté intégrale, protection ultime, serait à la merci de Bruxelles et de Berlin, faux-nez de Washington ; cela signifie que notre industrie d'armement aux mains européennes n'est plus un outil d'indépendance nationale, mais une délocalisation sciemment organisée au profit d'intérêts étrangers du meilleur savoir-faire national issu de 50 ans d'investissements nationaux, payés par les contribuables nationaux et au service des besoins des armées françaises...L'exemple d'Airbus est aveuglant. » (Jacques Myard)
  
Ceci est d’autant plus troublant que ces propos sont en contradiction avec ceux de son Président, qui, durant la campagne, avait souligné son attachement à la force de frappe et aux intérêts nationaux dans l'industrie de défense. Ceci rejoint la crainte de voir l’Allemagne faire main basse sur la force de frappe française par le biais de Bruxelles. La France perdrait alors un atout maître face à ce pays ami et concurrent dont les visées sur l’Europe ne sont pas les nôtres. Mais elle serait en passe aussi de perdre son siège permanent au Conseil de Sécurité au profit d’un représentant de l’UE, ce qui est tout aussi grave. Sylvie Goulard s’est dite plus européenne que française, on peut alors se demander ce qu’elle fait dans notre pays, car sa place est à Bruxelles. Autrefois on disait de ces politiques qu’ils étaient du parti de l’étranger…

 
Sans monnaie et sans armée nationales 

La France n’est plus qu’un bouchon

Ballotté dans l’océan de l’argent 

Sans voile et sans moteur

Destiné à l’errance 

Et à la noyade !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon