lundi 1 septembre 2014

La paille dans l’œil de l’Allemagne, la poutre dans le nôtre



Il y a de quoi s’énerver devant la politique économique menée depuis quarante ans. Elle détériore de plus en plus la puissance économique de la France au fur et à mesure des gouvernements qui se succèdent. Le dernier s’avère pire que les précédents et ce n’est pas peu dire car il aggrave l’incohérence de la politique étrangère déjà lancée sous Sarkozy. Il a été coupable de notre entrée dans l’OTAN, de l’invitation de Kadhafi à l’Élysée et notre participation à son exécution pour laisser la Libye dans le chaos et les pétroliers s’engraisser un peu plus. 

Mais notre propension à excuser notre propre incapacité à gérer un Etat-providence, dans le contexte d’économies libéralisées et de plus en plus globalisées, nous fait rechercher chez nos voisins la cause de nos échecs. Si l’UE marche mal c’est parce qu’elle n’a pas une monnaie unique dans tous les pays. On en arrive à souhaiter le départ du Royaume-Uni parce qu’il est sur la voie d’une croissance retrouvée. On ne pose pas la question de savoir pourquoi le florin et la couronne suédoise ne se posent nullement la question d’en venir à l’euro. Demandez à l’Islande pourquoi elle refuse l’euro malgré les appels du pied de l’UE. On ne se pose pas la question de savoir pourquoi la plupart des pays faibles économiquement en sont friands. Demandez à la Croatie. 

Mais le grand méchant loup c’est l’Allemagne qui nous impose une cure d’austérité, une purge dont le goût est pour nous pire que l’huile de foie de morue. L’Allemagne vampirise effectivement les économies des pays du sud. Mais ces pays sont entrés dans la monnaie unique avec une monnaie surévaluée et une conception de l’austérité qui tient plus des douceurs de Capoue que des rigueurs de l’hiver allemand. La France s’est endormie préoccupée de « justice sociale » sans prendre garde au fait que les pourvoyeurs du bas de laine à distribuer se faisaient plus rares et donnaient de moins en moins. 

Le « Too big, to fail » (Trop gros pour faire faillite) a permis à nos dirigeants de distribuer à tous vents en fonction du poids des corporations et de leurs électeurs. Le déficit ne parait pas un problème tant que l’on peut emprunter. Il a tout-de-même trois inconvénients. Le premier c’est qu’il s’accumule pour former la dette publique. Le second c’est que les intérêts n’augmentent que tant que la baisse des taux d’intérêt compense l’augmentation de la dette. Le troisième c’est que les taux d’intérêt sont liés à la confiance que donne un pays aux investisseurs dans sa capacité à rembourser. Le jour où elle s’élude ou disparait, le pays vacille sous le poids des remboursements. Ce fut le cas en Grèce entre autres et le pays est alors mis sous tutelle de la troïka UE-BCE-FMI.

La France cherche 50 milliards à déverser sur son économie, c’est justement le montant des intérêts de la dette que nous remboursons chaque année. Voilà pourquoi ma sœur est muette. Cela nous met déjà dans une situation différente de celle de l’Allemagne dont la dette n’augmente plus et dont le poids des remboursements d’emprunt diminue avec un PIB croissant et un taux d’intérêt très faible garanti par la solidité de son économie. Si notre capacité de production n’avait pas baissé et si la monnaie unique n’entravait pas notre compétitivité, la croissance nous permettrait de résorber le déficit budgétaire. Elle le ferait d’autant mieux si nous affichions une politique de rigueur en particulier dans l’Administration publique où le nombre global de fonctionnaires est pléthorique par rapport à l’Allemagne. 

Pour l' instant les allemands peuvent dormir tranquilles : la France est un bon client qui vit dans le déni de son propre déclin, et qui paie plutôt bien... Et en plus les français sont tellement orgueilleux et plein d'amour-propre qu'ils ne reconnaissent même pas l'étendue de leur désastre et du fossé qui les sépare de leur puissant voisin. Il y en a qui mettent les motifs de la suprématie allemande sur le compte de leurs faibles coûts salariaux, des mini-jobs, de la main d'œuvre bon marché venue de l'Est et de leur natalité : tout cela est vrai bien évidemment mais n'explique pas pourquoi ils sont de loin les premiers en termes d'innovations technologiques, de qualité et de pénétration des marchés à l'extérieur... 

Chacun sait que la croissance et la rigueur budgétaire ne tombent pas du ciel. Du jour au lendemain en 2000, passer de 39 heures à 35 payées 39 ne donnait pas un coup d’accélérateur alors que notre balance commerciale s’équilibrait à peine. Si l’on ajoute à cela l’effet, retardé de deux ou trois ans, de l’euro sur notre économie, il n’en fallait pas plus pour faire sombrer notre économie et dévaster le potentiel industriel français. Michel Sapin remet la discussion sur les 35 heures entre les partenaires sociaux. Les entreprises ayant utilisé tous les moyens de la loi pour dépasser la semaine de 35 heures au prix de surcoûts, on comprend que dans une période de chômage record les syndicats soient beaucoup enclins à en discuter.

Là encore ce qui est en cause ce n’est pas les 35 heures c’est le coût moyen du salaire brut horaire pour les entreprises, du salaire net pour les salariés et le nombre d’heures qu’elle peut leur offrir. Revenir à 39 heures dans l’industrie ne pose pas de problème, elle le pratique. Il est souvent financièrement plus intéressant pour elle d’allonger la durée du travail plutôt que d’embaucher sans parler de toutes les contraintes administratives et de code du travail qui s’y rattache. Il est évident que c’est parce que nous avons aussi rigidifié la stabilité de l’emploi à l’inverse de l’Allemagne et du Royaume-Uni, que nous avons freiné l’embauche et un peu plus la croissance avec comme résultat le chômage et une balance commerciale très déficitaire.
  
Il faut s’avouer que rien n'est dû au hasard, et qu'il existe outre-Rhin des puissants leviers en amont qui permettent à la technologie allemande de bien s'exporter et aussi de fortes incitations financières à l'innovation technique. A force de voir la paille dans l’œil de notre voisin allemand, ce vilain partenaire qui vend plus qu’il n’achète chez nous, on se perd en accusations qui ne sont que le reflet de notre incapacité à prendre les bonnes décisions et à la leur de leur politique réaliste et courageuse. N’oublions pas qu’ils ont dû payer pour réussir la réunification de leur pays même s’ils en tirent désormais les bénéfices. 

Si les économies du sud, dont nous faisons partie, sont vampirisés par l’Allemagne, il y a une raison majeure, l’euromark est trop cher pour notre économie en 2014. La France doit le faire comprendre à l’Allemagne qui n’a finalement pas intérêt à avoir un client insolvable et pour cela convaincre les pays du sud de faire poids avec elle. Ce serait beaucoup plus salutaire que d’aller quémander une rallonge de temps pour la politique d’austérité à l’allemande. 

Cela ne suffit pas mais c’est une condition nécessaire avant toutes choses, sous peine de rendre caduques toutes les autres mesures. C’est ainsi que les mesures sur la construction, sur les professions privilégiées, peuvent avoir un impact sur la relance d’activité ou la justice sociale, elles n’apparaissent que des emplâtres qui ne s’attaquent pas au fond des difficultés inhérentes à notre pays. L’urgence est à la flexibilité du travail, à la formation des emplois qualifiés, à l’allégement des contraintes administratives et du code du travail, à la baisse de la fiscalité, au soutien à l’innovation, aux investissements dans les infrastructures, à la réduction du coût de l’Administration publique pléthorique en effectif, à l'arrêt de certaines décisions écologiques inintelligentes.

 Pour tout cela il faut la confiance. Elle s’obtient sous quatre conditions : un chef qui n’ait pas déçu par son action et ses mensonges ou par ses démêlés avec la justice, un plan crédible par son bon sens et l’ampleur du changement, une volonté d’agir pour le Bien Commun et non pour sa carrière politique, une association étroite du peuple aux grandes décisions par le référendum. Combien de ces conditions sont réunies ? Quelles chances de réussir a le gouvernement Valls 2 ? Je vous laisse conclure. 

« La difficulté en politique, c’est de choisir,

Entre deux mauvaises solutions,

 La moins mauvaise » 

Nous y sommes ! 

Richelieu 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon