mardi 19 janvier 2016

Après le Moyen-Orient, l’Afrique…





Telle était la situation en Syrie le 11 janvier 2016. La guerre au Moyen-Orient prend une autre tournure avec d’une part l’engagement russe en Syrie et celui de l’axe Iran-Irak-Syrie-Liban, axe chiite-alaouite, et d’autre part une forte avancée kurde. L’EI, malgré son armement lourd et son impressionnant nombre de combattants est obligé de reculer. Le forcing kurde et celui de l’armée syrienne loyale sont faits pour couper la route entre Raqqa et la Turquie. Cela privera l’EI de la possibilité de vendre son pétrole en Turquie, donc un manque important de ressources financières. Celui-ci inonde non seulement la Turquie de pétrole bon marché mais ce dernier part sur l’Europe et Israël. Ceci, au passage, confirme que la Turquie et Israël mènent un double jeu vis-à-vis de l’EI. La Turquie se sert du pétrole et offre une base arrière à l’EI. Israël fait de même pour le pétrole, accueille les blessés de l’EI et les forment à la guerre. Par ailleurs les deux pays disent combattre l’EI, mais en fait la Turquie bombarde les Kurdes et Israël le Hezbollah libanais. Mais la présence russe avec ses missiles anti-aériens contrôle l’aviation turque à la frontière syrienne après la perte de son bombardier et intensifie ses bombardements à la frontière irako-syrienne. Le but est de scinder en deux les forces de l’EI entre sa capitale Raqqa et ses forces en Irak. 

Les USA ont parfaitement intégré que la bataille à long terme est mal partie et qu’il va falloir en revenir au point de départ, c’est-à-dire au maintien d’une zone d’insécurité dans une guerre asymétrique au lieu de la guerre conventionnelle en cours. Il s’agit désormais d’organiser une autre forme de guerre au Moyen-Orient et de créer un autre foyer de guerre ailleurs en aidant à y transporter les officiers et les moyens lourds. Le pays choisi est la Libye, en proie à une instabilité notoire et partagée entre deux gouvernements le légal de Tripoli et celui des Frères Musulmans à Benghazi. Par ailleurs il faut briser l’axe Iran-Syrie d’où une nouvelle politique accommodante avec l’Iran et la levée des sanctions retardée jusque-là. L’Iran, redoutable pays négociateur, jouera le plus longtemps possible sur les deux tableaux Russie-USA, mais nul doute que ce pays a tissé des liens forts économico-stratégiques avec la Russie. Les efforts des États-Unis vont désormais se concentrer sur une pression diplomatique sur la Russie, avec menace de guerre en fond de tableau, pour obtenir une nouvelle carte de la Syrie où les sunnites pourraient récupérer un territoire et des ressources pétrolières. C’est de là que des actions déstabilisatrices pourraient être menées tant sur les pays réticents à l’hégémonie américaine que vers les ex-républiques musulmanes soviétiques.

Inutile de dire que la France dans tout cela joue le jeu le plus pervers qui soit selon la volonté des USA d’une part et en parfait accord avec l’Arabie Saoudite et le Qatar pour la vente d’armes d’autre part. Les cibles que nous visons nous sont assignées et ne touchent jamais les centres de commandement ennemis ou les structures indispensables à leur action. On tue militaires et civils et on fait des communiqués triomphants de nos actions. Cela me fait penser à une attitude d’Hillary Clinton lors d’un interview après la mort de Kadhafi en Irak : « On l’a vu, on l’a eu, il est mort ! » dit-elle… en riant ! Le sang des civils innocents n’empêche pas de dormir notre chef de guerre. Passons. Mais nous sommes les troupes d’occupation d’une bonne partie de l’Afrique et le nouveau foyer de guerre en Libye nous permet de mettre en avant notre importance pour les américains qui, jusqu’à présent nous ont donné carte blanche. Mais cela va changer, l’Afrique redevient un terrain de jeu américain qui compte y mener  à plus grande échelle la stratégie que nous y menons selon une stratégie vieille comme le monde et largement utilisée par les USA. 

On prend contact avec un pays, le Nigeria par exemple, on lui offre des services et de l’argent contre le recrutement et la formation de mercenaires qui vont eux-mêmes constituer une force militaire avec des jeunes locaux en détresse. Ces forces vont prendre le nom de forces d’opposition et mener des actions dans les pays voisins et finalement au Nigeria, pour lui donner une crédibilité d’opposants, dans une guerre asymétrique de guérillas et d’attentats. Les pays commanditaires de ces actions vont alors donner progressivement les moyens lourds et modernes à ces forces d’opposition. La guerre va alors se transformer en guerre conventionnelle et élargir son territoire d’action. C’est ce qui s’est passé avec l’EI, et ce qui se passe avec Boko-Haram. Pour brouiller les pistes, la guerre de religion permet de motiver les combattants et de tuer qui l’on veut, les chrétiens en particulier. Simple remarque, Hollande est allé au Nigeria, qui n’a jamais été une colonie française… Évidemment tout cela se fait avec l’accord des anglo-saxons.

Après l’opération Serval au Mali où nos troupes ont brillamment poursuivi un ennemi en fuite, et permis une entrée triomphale de Hollande dans la capitale Bamako, l’opération Barkhane a été lancée sous prétexte de contrôler le passage des djihadistes, des armes et de la drogue dans le Sahel dans un trafic avec la Libye. Le Sahel c’est une bande d’est en ouest de 5.500 km et de 400km de large. Nos troupes sont principalement à N'Djaména, la capitale du Tchad, point bleu sur la carte. On remarquera que cette position n’est pas la meilleure place pour contrôler le trafic. En septembre Boko-Haram a lancé une opération sur la capitale, il œuvre aussi en Centre-Afrique et au Cameroun. Ce dernier pays est celui qui va être le plus visé par Boko-Haram. C’est aussi aujourd’hui le cas du Burkina face à une autre groupe, filiale d’Al-Qaïda. La situation au Mali n’est pas maîtrisée et le problème de l’autonomie berbère n’est pas réglé. 

Mais derrière tout cela il y a une volonté stratégique qui n‘a rien à voir avec la protection des peuples ou la défense de la démocratie. Nous protégeons là-bas nos intérêts dans une nouvelle forme de colonialisme. Nous ne défendons que les présidents qui coopèrent avec nous quand ce n‘est pas nous qui les mettons en place comme au Mali. La propagation du chaos justifie de plus en plus notre présence… et notre contrôle. Mais les États-Unis vont venir de plus en plus sur ce terrain de jeu pour en contrôler les ressources ou pour empêcher la Chine de s’implanter… pacifiquement. La guerre entre les occidentaux et les tenants du monde multipolaire va se transporter là-bas. Le Cameroun, ayant refusé d’entrer dans le jeu du chaos, est donc menacé. Nous lui proposons notre aide avec la même contrepartie que pour le Nigeria. Du coup il appelle à l’aide… La Russie lui propose de l’aider militairement… La vraie guerre, celle de deux mondes, est donc en train de se cristalliser en Afrique. Nous devenons un nouveau pays guerrier de type néo-colonial dont le seul but est d’accaparer des richesses mais cette fois en apportant la guerre et le chaos et sans les missionnaires. Nous devenons le pays honni par un nombre croissant de peuples. 

La France, incapable de se gérer, est au banc des accusés, 

Et elle pense retrouver de la grandeur par une fuite

Dans les guerres qui ne servent que le pouvoir 

Et les multinationales, ces pilleurs

Des richesses du monde ! 

A nous de dire STOP ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon