mardi 2 septembre 2014

Faut-il changer la Constitution française ?



On voit fleurir, ici et là mais de plus en plus souvent, l’idée d’une VIème République en particulier à gauche avec Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg. La droite s’accroche plus au testament de De Gaulle qui a taillé celle-ci à sa dimension historique. Notre Vème a incontestablement permis à De Gaulle de remettre la France sur de nouveaux rails et en particulier à lui redonner un sentiment de confiance dans une France retrouvée. La désespérance avant 1958 était à l’image des gouvernements qui se succédaient à une cadence parfois de quelques mois et des tractations de partis qui rendaient impossible l’émergence d’une politique cohérente et assumée. 

L’histoire ne se répète jamais mais elle produit des situations semblables relevant des mêmes causes. Il semble bien que nous venons aussi d’entrer, après le calamiteux passage du gouvernement Ayrault, dans une dégénérescence du pouvoir politique où la cohérence doit être mise en avant pour justifier au moins d’un même cap. Chacun sait que lorsque l’on est obligé de dire c’est moi le chef, c’est qu’on ne l’est déjà plus. Il en est de même de la cohérence affichée aujourd’hui derrière un Pacte de Responsabilité encore dans le vague. 

Les partis cherchent aussi leur cohérence et les déchirements ne cessent de demander des recollages. Le Front de Gauche cherche une nouvelle base d’alliance. Les contestataires socialistes forment un groupe qui entre dans la dissidence. L’UMP éclate derrière les ambitions qui n’attendent plus le retour de Sarkozy. Même au sein du FN, la vieille garde s’oppose au mouvement Marine et on ne fait pas taire son Président d’Honneur même dans une période d’expansion. 

Tout cela sent une fin de régime avec les réformes sociétales qui mettent le feu au poudre surtout parce que le peuple de la rue n’est plus entendu comme l’avait encore écouté François Mitterrand. L’explication tient à notre Constitution. Elle a été écrite à la mesure du Général respecté et auréolé. Elle a fourni à son prestige le moyen de faire taire les partis et d’assumer le pouvoir avec un lien privilégié avec le peuple dans la pratique du référendum et l'élection du Président au suffrage universel. La justesse de ses vues et son pouvoir de persuasion ne lui faisait pas redouter le verdict direct populaire. Mai 68, la volonté américaine de le déboulonner, l’appel de Cochin de Pompidou, le retour d’une opposition, jugulée pendant les vaches maigres mais audible dans un pays redevenu une grande puissance, l’ont fait chuter pour cause de référendum perdu sur la décentralisation. 

De Gaulle a respecté le peuple, il est parti… On voit bien que nous sommes dans un autre temps où on ne quitte plus pour un référendum perdu et même on jette le référendum aux orties. D’ailleurs on a pris la précaution de mettre de telles conditions de nombre de signatures à la demande d’un référendum d’Initiative populaire qu’il est quasiment impossible à imposer à l’État. Depuis De Gaulle, nous n’avons plus eu d’hommes de sa trempe (j’allais dire de sa hauteur !), mis à part peut-être Mitterrand qui a cru malheureusement à l’Europe parce qu’il ne croyait plus assez en la France. De Président en Président nous avons élu des hommes pour lesquels le costume de la Constitution est devenu de plus en plus grand pour leurs capacités en déclin. 

Nous venons désormais d’avoir un Président normal, et c’est bien cette normalité qui ne colle plus ni avec la Constitution taillée pour un homme fort, exceptionnel, ni avec un peuple où la révolution numérique permet de disposer d’une foule d’informations qui permettent à chacun de participer beaucoup plus à la problématique interne de l’économie et des réformes sociétales et, pour un nombre plus restreint, à la géopolitique. La réflexion du citoyen dépasse le cadre national. La globalisation et l’échange rapide d’informations planétaires fait que chaque jour on note sur internet les débats, les forums, qui traduisent le sentiment des Français appelant à changer nos institutions. La révolution numérique fait découvrir davantage au citoyen l’étendue de l’information à sa disposition et son aptitude à agir seul ou avec d’autres, librement choisis. 

Or nous avons à la tête de l’État, politiques et Haute Administration, des individus pour la plupart sortis de l’ENA et n’ayant jamais été à la tête d’une entreprise. Forts de leur diplôme ils nous assènent leur vérité avec un certain dédain pour le citoyen ordinaire et forment une oligarchie de fait. Il n’est que d’écouter Alain Jupé tacler ceux qui osent lui parler de sortir de l’euro. Valls a la bonne solution puisqu’il l’affirme. Non il ne s’est pas trompé en soutenant la précédente, il réajuste le canon pour un nouveau tir de mesures qui va faire mouche. D’ailleurs si ça ne marche pas, la faute en reviendra aux patrons qui n’ont pas tenu leurs engagements. Quant à nous notre obéissance est impérative pour les mesures sociétales et économiques, ainsi que pour l’agrandissement de l’Europe. La preuve, nous ne sommes pas capables d’inventer un aussi bel instrument que le Pacte de Responsabilité… Attendons néanmoins vu les précédents ! 

Le mode de gouvernance est probablement à changer sur le mode de la démocratie participative. C’est d’ailleurs le seul moyen de la sauver. Les modèles ne manquent pas dans le monde, à commencer par notre petit voisin la Suisse qui nous ridiculise par sa réussite. La société civile peut désormais prendre les rênes en s’appuyant sur le peuple et le fourmillement de ses idées, que l’élite s’ingénie à étouffer. L’étatisme que pratiquent ceux qui gouvernent avec comme devise « Je dépense donc je suis », pourrait se recentrer sur les seules tâches régaliennes et ouvrir un grand espace de liberté à l’expression du peuple et au dynamisme des entreprises. 

Notre Constitution offre un costume trop grand 

Pour des hommes trop petits, 

Et la France se délite 

Avec notre Élite ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon