lundi 4 juillet 2016

La Turquie en marche vers l’Europe



Il est des évènements qui sont révélateurs si on veut bien les regarder de près. Le Brexit est à peine en train de se refroidir dans les esprits des peuples européens que l’UE reprend les négociations d’entrée de la Turquie dans l’UE. L’UE n’est bien sûr qu’une pieuvre expansionniste qui ne cesse de vouloir repousser ses frontières vers l’Est jusqu’à la Russie voire au-delà. Mais ce qui doit attirer l’attention, c’est la précipitation mise dans ce but d’annexion. Les pétitions pour manifester contre l’entrée de ce pays dans l’union se multiplient sur les réseaux sociaux. Elles sont pour la plupart à fond « raciste », ou tout au moins qualifiées comme telles par notre gouvernement. Dès que l’on ne veut pas céder notre civilisation à une autre qui exerce sa convoitise sur nous depuis plus d’un millénaire, on est classé raciste. Si l’on émet des réserves d’embauche sur un noir chrétien, on est taxé de manque d’humanité ou au pire de discrimination, si ce noir est musulman on est raciste. Ce n’est plus la couleur de peau qui sert de base à la définition du racisme.

Mais revenons à la Turquie, qui fut une république laïque il n’y a pas si longtemps sous l'impulsion de Mustafa Kemal Atatürk en 1923, date de création de l’Etat turc moderne sur les ruines de l'Empire ottoman après la première guerre mondiale. Si les Turcs sont à l'origine un peuple nomade originaire d'Asie, des plaines de Mongolie à celles de l'Asie centrale et ont connu un vaste et continu mouvement d'émigration vers l'ouest du continent, c’est sous le règne de Soliman le Magnifique que les Balkans ont été conquis dès la fin du XIVe siècle et la Serbie est entièrement annexée en 1459. L’histoire de l’opposition entre les religions chrétienne et musulmane n’est qu’une suite de combats. Nous parlons toujours de Charles Martel mais l’une des plus grandes batailles navales de l’histoire est celle de Lépante, le 7 octobre 1571 dans le golfe de Patras en Grèce, à proximité de Naupacte. Dans le cadre de la guerre vénéto-ottomane elle vit la victoire de la Sainte Ligue à l'initiative du pape Pie V. Puis la défaite à la bataille de Vienne de 1683, confrontation titanesque entre le Saint Empire et l’Empire Ottoman marque le début de son déclin effectif, des premières pertes territoriales et marque la fin de la menace ottomane en Europe centrale. La carte territoriale de l’Europe de l’Est fut redessinée. 

Dans cette histoire tumultueuse de combats contre une autre civilisation, on ne peut oublier le génocide arménien qui a vu le massacre de 1915 à 1923 des deux tiers des deux millions d’arméniens environ vivant sur le sol turc. Si la poussée musulmane s’est tarie à l’ouest avec un espèce de concordat en Andalousie, la poussée musulmane par l’Est, éteinte depuis la première guerre mondiale renait sous une autre forme aujourd’hui. D’ailleurs c’est en 1937 que la Turquie est constitutionnellement déclarée comme un État laïc. Mais elle reste un État instable avec une lutte larvée pouvant s’activer dans le terrorisme avec les arméniens et les kurdes ou le coup d’État militaire. Les attentats soi-disant perpétrés par Daech sont à analyser avec précaution compte-tenu des relations troubles d’Erdogan et de son fils avec Daech.

En 1949, la Turquie est cooptée (en même temps que la Grèce) par les membres fondateurs du Conseil de l'Europe trois mois après la signature du traité de Londres. Le 18 février 1952, la Turquie devient membre de l'OTAN. En 1959, la Turquie pose sa candidature pour devenir membre associé de la CEE. En 1963, un accord d'association est signé entre la Turquie et la CEE. En avril 1987, La Turquie demande son adhésion à l’Union européenne. En décembre 1989, la Commission européenne déclare la Turquie éligible à la candidature, mais elle diffère l'examen du dossier. Le 1er janvier 1996, l'union douanière entre l'Union européenne et la Turquie entre en vigueur. La Turquie abolit les taxes d'importation sur les produits venant de l'Union européenne. En décembre 1999 : l'Union européenne accepte officiellement la candidature de la Turquie lors du sommet d'Helsinki et souligne la « vocation européenne » du pays, mais elle fixe à son entrée dans l'UE des conditions que la Turquie accepte. L’infléchissement de la politique intérieure et extérieure turque a changé avec l'arrivée au pouvoir le 3 novembre 2002 du parti AKP et de Recep Tayyip Erdoğan qui devient premier ministre (mars 2003). Ceci consacre le succès de la stratégie liant libéralisme constitutionnel et économique et valeurs traditionnelles de l'islam sunnite. En octobre 2010, la Turquie modifie radicalement sa constitution pour remplir les critères politiques fixés par l'Union européenne. 

Ajoutons à ce raccourci de l’histoire le fait que le problème chypriote n’est toujours pas réglé. Le 15 novembre 1983, la République turque de Chypre du Nord est créée, mais elle est uniquement reconnue par la Turquie. C’est un pays de près de 80 millions d’habitants, comparable à l’Allemagne, de culture musulmane à 98%. Sa position géographique est un passage obligé entre l’Asie et l’Europe dont elle fait partie pour une toute petite part de son territoire qui lui permet de contrôler le détroit du Bosphore. De l’Europe à la Turquie, il n’y a qu’un pas mais un immense fossé de civilisation. En 2013 à Strasbourg j’avais recueilli des propos de fonctionnaires de l’Assemblée Européenne laissant entendre que l’adhésion de la Turquie était pour les calendes grecques. Il semble bien que ce ne soit plus le cas même si les travaux n’ont jamais cessé. Qu’est-ce qui a changé ?

C’est la mise en œuvre d’un nouveau plan à double détente, le flux migratoire et la décomposition de l’UE dans laquelle le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Turquie jouent un rôle majeur. En résumé c’est le Brexit et le robinet migratoire contrôlé par l’Allemagne et la Turquie. Le pipeline migratoire est aussi important que les gazoducs qui sont au cœur des conflits entre l’occident, et le trio Russie-Syrie-Iran. L’Allemagne a repris la main avec l’appui anglo-saxon. C’est elle qui dirige les opérations sur le continent européen, c’est elle qui dirige les discussions avec Erdoğan et Porochenko, lequel s’inquiète de sa reprise des relations avec la Russie. 

La France peut théoriquement jouer un rôle important pour s’opposer à cette arrivée au sein de l’UE d’un peuple démographiquement puissant dont le PIB/habitant est le tiers des pays de l’Europe de l’Ouest et d’une civilisation différente et expansionniste. Puisque les accords commerciaux sont indispensables et déjà réalisés, puisque nous n’avons pas d’opposition militaire, puisque la Turquie est dans l’OTAN, il n’y a pas de raison vitale à l’accepter dans l’UE. Il y a par contre de grands dangers, celui de l’arrivée d’un pays dont les droits de vote seront ceux de l’Allemagne au sein de l’UE affaiblissant notre propre poids au sein de celle-ci, celui de l’arrivée massive de « travailleurs » turcs et d’une implantation aussi massive de la religion sunnite. L’impact sur tout le fonctionnement de l’UE sera considérable d’autant plus que la Turquie a des arguments militaires redoutables. La France doit s’y opposer de toutes ses forces mais il y a toutes les chances qu’elle ne fasse que des ronds dans l’eau. Raison de plus de quitter l’UE et l’OTAN au plus vite ! 

La stratégie des hégémonies allemandes et mondialistes 

Se lit et se décode de plus en plus à livre ouvert.

C’est pourquoi notre gouvernement 

Tient à nous fermer les yeux ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon