samedi 24 juin 2017

La France vue d’en haut et d’en bas (1ère partie)



On ne peut espérer soulever le voile de notre avenir collectif sans se pencher sur la France par le haut et regarder par le bas nos concitoyens d’aujourd’hui. La première question est celle à laquelle les français n’ont pas pu répondre parce qu’elle ne leur a pas été posée, ou tellement mise en sourdine qu’elle est restée inaudible, c’est celle à laquelle avait répondu De Gaulle : « La France veut-elle rester la France ?». Cette non-réponse des français nous entraîne dans une situation non assumée où notre Président nous bloque dans une Union Européenne, dont il prétend changer le mode de fonctionnement pour construire « une Europe qui protège ». Mais ce discours n’est qu’une redite de ce qui nous a été vendu à la fin du siècle dernier, or s’il éprouve le besoin de le redire c’est que le but n’a pas été atteint. Le peuple a pourtant dit clairement qu’il ne voulait pas s’enchaîner à une UE qui sentait le parfum d’un fédéralisme technocratique en votant contre la Constitution Européenne. Macron ou son prédécesseur a-t-il lancé un référendum qui l’autorise, au nom du peuple, à vouloir à nouveau essayer de réussir l’Europe qui protège ?

Évidemment non, le fait que 14% des électeurs inscrits aient voté pour lui suffit à valider un tel choix, ce qui laisse à penser que la majorité des français se désintéresse de ce choix ou ne l’approuve pas. Comment le savoir si on ne leur pose pas la question ? Poser la question « Voulez-vous sortir de l’euro ? », ce qui est souvent sous-jacent dans cette approche, est réducteur et biaisé après vingt ans de propagande basée sur le catastrophisme d’une sortie de l’euro. C’est sonnant et trébuchant, et 99% des électeurs n’ont pas les arguments pour s’y opposer tout simplement parce que ceux-ci sont couverts par le vacarme médiatique des européistes. La vraie question, la question fondamentale qu’il faut poser c’est : « Voulez-vous ou non que la France perde son indépendance dans l’Union Européenne ? ». C’est à cette question de fond qu’on répondu les français lors du référendum sur la Constitution européenne. Chacun avait bien compris qu’une Constitution est une charpente institutionnelle mais qui peut devenir un carcan si elle n’est pas ajustée à la volonté du peuple. 

Depuis les référendums ont mauvaise presse et sont carrément honnis par l’UE et sa technocratie qui détient un pouvoir réel bien que non élue. Les récentes discussions sur l’Europe de la Défense ont d’ailleurs abouti à adopter les propositions de la technocratie bruxelloise largement influencée par les lobbies qui grenouillent autour et par la grande finance. Macron entraîne donc les français dans une aventure, pilotée par une élite du groupe Bilderberg, sans que ceux-ci aient exprimé leur volonté et soient informés des conséquences de ce choix fait pour eux. Par exemple l’Europe de la Défense vue par Sylvie Goulard, qui vient de quitter le Ministère des Armées, c’est une armée intégrée où nos soldats et nos armements peuvent être un patchwork européen où nous n’avons plus aucune indépendance de décision et une incapacité à disposer d’armes sans faire appel aux industries des autres pays. Sans une monnaie et une armée ayant l’indépendance de son commandement et de ses armes, un pays n’existe plus en tant que tel. Il est une pièce d’un puzzle dont il ne peut déterminer ce que l’ensemble des pièces va donner. Nos citoyens en ont-ils vraiment conscience ? Sont-ils vraiment informés ? Le veulent-ils vraiment ? Evidemment non.

François Mitterrand a inculqué dans la tête des français que la France était devenue trop faible pour agir seule. Il a pensé créer un couple franco-allemand où l’Allemagne serait jugulée par l’abandon du mark en échange de sa réunification. Ce pari géopolitique s’est avéré cruellement nocif à la France pour deux raisons. La première est que le mark, devenu euromark par échange un pour un, était par nature adapté à l’économie allemande. La parité qui a transformé le franc en euro s’est rapidement avérée comme un boulet surévalué pour le commerce extérieur français. La politique d’austérité salariale allemande, son utilisation de la main-d’œuvre bon marché des pays de l’est voisins, le monopole des machines-outils, le choix d’un créneau automobile porteur, etc. sont venues ajouter une aggravation dans le déficit commercial français et une explosion positive pour notre voisine. La seconde c’est que depuis, la nécessité de l’Europe s’est imposée comme la bouée de sauvetage dont nous ne pouvions nous passer. Le peuple allemand a compris dans un premier temps que l’Europe lui amenait un plus et a accepté une politique d’austérité avec un chômage faible. L’Europe n’était pas pour lui une nécessité mais un plus qu’il l’amène d’ailleurs à réfléchir sur l’utilité actuelle de l’euro puisqu’elle en a tiré presque tout ce qu’elle pouvait en attendre. Les peuples du sud, pompés par l’Allemagne, se retournent vers elle en demandant d’être payés en retour.

Cette seconde raison est la plus nocive car elle conduit à une démobilisation du peuple. Le paysan ne pense plus pouvoir s’en tirer sans les subventions de la PAC européenne, le citoyen redoute la fin de l’euro, se réfugie dans l’OTAN, sous contrôle américain, dont les bases vont bientôt s’installer de nouveau en France et qui envoie nos soldats en opérations extérieures de plus en plus nombreuses. On va lui faire adopter une Europe intégrée de la défense, un carcan dont il ne pourra plus sortir et qui ne pourra exister qu’en soutien docile de l’OTAN. Qui peut imaginer que cette Europe de la Défense puisse se définir une politique qui ne soit pas approuvée par les Etats-Unis alors que ceux-ci ne cessent d’implanter leurs bases, leurs armes conventionnelles et nucléaires dans les pays européens ? La France ne croit plus en son destin propre, or un pays qui ne croit plus en son destin est la proie des autres pays et surtout de ceux qui y croient le plus et qui sont les plus forts. On en arrive à lui faire accepter en même temps « l’européisme de Macron » pour le bonheur futur et une politique de plus en plus austère après 17 ans de promesses que l’UE est notre chance.

Il y a évidemment les prémices d’une prise de conscience de l’arnaque de l’UE qui se préoccupe beaucoup plus de la richesse du 0,1% des plus riches que du bonheur des autres. La France ne doit qu’aux taux d’intérêts proches de zéro de ne pas sombrer plus rapidement, en sacrifiant ainsi son épargne. On commence à lorgner sur les assurances-vie au niveau du FMI, les grecs s’enfoncent de plus en plus et l’Europe qui protège leur appuie de plus en plus sur la tête. Tsipras trompe son peuple sans vergogne et est maintenu au pouvoir par la troïka pour faire passer l’austérité dévastatrice du pays qui vend son patrimoine à tour de bras. Les prêts ne lui sont plus accordés en euros mais en dollars, ce qui fait qu’il lui devient quasiment impossible de quitter l’euro, sa dette ne serait plus convertie en drachmes avec un drachme pour un euro mais resterait en dollars à payer en drachme dévalué de 50%. Endettée à 180% de son PIB, un doublement des nouvelles dettes en cas de sortie, l’a contraint à tout accepter jusqu’à la mise sous tutelle totale du pays livré aux prédateurs qui se paieront sur la bête. 

Nos concitoyens ne perçoivent pas réellement cette détresse grecque et on entend encore des propos du style « Oui mais les grecs l’ont bien voulu, chez eux c’est le bordel et ils sont fainéants ». D’une part ces propos sont injustes, et d’autre part nous n’en tirons aucune conclusion pour nous-même. D’abord la Grèce était effectivement dans une situation économique difficile mais nous avons fermé les yeux sur leurs comptes truqués par Goldman Sachs pour rentrer dans l’euro. S’ils ont profité de l’aide européenne au début, celle-ci s’est avérée rapidement trop faible par la dégradation du pays due en grande partie au fait que la manne européenne les a détournés des réformes structurelles mais surtout au handicap de l’euro pour leur économie. Car il faut savoir que les grecs sont parmi les pays européens qui travaillent le plus. On ne peut pas accuser les portugais de ne pas être travailleurs et pourtant le niveau de vie y est très bas dans une Europe qui protège.

Nos concitoyens ne voient pas que nous allons lentement mais sûrement vers un scénario à la grecque ou à la portugaise parce que la vitesse de descente est peu perceptible encore mais nous descendons par rapport à la moyenne européenne. En septembre le réveil se produira avec les retraites rognées de la CSG, les salaires vraisemblablement en retard par rapport à l’inflation et les heures supplémentaires payées au tarif normal. Nous percevrons que le coup d’Etat Macron est un nouveau coup de canif dans une démocratie qui se meurt dans un système électoral désadapté et dévoyé par les primaires, ainsi que la volonté de ne plus consulter le peuple par référendum. 

Alors la France peut-elle exister ? Le globalisme est-il incontournable et voué à la faire disparaître ? On en parlera dans le prochain article.
« En ces temps d’imposture universelle,
dire la vérité est un acte révolutionnaire. » [George Orwell.]

Sans croyance en son destin il n’y a que soumission 

Et la raison du plus fort est toujours la meilleure.

L’indépendance de la France a été gagnée 

Au prix du sang de tous nos ancêtres,

Son histoire ne peut s’arrêter là !

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon