mardi 27 juin 2017

La France vue d’en haut et d’en bas (4ème partie)



De grandes évolutions géopolitiques sont en train de se produire et c’est le moment où la voix de la France peut résonner. Le fera-t-elle ? C’est à notre Président d’en décider avant que le peuple ne s’en mêle. Une chose est sûre la France est une moyenne puissance, la cinquième ou sixième puissance économique mondiale, une voix sur 5 ayant droit de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU, le deuxième domaine maritime mondial, et une langue qui sera la troisième langue du monde en 2050. Sa position géographique lui permet de faire le lien avec l’Europe du Nord, l’Outre-Atlantique, la Méditerranée et l’Afrique. Si elle ne brade pas son agriculture dans l’UE, la France est auto-suffisante et peut jouer aussi la carte qualité des produits des terroirs. Son choix énergétique du nucléaire lui assure une électricité bon marché à condition de ne pas la surcharger d’investissements lourds dans les énergies renouvelables alors que nous sommes déjà exportateurs d’électricité. Quand elle ne se réfugie pas dans le néo-colonialisme, la France est respectée dans le monde. Pays de la douceur de vivre, héritière d’un passé historique et culturel prestigieux, offrant une grande variété de paysages, dotée d’un système hydrographique remarquable et ouvert sur trois mers et un océan, la France de la Tour Eiffel attire le monde entier.

Pourquoi la France, dès 1983 a-t-elle perdue la confiance en elle-même ? En 1980 le monde entier regardait la France comme le pays guide de la prospérité. François Mitterrand, encore marqué par la défaite de la France, son séjour dans le gouvernement Pétain avant son entrée dans la Résistance et son parcours de prisonnier, a-t-il été impressionné par la puissance allemande au point de ne voir notre salut que dans un binôme gérant l’Europe pour s’opposer à une domination américaine et du monde de la grande finance anglo-saxonne ? Il est trop tôt pour que les historiens analysent cela sans à priori, mais un fait est sûr, le sentiment patriotique n’a pas été soutenu par les dirigeants qui se sont succédés depuis et la France s’est cadenassée à l’UE comme à une bouée de sauvetage. Elle a oublié que l’histoire et la géographie lui avaient taillé un rôle mondial de premier plan, rôle que nos rois avaient perçu depuis Philippe Auguste et qui a perduré jusqu’aux années 1920-1930. On peut dire qu’après la France s’est endormie sur ses lauriers et dans le leurre de l’internationalisme pour s’écrouler lamentablement en 1940 après avoir cru que vouloir la paix suffisait pour l’obtenir et avoir rejeté ceux qui disaient : « Si tu veux la paix, prépare la guerre. » 

La paix mondiale tient toujours par l’équilibre de la terreur grâce à la dissuasion nucléaire, mais les Etats-Unis n’ont pas cessé la guerre depuis deux siècles sur l’ensemble de notre planète. Notre rejet de la guerre, le « plus jamais ça » des poilus, s’est transformé en une fébrilité d’ingérence, avec ou sans mandat de l’ONU, dans les pays où notre allié et maître nous demandait d’aller ou de le précéder, comme en Libye et qui a failli l’être en Syrie. C’est l’attitude de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Derrière les Etats-Unis nous nous sentons des ailes et des pulsions de puissance. Mais tout cela a un prix, car nous avons vendu notre âme au diable, ce prix c’est l’indépendance. Le monde n’attend plus la France. Elle cherche encore à s’imposer mais sa voix est enrouée.

Macron reçoit Porochenko et promet qu’il ne reconnaîtra pas l’annexion de la Crimée par Poutine. Quel poids cela a-t-il, en dehors de la politique interne d’un Porochenko chancelant, vis-à-vis de Poutine ? Aucun, sinon pour Macron de vouloir rester dans le groupe Normandie qui doit revivifier les accords de Minsk. Ce dernier n’est que l’affrontement d’Angela Merkel et de Poutine, sous la vigilance des Etats-Unis. Après avoir voté de nouveau des sanctions contre la Russie, alors qu’Angela Merkel se ravise, la France devra suivre et signer après de tonitruantes déclarations sur notre importance dans le succès ou l’échec obtenu. Macron était parti pour la réunion du Conseil des chefs d’Etat européen en clamant qu’il allait exiger qu’une harmonisation soit faite sur les charges sociales des salariés travaillant à l’étranger en s’adressant directement aux pays de l’est. Il en est revenu avec une déculottée et est rentré bredouille. 

Mais revenons sur l’Ukraine, ce pays ne survit que par les subventions de l’UE, donc avec l’argent de notre poche alors qu’elle n’est pas dans l’UE. Celles-ci compensent les sous que la Russie ne donne plus pour les frais de transport de gaz pour se rembourser des impayés. En fait c’est donc des sous que Porochenko est venu chercher et surtout pour que la France s’oppose à tous les gazoducs qui s’apprêtent à inonder l’Europe sans passer par son pays. Car nous touchons là à la grande bataille de l’énergie gazière et pétrolière qui a encore de belles années devant elle. En 1956 le club de Rome nous donnait vingt ans de pompage possible des réserves connues. En 2017, le gaz de schiste rend non seulement autosuffisants les Etats-Unis mais les poussent à chercher des débouchés sur l’Europe. Par ailleurs l’est de la Méditerranée se révèle contenir des réserves immenses de la Grèce jusque devant Gaza, sans parler de l’Arctique où les russes explorent avec succès. Dès 2009 les projets se multipliaient entre la Russie, le Moyen-Orient et l’Europe du sud. Mais depuis un projet se concrétise, le Turkish Stream, et deux autres, un au nord et un au sud de l’UE, arrivent au centre des affrontements énergétiques.

On ne peut pas regarder la France par en haut sans prendre en compte l’aspect de la bataille énergétique qui est l’objet de tant de guerres dans ce secteur du monde si proche et si vital pour nous. La France a-t-elle vraiment une politique énergétique valable ? Sans elle son handicap risque d’être lourd. Ce sera l’objet du prochain article.

La captation des richesses pétrolières et minières 

Est l’objet des politiques des prédateurs

Parce qu’elle garantit la puissance 

Et l’indépendance des pays.

Quid alors de la France ?

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon