mercredi 28 juin 2017

La manipulation des chiffres du chômage continue !



Les commentaires sur le chômage ne sont plus donnés mensuellement par le gouvernement même s’il n’est pas encore interdit de publier les chiffres mensuels des demandeurs d’emploi recueillis par la DARES. Les commentaires ne seront faits que trimestriellement, ce qui veut probablement dire qu’il faudra attendre la fin juillet pour avoir des commentaires  sur les trois mois d’avril à juin. Cette nouvelle restriction de l’information ne s’appuie sur aucun argument valable surtout lorsque l’on se justifie en prétendant que les chiffres mensuels ne veulent rien dire et qu’ils se contredisent d’un mois sur l’autre sans permettre de dégager une tendance. C’est simplement oublier que la notion de trimestre glissant existe, et que l’on peut chaque mois évaluer les évolutions sur le trimestre écoulé. L’État a toujours prétendu, et la DARES aussi, que l’examen sur un trimestre permettait d’avoir une estimation valable de la tendance d’évolution. On fait savoir par les médias aux ordres que les chiffres de l’INSEE, qui donnent le taux de chômage communiqué à l’UE et l’OCDE, sont les seuls qui traduisent mieux la vérité parce qu’un certain nombre de demandeurs ne se signalent pas à Pôle Emploi et que ce nombre varie avec la conjoncture.

On se demande alors pourquoi les gouvernements précédents donnaient autant d’importance au nombre de demandeurs d’emploi de la catégorie A, chiffre pour lequel François Hollande avait joué son mandat en le liant à la baisse de ce chiffre. L’objectif ne serait-il plus la baisse du chômage ou ne serait-il plus la priorité ? Est-on si peu sûrs de le faire baisser que l’on diminue les occasions d’en parler ? L’arguement de la vérité des chiffres du chômage de l’INSEE sont autant sujets à discussion que ceux de Pôle emploi. En effet ceux-ci sont comptables, mais ceux de l’INSSE sont issus d’un sondage sur un nombre important de personnes donc contestable comme tous les sondages. Ils peuvent être sujets à une manipulation encore plus facile dans un organisme dépendant de l’État puisqu’il s’agit d’un seul chiffre, un pourcentage, sur lequel on n’a aucune vérification possible. 

La manipulation des chiffres est malheureusement une pratique courante de l’État et nous allons voir qu’elle continue et s’appuie même sur une complicité des médias qui enfourchent le chant de l’espoir et du renouveau avec une constance aux allures de propagande. Les mauvais chiffres de mai ne doivent en rien contrarier le chant des sirènes et l’on a trouvé le moyen de n’en parler que le moins possible, en laissant passer l’idée que l’on est sur un « plateau de chômage » et plus subtil encore que l’indicateur chômage ne baisse que six mois après la reprise de la croissance. On oublie au passage de dire que cette baisse ne peut être espérée qu’au-delà de 1,5% de croissance. En attendant on se garde bien de parler de la réalité des chiffres qui ne sont pas bons comme nous allons le voir. On va donc s’intéresser comme le recommande Dares au trimestre glissant de février à mai 2017 dont les chiffres sont extraits ci-dessous de leurs publications.

On voit déjà que la tendance sur le trimestre de février à mai 2017 est haussière même si elle a baissé de 40% par rapport à la même période 2016. Cette constatation n’est-elle pas fiable puisque le gouvernement n’en tire aucune indication ? Il est alors intéressant de voir ce qu’en pense DARES dans le petit paragraphe sous les tableaux : « Lorsque sur trois mois, en France métropolitaine, le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A augmente ou baisse de 35 000 ou davantage, il y a une probabilité supérieure à 95% que la variation de la tendance soit de même sens. » Alors résumons cela sur le tableau ci-dessous.

Ce n’est effectivement pas une augmentation de 35 000 demandeurs que l’on observe en trois mois mais de 29 700. Si la probabilité de tendance n’est pas de 95%, elle commence néanmoins à être préoccupante. Les 35 000 évoqués correspondent à une évolution de 1%, nous en sommes à 0,9%. Évidemment, contrairement à ce qui était publié dans le quinquennat précédent, on se garde bien de parler de ces statistiques trimestrielles. Désormais on attendra qu’elles soient favorables. 

On dit qu’un graphique en dit plus que de longs discours, c’est pourquoi je nous laisse l’impression visuelle que suscite le graphique ci-contre. Il est bien difficile de parler encore de stabilisation du chômage, il s’agit plutôt de ralentissement de la hausse. La politique prévue par le gouvernement s’attache à une relance de l’économie en misant sur son impact indirect sur le chômage. Le relance de l’économie chez les multinationales ou les grosses sociétés exportatrices ne produit généralement pas de baisse du chômage mais plutôt des délocalisations et des aspirations de travailleurs étrangers. Or c’est le tissu de nos petites et moyennes entreprises qui créent l’emploi. L’attirance des entreprises, pour la main-d’œuvre étrangère en particulier dans les secteurs de la construction et des services à fort taux de main-d’œuvre peu qualifiée, ne peut pas être jugulée par la baisse des charges sociales. Nos salaires ne sont pas compétitifs avec ceux des pays de l’Est ou de l’immigration hors UE clandestine ou non.

La mondialisation vue par l’UE ne peut que nous conduire à rechercher la main d’œuvre la moins chère. La tentative faite par Macron auprès des pays de l’Est pour rendre leurs travailleurs moins attractifs s’est soldée par un échec et il ne peut pas espérer un soutien de la technocratie bruxelloise, ni de l’Allemagne qui en bénéficie. De toute façon rendre les travailleurs étrangers moins attractifs ne peut pas donner un coup de pouce à notre compétitivité. On marche sur la tête. L’euro plombe notre économie et redonner des avantages aux entreprises, qui profitent surtout aux plus grosses qui sont les moins imposables, conduit à endetter un peu plus notre pays ou à agir sur le niveau de vie des citoyens. Inexorablement l’État sera conduit à faire des économies sur les prestations sociales et à demander de travailler pour moins cher. Les heures supplémentaires payées au tarif normal en font partie. La consommation s’en ressentira et c’est elle qui nourrit principalement la croissance. Arrêtons les politiques suicidaires qui n’enrichissent que les riches. 

La croissance française ne suivra que mollement

La reprise mondiale et européenne en cours. 

Le chômage ne pourra que perdurer

Et la menace de hausse des taux 

Des emprunts d’État sont signe

De la hausse de la dette.

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon