jeudi 29 juin 2017

La France vue d’en haut et d’en bas (5ème partie)



La France ne s’occupe pas vraiment de sa politique énergétique en se focalisant sur les énergies renouvelables intermittentes (EnRi), et la phobie du nucléaire, du carbone et du diesel. Pourtant les stratégies énergétiques des grands pays du monde sont une composante primordiale de la stratégie globale. Ses répercussions sont mondiales. Elle subit les grandes manœuvres actuelles sur la prospection, la production et le transport des richesses pétrolières et gazières. C’est ce qui explique la plupart des conflits actuels qui dégénèrent en guerres armées ou économiques, de l’Ukraine à l’Iran en passant par la Syrie et le Qatar. Tout le Moyen-Orient est en effervescence et Israël n’y échappe pas avec ses frappes sur Gaza et le plateau du Golan. A ces guerres sur l’énergie, s’ajoute celle sur les monnaies dont la primauté du pétrodollar.

"La capacité des USA à maintenir leur influence sur le reste du monde s’amenuise lentement. Depuis la création du pétrodollar en 1971, la monnaie US monopolise le commerce international, grâce à des accords pétroliers avec l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et de continuelles interventions militaires. Il y a pourtant de plus en plus d’opposition à l’étalon US, et elle a obtenu récemment davantage de soutien, quand plusieurs États du Golfe ont soudainement fait le blocus du Qatar, qu’ils accusent de financer le terrorisme. Nonobstant la principale explication, il existe plusieurs autres raisons faisant que le Qatar est dans le collimateur. Au cours des deux dernières années, le Qatar a effectué pour plus de 86 milliards de dollars de transactions en yuan chinois et a signé avec la Chine de nouveaux accords favorisant une plus grande coopération économique. Le Qatar partage aussi avec l’Iran le plus grand gisement de gaz naturel du monde, ce qui donne à ces deux pays une importante influence régionale pour développer leurs propres transactions commerciales."

En fait les ressources énergétiques et les politiques monétaires sont liées. Une énorme partie d’échec est en cours entre le monde unipolaire, des États-Unis et de l’UE, et le monde multipolaire qui se regroupe de plus en plus autour des BRICS dont l’axe central et moteur est actuellement Russo-Chinois. Cette partie se déroule sur les deux plans intimement liés, gaz-pétrole et monnaie. Abandonnons provisoirement la guerre sur les ressources énergétiques pour comprendre ce que le monde multipolaire est en train de mettre en place. La Russie et la Chine se sont mises d’accord pour des transactions en yuan sur le pétrole et créent un fonds d’investissement commun dont l’objectif principal sera la réalisation des nouvelles routes de la soie, infrastructures qui charpenteront l’Asie d’Est en Ouest. C’est l’ouverture de l’Asie du Pacifique sur l’Europe de l’Ouest. De plus les transactions en yuan pour le gaz et le pétrole voient arriver non seulement le Qatar mais l’Iran et l’Inde. La primauté du pétrodollar est donc remise en cause, d’où les réactions violentes des États-Unis qui deviennent exportateurs du gaz de schistes.

Au passage ces derniers font le forcing pour en vendre à l’UE en essayant de détourner l’Europe des livraisons par la Russie et les pays du Golfe. De son côté la Russie avance ses pions avec d’une part le début de la construction du Turkish Stream pouvant aboutir en Grèce ensuite, en partenariat avec la Turquie, et d’autre part avec le projet North Stream 2, passant par la mer Baltique, projet qui a les faveurs de l’Allemagne. La politique énergétique allemande d’arrêt du nucléaire et de compensation par les EnRi conduit inexorablement à un surplus de consommation d’énergies fossiles pour compenser leur intermittence de production. On peut penser qu’une réunion franco-allemande sur la politique énergétique soit un point de convergence qui peut nous soumettre à la primauté allemande et déstructurer l’UE. 

Il ne faut pas oublier que l’Iran veut aussi écouler ses ressources énergétiques vers l’Europe et le passage par la Syrie a été la raison de base du conflit irako-syrien où l’Arabie Saoudite, appuyée sur les États-Unis, a joué sa carte en soutenant l’EI et a enflammé tout le Moyen-Orient. Les États-Unis n’ont plus besoin du pétrole du Moyen-Orient mais il leur importe que les autres pays dont la Russie et la Chine n’en profitent pas. Les stratégies sont donc très mouvantes et la préoccupation américaine reste les réserves énormes de l’Iran plus que sa présomption d’arme nucléaire, qui reste la raison officielle de pression sur ce pays lequel se tourne vers le monde multipolaire. Plus les États-Unis seront présents et plus le chaos sera grand dans cette partie du monde, plus ils penseront préserver le pétrodollar. Les transactions pétrolières en pétroyuan deviennent un cauchemar pour eux.

Pour la France, l’arrivée du pétrole russe peut remettre en cause notre stratégie mercantile avec les pays du Golfe, si l’Allemagne se tourne vers ce pays pour une alimentation par la Baltique et influe l’UE pour l’arrivée par le Sud en Grèce. En effet les découvertes de gaz dans l’Est de la Méditerranée, de la Grèce à Gaza, ne cessent d’augmenter dans pratiquement toutes les eaux territoriales avec des conflits déjà en cours à propos de Chypre et de la Turquie. Israël veut s’accaparer les gisements dans les eaux territoriales de Gaza et financer un pipeline jusqu’en Italie passant par Chypre. On mesure combien cette région, proche de nous, est une poudrière. L’ultimatum lancé au Qatar, l’annonce d’une intention d’utilisation de gaz par Bachar el-Assad associée à de nouvelles réflexions sur son élimination physique, sont les ferments de dérives guerrières auxquelles, notre appartenance au monde unipolaire nous contraindra à participer. La Syrie est en train de reconquérir son territoire, il faut donc trouver un moyen pour garder la main sur ce pays où la Russie s’implante solidement. 

D’ailleurs la guerre du gaz fait rage aussi en Ukraine, voie d’alimentation de l’Europe, car l’Ukraine est en faillite et les droits de passage du gazoduc sur son territoire ne suffisent pas à payer sa propre consommation et ces dettes envers la Russie. La guerre contre le Donbass a repris dans un climat de désertion dans l’armée de Kiev. Les occidentaux, dont l’UE, veulent absolument faire rentrer l’Ukraine dans l’UE pour s’approcher un peu plus des frontières russes et avoir le contrôle de leur gazoduc. On voit que la guerre des mondes met la planète sur un brûlot où les États-Unis nous entraînent pour ne pas perdre leur place de gendarme du monde. Celle des monnaies n’est pas la plus anodine et la course vers le stockage de l’or en Russie, en Chine et en Inde, au lieu d'obligations américaines, en dit long sur ce qui se prépare… Le grand chaos est à nos portes et la France aurait bien besoin de pouvoir jouer un rôle historique d’apaisement. Pourtant elle se prépare pour une intensification de la guerre à l’extérieur et pour une loi limitant sine die la liberté de ses concitoyens
 
Ballotée entre les États-Unis, l’Allemagne et l’UE, 

La France fustige et combat le nouveau monde

Celui de la solidarité sans contrainte. 

Le monde de sa liberté globaliste

Est un non-sens qui tue.

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon