dimanche 7 septembre 2014

Jusqu’où iront-ils ?



Décidemment la politique intérieure est toujours aussi affligeante. Jupé veut s’emparer de l’UMP, Fillon ne propose rien de concret en dehors de la démission de François Hollande, Marine Le Pen fait des gorges chaudes de la faillite du PS et de l’UMP et se fend d’un discours démagogique devant ses jeunes militants.  Tout cela est dans le droit fil des discours politiques qui n’engagent à rien. Le PS est au bord de l’implosion, l’UMP en pleine guerre des chefs et le FN rallie les mécontents mais n’obtiendra pas le pouvoir contre l’arc républicain qui ne se forme que pour garder la prééminence de son bipartisme gauche-droite depuis quarante ans, à chacun son tour. 

L’important est ailleurs en Irak mais surtout en Ukraine. Là-bas, mais bien proche de nous, le cessez-le-feu en Ukraine a été signé. C’est une pause précaire dans les combats car les pro-russes n’ont pas eu toutes les réponses à leurs revendications. En particulier le statut d’autonomie revendiqué, proche de l’indépendance, n’est pas obtenu. On pouvait se douter que les 2600 morts et les plus de 500.000 réfugiés, les usines, les hôpitaux et les écoles détruits, ne pourraient être rayés d’un trait de plume dans un accord demandant à cette partie de l’Ukraine de rentrer dans le rang. Ceci est évidemment contraire aux objectifs militaires et géopolitiques des USA. Histoire d’envenimer le conflit, une série d’exercices conjoints OTAN-Ukraine aura lieu en 2014 sur le territoire ukrainien et en Mer Noire. 

Cette année, l’Ukraine accueillera huit manœuvres internationales : Rapid Trident 2014 et Sea Breeze 2014 (Ukraine, États-Unis et autres membres de l’Otan), Safe Sky 2014 et Public Order 2014 (Ukraine, Pologne), Light Avalanche 2014 (Ukraine, Slovaquie, Hongrie, Roumanie), Carpates 2014 (Ukraine, Pologne, Hongrie) et Sud 2014 (Ukraine, Moldavie, Roumanie), ainsi que des exercices aériens ukraino-polonais sans nom. Il s’agit là d’une provocation délibérée et un encouragement au Président Porochenko de régler manu militari le conflit avec l’est. 

L’apparent recul sur les nouvelles sanctions contre la Russie, qui se transforment en approfondissement des anciennes, ne vient en aucune façon calmer le jeu. C’est à croire que notre Président, qui se ridiculise avec son refus de livrer les deux navires Mistral à la Russie si le cessez-le-feu n’est pas signé, n’a pas une vraie notion de ce qu’est réellement la guerre et qu’il joue sur des jeux vidéo. Il joue à se faire peur. Il confond la petite incursion militaire au Mali avec une guerre qui met en jeu les armes de destruction massive, les moyens lourds, au sol, en mer et sur le terrain. 

Il est sans doute plaisant de faire chorus avec les USA, réelle puissance militaire. On se prend alors pour un des grands chefs qui décident de l’orientation du monde. Mais on ne joue pas avec la Russie comme contre des forces armées sous-équipées en matériel lourd. Désormais une étincelle peut mettre le feu aux poudres. La Russie s’implique pour calmer le jeu mais Poutine ne peut résister indéfiniment aux provocations. Son opinion publique ne lui pardonnerait pas. Que se passera-t-il par exemple si le foisonnement de navires russes et américains dans le chaudron de la mer Noire engendre une frappe sur un bateau militaire d’un des deux camps ? 

Les générations de l’après-guerre n’ont pas le vécu d’une guerre qui a fait 80 millions de morts, militaires et surtout civils, dans le monde. C’est le front de l’est qui a subi le plus grand choc en vies humaines. La Russie a eu 14 millions de morts dont 7 millions de civils (13% de la population de 1940). Nous ne serions plus français sans la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie. Il faut s’en souvenir lorsque nous invitons Poutine à l’anniversaire du débarquement et que nos politiques ne saisissent pas l’occasion pour le rappeler en lui donnant acte du sacrifice de ce peuple, bien plus important que celui des occidentaux. 

Il est temps de ne plus jouer avec le feu car la guerre nait lorsque les provocations atteignent un point de non-retour. Ce fut le cas avec Hitler et notre déclaration de guerre… malheureusement trop tard d’ailleurs. Le 5 septembre, à Minsk, l’avenir de l’Ukraine s’est joué. Le groupe de contact constitué d’un représentant de la Russie, d’un représentant de l’Ukraine, d’un membre de l’OSCE et des dirigeants des Républiques populaires de Donetsk et Lugansk, pour la première fois présents à des négociations les concernant, a finalement adopté un document, une résolution pour la paix. 

Il contient trois points d’accord : l’arrêt des combats, l’échange de prisonniers et la création d’un couloir humanitaire. Pour le reste, le texte parle de décentralisation alors que l’autonomie ou l’indépendance est toujours demandée par la république de Donetsk. Il laisse de plus entendre que les pro-russes doivent être désarmés, ce qui n’est pas d’augure à être admis sur le terrain. Sans armes les pro-russes seraient de nouveau soumis à Kiev et ils seraient morts pour rien. 

La paix provisoire est donc très fragile et l’huile sur le feu peut enflammer de nouveau le conflit. L’OTAN va faire un bruit de bottes à la frontière russe dès que Porochenko aura repris le contrôle. C’est comme à la roulette russe, on peut tirer plusieurs coups sans se tuer mais si l’on est parti pour vider le barillet, on est sûr de mourir.

La France pourrait peser de son poids pour éviter le conflit. 

Au contraire elle agit sans se rendre compte 

Que demain tout peut exploser 

A cause des marchands… 

De canons ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon