dimanche 11 juin 2017

Les britanniques ont redit OUI au Brexit !



Alors que la France se lance dans une abstention massive pour le premier tour des législatives 2017, les britanniques viennent de renouveler leur Parlement après un vote décidé par leur Premier Ministre Theresa May. Les médias nationaux et régionaux n’ont pas ménagé leur peine pour stigmatiser celle-ci en parlant d’une cruelle défaite pour avoir voulu conforter sa majorité et la perdre finalement. La défaite est présentée sous l’aspect du rejet du Brexit puisque l’intention de Theresa May était de se trouver en meilleure position de négociation avec l’UE pour la sortie du Royaume-Uni. C’est une lecture des évènements qui est très manipulatrice de la part des médias à la solde quasi-unanime du refus de sortie de la France pour le plus grand bien des grandes puissances de l’argent. Au passage d’ailleurs on voit que l’UE ne cache même plus sur sa soumission à celles-ci puisque la Commission chargée de lutter contre la fraude va installer ses pénates… au Luxembourg, petit pays réputé comme paradis fiscal et dont Jean-Claude Juncker, Président de l’Eurogroupe, fut le Premier Ministre chassé pour… un scandale financier concernant des centaines d'accords fiscaux très avantageux conclus par des multinationales avec le fisc luxembourgeois afin d'échapper aux impôts des autres pays européens, l’affaire Luxembourg Leaks.

La vision médiatique française, conforme à celle du Président Macron, ne manque pas une occasion de mettre en avant les difficultés réelles ou largement augmentées et partiales que le Brexit est supposé créer au Royaume-Uni. Les conservateurs, le parti de Theresa May, perd en effet 12 sièges et en garde 318, tandis que le parti travailliste, celui de Jeremy Corbyn en gagne 31 pour atteindre 261 sièges. Les petits partis sont laminés et le Royaume-Uni revient vers le bipartisme qui permet un fonctionnement normal de la démocratie, et surtout sans majorité absolue. Si les travaillistes gagnent 10 points dans les votes, les conservateurs en gagnent ainsi 6 par rapport à 2015. Il n’y a donc pas un véritable rejet de la politique de Theresa May. 

N'oublions pas que tout l’effort de celle-ci est dirigé vers l’ouverture des négociations du Brexit. Or les travaillistes n’ont pas orienté leur campagne sur le Brexit et ne l’ont pas désapprouvé. Ils ont surfé sur la diminution des effectifs de sécurité en sautant sur l’occasion offerte par les attentats, et sur une politique sociale rejetant l’austérité qu’avait programmée le gouvernement conservateur. Theresa May trouvera facilement un complément à sa majorité avec des petits partis en recul, donc assez malléables. Les électeurs conservateurs et travaillistes représentent à eux deux plus de 80% des votes exprimés, c’est donc un plébiscite pour le Brexit dont saura se servir le Premier Ministre britannique dans une négociation que l’UE et la France se targuent de mener très durement.

Cette attitude est classique avant le début d’une négociation, mais en fait l’UE, et en particulier l’Allemagne, n’ont pas intérêt à braquer le Royaume-Uni en demandant des centaines de milliards alors que celui-ci est redevable de son écot sur la durée qui la sépare encore de la sortie pendant les négociations, et non comme le veut l’Europe de son engagement jusqu’en 2022 sur le plan d’action européen. L’Allemagne est en effet suffisamment bénéficiaire économiquement par sa participation à l’UE pour accepter de voir augmenter sa quote-part au budget européen due au départ du Royaume-Uni, même si c’est le troisième contributeur en nombre d’euros. En réalité l’Allemagne est largement exportatrice et bénéficiaire dans ses relations commerciales avec le Royaume-Uni. On peut s’attendre à ce que les discours sur la dureté de la négociation ne soient pas l’image réelle de la tenue de celle-ci dans le secret des réunions sans témoins autres que les participants. 

N’en déplaise aux tenants d’un européisme à tout crin, le Royaume-Uni va aborder cette phase de négociation en cherchant surtout à se défaire déjà du plus grand nombre de liens aux directives et aux normes de l’UE, tout en payant son écot. C’est probablement sur ce point que l’UE a un moyen de pression pour négocier le montant dû par le Royaume-Uni. En effet celui-ci a déjà commencé sa tournée d’accord bilatéraux, principalement économiques, avec les pays du Commonwealth et les grands pays comme la Chine et l’Inde. Elle s’ouvre de nouveau au monde sans tutelle, sur les droits de douane en particulier. Le chômage est au plus bas, la croissance de 2016 et les prévisions de 2017 et 2018 sont revues à la hausse. Les capitaux et les investisseurs ne fuient pas le pays et la Livre a réajusté la compétitivité britannique avec une dépréciation de 10%. N’oublions pas que l’euro a fluctué entre 1,05 et 1,65 $, sans que cela ait créé de véritable catastrophe dans le niveau de vie des français.

Au passage on peut se demander alors pourquoi la sortie de l’euro pour la France serait plus difficile que son entrée, et en quoi une dépréciation de 15% du nouveau franc par rapport au dollar serait catastrophique ou même durement ressentie sur notre niveau de vie. La France est l’un des pays offrant le maximum de garantie aux prêteurs grâce à la hauteur de l’épargne privée, dont notre livret d’épargne et nos assurances-vie. Ce n’est pas plus rassurant, et même moins en restant dans l’euro, car les textes européens votés permettent de prélever une dîme sur cette épargne en cas de faillite des banques privées après ponction des actionnaires. Le seuil au-delà duquel on prélève l’épargne est fixé à 100.000 euros… pour l’instant. L’UE, où les sujets de discorde se multiplient, n’est donc pas une sécurité pour notre niveau de vie. D’ailleurs la France s’en tire moins bien que la moyenne des autres pour sa croissance. Si celle-ci est en légère hausse, elle reste inférieure à la moyenne européenne. La comparaison avec le Royaume-Uni ne va pas tourner à notre avantage dans les mois et années qui viennent si nous restons dans cette fausse sécurité que représente encore l’UE, l’euro et l’OTAN aux yeux de la plupart de nos concitoyens. Les britanniques ont compris avant les autres et ce sont les derniers qui paieront les pots cassés.

Nous sommes repartis dans l’illusion d’un renouveau 

Qui n’est en fait qu’un changement des hommes

Mais pas des grandes orientations politiques. 

Pour la troisième fois nous nous attablons

Devant le même menu européen 

Mais c’est la part des cuisiniers

Qui grossira à vue d’œil. 

En prenant la nôtre !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon