mercredi 14 juin 2017

Pourquoi l’Allemagne compte-t-elle sur Macron ?



Madame Merkel s’est personnellement déplacée et le plus rapidement possible pour rencontrer Emmanuel Macron à Paris. Les médias mainstream y ont vu le choc que créait l’arrivée de ce jeune loup dans la géopolitique mondiale, et ont donné libre cours au sentiment d’orgueil familier du coq français. D’autres y ont vu le signe d’une nouvelle vigueur du couple franco-allemand, un peu sur le « reculoir » depuis la décision des quotas migratoires. Ce couple est d’ailleurs constitué d’une motrice, l’Allemagne, et d’un tandem, la France. Cette dernière y acquiert une confiance supplémentaire des investisseurs qui nous assure les meilleurs taux de prêt de l’UE. La base de la confiance est néanmoins l’épargne privée, particuliers et entreprises, qui couvrirait les dettes publiques en cas de malheur. Alors qu’est-ce qui fait courir Madame Merkel à Paris ?

La nomination d’Emmanuel Macron à la Présidence de l’Etat français a été apprise avec un grand soulagement de l’autre côté du Rhin pour deux raisons. La première raison est qu’il a balayé les tentatives d’indépendance plus ou moins poussées de tous les autres partis, y compris LR. Le rapprochement avec la Russie de Fillon ne se fera pas par la France, mais par l’Allemagne si besoin est. C’est elle qui tient à définir la politique à l’Est de l’Europe, Turquie et Ukraine comprises. Le FN est remisé sur sa phobie migratoire, et le FSI est assourdi dans ses velléités de choc avec l’Allemagne accusée de prédateur. Si l’on excepte les quelques souverainistes de droite et les indépendantistes partisans du Frexit, le reste des partis est plus ou moins européiste. Avec Macron la France s’accroche à l’UE, à l’euro et à l’OTAN, donc finalement à l’Allemagne et aux États-Unis. 

La deuxième raison qui crée la première est qu’Emmanuel Macron est un pur produit du Système, qui l’a enfanté, et poussé jusqu’à la plus haute marche. Ce n’est pas pour rien que le Medef français bave de plaisir. On se réjouit sur les Marchés, chez les multinationales et les grands banquiers. Il est en place pour suivre fidèlement les directives européennes, issues des désidératas allemands, des lobbies et des banquiers. Le rappel à l’ordre de la France sur son déficit de 2,8% qui est en passe de devenir 3,1% en 2017 n’est qu’un signe parmi d’autres que la France est sous une tutelle européenne de plus en plus contraignante. La France est prévenue, il n’y aura pas un troisième report de la date d’arrivée sous les 3% demandés dans les traités. L’austérité à l’allemande n’est pas remise en cause à la grande satisfaction de ce pays.

A l’évidence la perspective de voir la France sortir de l’UE et retrouver une monnaie nationale dévaluée de 10 ou 15% est une alternative cruelle pour le commerce extérieur allemand, non seulement dans ses importations dans notre pays, mais pour le regain de compétitivité d’un pays concurrent sur le marché européen et mondial, en particulier dans le secteur automobile. La France garde l’euro et ne peut améliorer sa compétitivité que par la dévaluation interne qui est l’arme de la politique d’austérité allemande. Celle-ci ne peut se faire que par des ponctions sur le niveau de vie de la population active ou non. Mais ceci ne justifie pas l’empressement de Madame Merkel à venir elle-même en France, alors qu’il est habituel et protocolaire que la visite soit faite en Allemagne par le nouveau locataire de l’Élysée. 

Vous savez qu’une bombe atomique n’explose que si on réunit une masse critique d’uranium à partir de deux ½ masses sous-critiques. C’est ce qui se passe dans les armes nucléaires qui sont stockées passives mais sont conditionnées pour devenir critiques au moment de l’impact sur l’objectif. C’est la véritable raison de la visite rapide de la chancelière allemande dans un pays dont il faut s’assurer qu’il ne rendra pas critique l’arme monétaire. De quoi s’agit-il alors ? Par des mécanismes complexes que j’essaierai modestement de vulgariser plus tard, les échanges commerciaux suivent un cheminement complexe qui ne passe pas par la BCE mais entre les banques centrales ou nationales et une plate-forme intermédiaire dite TARGET 2 (Trans-European Automated Real-time Gross settlement Express Transfer). En effet si nous disposons d’une monnaie ayant le même nom sur les 19 pays de la zone euro, les banques nationales ont gardé leurs prérogatives pour toutes les transactions financières et commerciales. La BCE veille sur la santé de l’euro et sur l’inflation mais pas sur les transactions bancaires à l’intérieur de la zone euro.

Ce dispositif complexe entraîne des accumulations de créances dans les banques centrales des pays où le risque est censé être le moindre. Autrement dit un dépôt d’argent Italien pour payer un produit belge finira par générer une créance dans la BNB, banque nationale belge. Les euros italiens deviennent alors potentiellement des euros belges dont la BNB est responsable. Si cette créance ne peut être soldée par suite d’une faillite de l’Italie et une monnaie nationale dévaluée, c’est la BNB qui devra assumer la perte en euros belges. Si l’Italie était contrainte de sortir de la zone euro, sa banque centrale devrait entre 400 à 500 milliards d’euros à diverses banques centrales européennes. Autant dire qu’elle ne le pourra pas. Mais c’est la Bundesbank allemande qui a accumulé le plus de créances qui risquent de ne pas être honorées si des pays en difficulté comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce font défaut. La Bundesbank avait accumulé fin avril 2017 une créance de 843,4 milliards d'euros sur ses collègues européennes dont elle sait pertinemment qu’elle ne récupérera qu’une infime partie. 

Le danger est énorme pour l’Etat allemand qui ne serait pas en mesure d’assumer une telle perte de sa banque centrale. Le problème est double. La bulle des créances pourries grossit sans cesse au fur et à mesure des difficultés de certains pays, et il est vital d’intervenir pour empêcher l’écroulement de ces pays, qui n’ont plus intérêt à sortir de l’euro de leur plein gré puisque leurs dettes s’accumulent dans ces pays forts comme l’Allemagne et qu’ils devraient rembourser en cas de sortie, mais qui pourraient être de facto sortis de l’euro par suite de faillite constatée. Il faut donc que cet énorme danger dont l’Allemagne subirait le choc le plus important soit masqué le plus longtemps possible. Les pays forts doivent accepter d’aider tous les pays en difficulté pour les maintenir dans l’euro. C’est la préoccupation majeure dont voulait s’entretenir la chancelière avec notre président. Elle voulait s’assurer que tout ceci ne serait pas divulgué mais surtout que la France suive l’Allemagne dans le maintien des pays fragiles dans la zone euro au prix d’aides qu’il faudrait consentir autant que de besoin.

Évidemment le danger des créances pourries est aussi pour la France mais à un degré moindre, c’est pourquoi l’Allemagne se sait en première ligne. Pourtant en dehors d’une mutualisation des dettes dans la zone euro, il n’y a guère d’autre solution. Ce remède qui coûterait très cher à l’Allemagne est écarté pour l’instant. Mais on peut se douter que l’aide de plus en plus coûteuse pour tenir à bout de bras les pays en difficulté ne pourra pas durer éternellement. Au passage on voit que la monnaie unique est un leurre, l’euro grec ne vaut pas l’euro allemand ou français. Les transactions autorisées pour les grecs sont désormais limitées ainsi que les retraits, la Grèce est sous tutelle. L’austérité la touche dans son niveau de vie et dans le dépouillement de son patrimoine. Mais la France n’est pas à l’abri. Une bombe est sous nos pieds, rendue passive pour l’instant, mais jusqu’à quand ? On comprend que le Frexit fait peur… aux autres pays !

L’omerta qui a été déployée sur notre pays 

Ne sert que les intérêts des banquiers

Et d’un Système qui sent le roussi 

Dans une zone euro au bord

D’une explosion proche !

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon