samedi 6 septembre 2014

Une nouvelle guerre froide décidée à chaud !



Le sommet de l’OTAN, en fait le sommet de la puissance militaire des USA, a montré une fois de plus la servilité des puissances européennes même si le consensus sur la mise à l’index de la Russie n’est pas unanime au sein des 28 de l’UE. Les plus puissants états européens étaient réunis autour d’Obama avec pour objectif la diabolisation de la Russie et un accord sur une difficile partie de poker à jouer contre l’État islamique qui a échappé à ses géniteurs et veut se tailler des territoires jusqu’à Bagdad pour y mettre un califat. 

Débarrassé d’une présence militaire importante en Afghanistan, les USA constatent que la Russie renait des cendres de l’URSS et est redevenue une grande puissance exportatrice de richesses gazières et pétrolifères en même temps qu’une puissance militaire qui se modernise même plus vite qu’eux-mêmes. L’Europe étant la chasse gardée des américains, il faut la considérer comme le glacis permettant de s’approcher au plus près de la Russie, glacis qu’il faut impérativement détacher le plus possible d’une puissance qui donnerait à l’Europe une voix contestataire et un poids militaire qu’elle n’a pas. L’opération ukrainienne, ourdie de longue date avec les opposants au régime ukrainien corrompu, était destinée à permettre l’implantation de bases militaires dans ce pays qui devait entrer dans l’OTAN.

La complicité de l’UE était facile à obtenir pour qu’elle fasse entrer l’Ukraine dans son giron quand l’UE cherche de nouveaux débouchés pour une production surabondante sur le marché intérieur. Cela avait de plus l’avantage de détacher ce pays de l’alliance économique tissée par la Russie avec des ex-républiques de l’URSS. On a d’abord introduit à Kiev des experts de la CIA, du MI6, des commandos israéliens et fascistes, parmi les manifestants. Le désordre créé et les morts de la place Maïdan ont permis de justifier l’ingérence, sous couvert implicite de l’ONU, des occidentaux dans la vie politique de ce pays. La mise en place de Porochenko a été réalisée rapidement par les occidentaux, à la barbe de Poutine, en violant la constitution ukrainienne mais les opinions favorables occidentales ont été magistralement acquises sous le drapeau de la lutte pour la démocratie. On a évoqué largement d’ailleurs la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes… ce que, au passage, on n’admet pas pour la Crimée, ni pour le Donbass.

Jusque-là l’opération était un grand succès pour les occidentaux. Ce qui n’avait pas été prévu, c’est la force de l’attachement de l’est à la langue russe et aux échanges commerciaux avec la Russie. Fort de l’appui des occidentaux, Porochenko a refusé d’écouter leurs revendications, en particulier sur le maintien de la langue russe comme deuxième langue officielle. Par ailleurs il est apparu que les promesses de l’UE ne compensaient pas les pertes économiques dues à un éloignement de la Russie. Porochenko a décidé de passer outre et a envoyé, non pas des forces de police, mais des militaires pour mater les insurgés. Ces troupes, devant la résistance, ont alors bombardé des villes et leurs habitants, transformant un conflit interne négociable en guerre civile meurtrière qui pourrit l’espoir de retrouver une Ukraine unie. Porochenko et les occidentaux pensaient que les insurgés seraient rapidement vaincus, vu la disproportion des forces en présence. 

Entre-temps la Crimée, essentiellement russe par son histoire récente, s’est autodéterminée par référendum pour son rattachement à la Russie, ce qu’évidemment la Russie a accepté avec joie. Le tout s’est fait sans effusion de sang. Évidemment la perte de sa base navale sur la Mer Noire et son passage sous la coupe de l’OTAN était l’assurance de voir des navires américains s’y installer et maitriser l’accès à la Méditerranée de la marine russe. Heureusement que la Crimée s’est autodéterminée car dans le cas contraire on aurait pu craindre une véritable intervention de l’armée russe. 

La situation militaire de Porochenko est aujourd’hui désastreuse, ses troupes sont défaites et une bonne partie de leur matériel est passé à l’est, soit au cours des combats, soit par la défection de ses propres troupes. Il doit négocier et demander l’appui des occidentaux. L’arrêt des combats est désormais demandé par la Russie et il est difficile, vis-à-vis des opinions occidentales de ne pas faire chorus. On a donc inventé l’arrivée de troupes russes pour expliquer la défaite, comme on a très probablement inventé la destruction de l’avion de la Malaysia par les russes ou les pro-russes. Si l’aide russe en conseillers, voire en petit équipement, parait très probable, cela ne suffisait pas pour diaboliser la Russie qui demandait d’envoyer un convoi humanitaire et un accord de cessez-le-feu. Quelques photos satellites, dont il est impossible de savoir le lieu de vision, avec une dizaine de chars suffit à l’affaire. Peu importe que les insurgés du Donbass aient récupéré 50 chars sur leurs adversaires, les chars ont été introduits par les russes ! 

La porte était ouverte à de nouvelles sanctions, concoctées les 4-5 septembre au Pays de Galles durant le sommet de l’OTAN. Malgré le cessez-le-feu dans l'est de l'Ukraine, l'Union européenne a décidé vendredi soir de renforcer ses sanctions contre la Russie. Ces mesures limiteront l'accès de la Russie au marché des capitaux, de la défense et des technologies "sensibles". En outre, la Commission européenne a établi une nouvelle liste de personnes – dirigeants des républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, ainsi que de la Crimée et personnalités russes" - déclarées non grata dans l'UE. Le président du Conseil européen Herman van Rompuy et le président de la Commission européenne José Barroso ont écrit samedi dans leur lettre commune s'attendre à l'adoption définitive lundi des nouvelles sanctions sectorielles contre la Russie. 

Mais ce n’est pas tout. L’OTAN prévoit de déployer cinq bases en Europe de l'Est. Selon le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, elles apparaîtront sur le territoire de la Lettonie, de la Lituanie, de l'Estonie, de la Roumanie et de la Pologne. Selon les plans de l'OTAN, environ 600 soldats pourraient être déployés à long terme sur chacune des bases. D’autres détails importants n’ont pas été divulgués. Grâce à l’opération Ukraine, l’OTAN peut installer de nouvelles bases militaires aux frontières de la Russie. Des discussions sont aussi en cours en Géorgie. N’oublions pas que la Crimée avait été cédée par l’URSS avec la promesse que l’OTAN cesserait désormais de mettre des bases aux frontières de l’URSS. La guerre froide est donc rallumée et un nouveau mur se dresse entre la Russie et l’Europe, mur inutile et pouvant mener à un conflit généralisé où l’Europe sera aux premières loges et a tout à perdre. 

La peur de perdre de l’hégémonie étreint les USA. 

Il lui faut désormais s’appuyer sur l’Europe 

Pour tirer vite parti de sa prééminence 

Car même le dollar est menacé 

Et ce, à n’importe quel prix ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon