mardi 13 juin 2017

La grande lessiveuse est En Marche



Tous les électeurs ont compris que le second tour des législatives n’avait plus que deux intérêts, celui de connaître l’ampleur de la majorité absolue du parti Macron, et celui du taux d’abstention. Les autres partis, mis à part LR, ne sont même pas sûr de pouvoir exister en tant que parti à l’Assemblée Nationale. Le pharaon Macron aura un pouvoir sans partage et la démocratie sera l’ombre d’elle-même. Il en parlera beaucoup pour donner l’illusion que la démocratie existe encore chez nous. Les médias en feront de longues exégèses comme les journalistes aux ordres savent si bien le faire. Tous les actes du pharaon rempliront leurs pages, et les journalistes TV et radio se complairont dans leur rôle de présentateur des bruits de couloir de Matignon et de l’Elysée en évitant soigneusement des commentaires de fond sur la politique française sinon pour faire croire que la France rayonne sur les destinées du Monde. La séquence de la COP21 où la France sauve la planète sera rejouée autant que de besoin pour gonfler d’orgueil les poumons d’un peuple anesthésié.

Les deux quinquennats précédents ont définitivement lassé les électeurs et ont discrédité les hommes et femmes politiques. Ces écœurés ont jeté leur dernier espoir sur un jeune politique, qui n’avait jamais sollicité leurs suffrages et qui s’est fait passer pour neuf, en reléguant son prédécesseur et mentor le plus rapidement possible dans l’oubli. Le fait qu’il ait conseillé celui-ci sur sa politique économique tout au long du quinquennat a été balayé d’un revers de m…édias. Hollande a dû se faire tout petit, inaugurer les chrysanthèmes et se faire recevoir urbi et orbi pour une tournée d’adieu. Le fils a tué le père sans ménagement comme il l’a fait pour le peuple d’en bas, illettré à l’Ouest, alcoolique au Nord, et pour des Comoriens noyés dont la vie ne vaut guère mieux que le flétan pêché. Promu dans un enthousiasme aveugle, l’homme en lui-même est inquiétant mais tout lui sourit pour l’instant, même la loi électorale qui va permettre, à un parti qui ne représentera finalement que 15% des électeurs inscrits, et encore moins pour les citoyens en âge de voter, de rendre quasiment invisibles les autres députés. 

La campagne présidentielle a enlevé tout argument d’opposition aux autres candidats pour le premier tour des législatives. Cela se répète pour le deuxième tour. Socialistes, En Marche, LR et leurs associés, ont fourni des programmes qui ne sont que des variantes de la politique à laquelle l’UE et la zone euro contraignent la France, à savoir la réduction du déficit public par une dévaluation interne, l’allègement des charges et les aides aux entreprises, et les quotas migratoires. La dévaluation interne met en ligne de mire, les dépenses de santé, les retraites, les avantages sociaux et les salaires. Tous ces partis européistes ont simplement fourni des programmes dont les impératifs sont les mêmes dans des plats dont la sauce est différente.

Pour les autres partis, l’affichage d’un européisme consenti s’est perdu dans des incantations de volonté de grands changements au niveau européen, de postures agressives de remise en cause des traités à la force des baïonnettes éventuellement agrémentées d’un référendum, de remise en cause de la Constitution. Les sondages ont redistillé la réticence des français à abandonner l’euro. Cela a suffi pour que les indépendantistes de l’UE refluent précipitamment en se battant sur les mêmes créneaux que les européistes. Le sujet de la sortie de l’UE était alors médiatiquement et politiquement mort, d’autant plus que l’information sur les conséquences du Brexit se voulait inquiétante et impopulaire chez les britanniques. 

Les sondages donnant une large majorité au Président, le gouvernement n’a pas jugé bon de faire la campagne habituelle d’incitation à voter. L’abstention était même secrètement souhaitée. L’électeur s’est laissé prendre au piège de l’abstention et a accentué le recul des partis d’opposition. De plus ce sont sur ces partis que l’abstentionnisme a été le plus fort. La campagne électorale présidentielle et législative a tué la démocratie puisque l’électeur d’opposition a baissé les bras en pensant que son vote devenait inutile, la partie étant perdue. Il a donné son accord au pouvoir absolu. On ne doit pourtant jamais s’abstenir au premier tour qui vous donne le choix de la pluralité des opinions même sous le réflexe du « tous pourris ». Par contre le deuxième tour est celui où l’abstention est nécessaire quand aucun des choix proposés ne convient. Elle permet de connaître le degré d’adhésion à la politique proposée par le Président et son parti majoritaire ou ceux qui ont donné leur accord sur l’essentiel, en particulier par des accords électoraux. Un Président qui ne recueille que moins de 15% de suffrages approbateurs sera fragilisé même avec une majorité absolue. Le poids des revendications corporatives exprimées dans la rue peut vite changer sa cote de popularité sur l’ensemble des citoyens.

Au deuxième tour la pire attitude est de voter pour un candidat qui ne représente pas vos idées pour essayer de faire tomber son adversaire. C’est le vote CONTRE. C’est le meilleur moyen pour dénaturer le jeu normal de la démocratie qui vit par le vote pour celui qui représente nos idées. C’est l’abstention qui répond à ce cas de figure, et malheureusement mieux que le vote blanc ou nul tant que ces derniers ne seront pas comptabilisés dans les votes exprimés. Les électeurs, qui votent blanc ou nul, perdent tout impact de leur vote sur le décompte final tout en croyant avoir accompli leur devoir civique. C’est comme s’ils ne s’étaient pas fait inscrire sur la liste électorale, c’est ce que l’on nomme « un vote pour la galerie » pratiqué surtout dans les petites communes. 

Le deuxième tour des législatives est celui de la grande lessive des anciens députés et l’arrivée d’une vague nouvelle de personnes plus ou moins en capacité de remplir un rôle important et souvent sans être passé par des responsabilités politiques antérieures. La majorité absolue et le fait qu’ils doivent tout à l’étiquette En Marche donc à Macron ne leur donnera que le droit de voter selon les directives du parti LRM. Ce sera d’ailleurs le cas des ordonnances où ils n’ont qu’à les lire et à voter POUR. Avant que la rébellion se fasse jour, bien d’autres évènements auront perturbé la vie publique. L’influence des LRM sur la politique gouvernementale sera infime pour longtemps. Nous entrons dans une période de calfeutrage dans l’UE, l’OTAN et la zone euro, où l’opinion sera travaillée et confortée en permanence pour accepter ce qui nous viendra de Bruxelles mais présenté comme des initiatives françaises. On râlera pour la forme contre l’UE quand celle-ci se fera plus pressante mais nous suivrons l’Allemagne, les États-Unis partout où ils iront, la BCE et les grands lobbies et financiers.

Ce grand débat sur notre appartenance à l’UE, débat qui a lieu dans de nombreux pays européens a été occulté en France. Nul doute que ce n’est que partie remise mais ce sera sous le coup d’évènements extérieurs qui ne vont pas manquer de se produire. L’explosion de l’UE et de la zone euro est inévitable mais la France, mal préparée à ses conséquences et imprévoyante, la subira de plein fouet. En attendant l’embellie provisoire de son économie qui a engrangé la baisse de l’euro par rapport au dollar, va devoir supporter une nouvelle hausse de celui-ci sans ralentir. La grande lessive des hommes ne change rien à la politique menée dans le cadre de l’UE. La France se fait rappeler à l’ordre sur son déficit budgétaire 2017 qui s’annonce non conforme à la prévision de 2,8% qui serait plutôt de 3,1%. Ceci annonce des économies budgétaires pour les mois qui viennent, et il n’est pas certain que les 3 ou 4 milliards à trouver le soient totalement sur les budgets ministériels. Il est même à peu près certain que le recours aux taxes, à la vente de patrimoine, ne sera pas évité comme cela se pratique… en Grèce.

La grande lessive des hommes et femmes politiques 

Ne changera rien à la politique antérieure,

Celle de la perte de pouvoir du peuple. 

L’accélération du recul jouera

Sur l’indépendance et 

La démocratie !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon