mardi 1 mars 2016

Loi du Travail ou loi du chômage ?



Après la loi sur la déchéance de nationalité, la prolongation de l’état d’urgence et le flux migratoire sur Calais on pouvait espérer une pause dans la fébrilité gouvernementale. Le clivage de la population était largement ouvert et les esprits avaient abandonné la guerre au Mali, au Tchad, au Niger, en Centre-Afrique en Ukraine, en Irak, en Syrie, au Yémen et en Libye où nous sommes plus ou moins présents officiellement ou officieusement. La population finissait par revivre normalement malgré les nombreux rappels faits sur l’état de guerre du pays. La Grèce continuait à mourir dans des conflits sociaux de plus en plus nombreux, le Portugal et l’Irlande étaient en difficulté, l’Italie voyait l’armée US l’investir comme la Lituanie et la Roumanie, l’Allemagne faisait renaître des mouvements nationalistes hostiles au flux migratoire pendant que plusieurs pays fermaient leurs frontières et que d’autres remettaient en cause leur appartenance à l’UE. Le FMI et l’OCDE annonçaient une situation économique grave et une baisse des prévisions de croissance mondiale au sommet de Davos. Au fond rien qui pouvait détourner le Président d’un voyage hautement utile aux antipodes et d’une annonce fracassante particulièrement difficile par temps calme et périlleuse dans la précipitation.

Tapi dans l’ombre du Premier Ministre et de la Ministre du Travail, Lionel Macron laissait à ses deux confrères le soin d’annoncer la bonne nouvelle d’une loi du Travail cousue main pour le Medef donc le Haut-Patronat. On en attendait pas moins d’un ambitieux qui avait rempli son carnet d’adresse chez Rothschild, s’y était fait adouber et était éclos au bon moment dans la couveuse de Jacques Attali. Tout ce beau monde a justement pour ambition de le réformer selon les principes de la Cabale de l’argent. Nous voilà devant un nouveau clivage, un piège pour les partis de gauche et de droite, une France des salariés révoltée devant cette atteinte à ses salaires et à son mode de vie. Le peuple a très vite compris que le slogan de cette loi, c’est « Travailler plus, pour gagner moins », un remake de l’exploitation de l’homme par l’homme. 

Car enfin quel est le but économique que doit poursuivre un gouvernement ? Maintenir ou augmenter le niveau de vie de son peuple sans creuser les inégalités. Or il n’en est nullement question dans ce projet de loi. C’est la plongée dans une politique de l’offre qui s’appuie sur une dévaluation interne consistant globalement à diminuer le salaire horaire des salariés. La diminution du chômage est considérée comme une résultante automatique. On a pu constater que le Pacte de responsabilité et le Crédit d’impôt n’avait pas empêcher le chômage d’augmenter et les usines de fermer, de se délocaliser et d’être absorbées par des concurrents étrangers. Par contre les marges des grandes entreprises ont augmenté pendant que le secteur de la construction était si peu porteur que les architectes, comme les petits agriculteurs mettent la clé sous la porte, à un rythme croissant.

Que ce soit pour les agriculteurs ou pour les entreprises petites et moyennes, la vraie difficulté tient à l’euro, surévalué par rapport à notre compétitivité. L’euro, issu de franc, est surévalué de 35% environ par rapport à l’euromark et de 15% par rapport au dollar selon plusieurs experts économiques. Il est illusoire de penser qu’en jouant sur la productivité nous pourrons compenser ces handicaps. Il reste  la compétitivité par la baisse des salaires directement ou indirectement. C’est ce qui se passe quand on augmente la possibilité d’allonger le temps de travail au-delà des 35 heures en baissant la compensation en salaire sur les heures supplémentaires. L’augmentation de la flexibilité du travail ne peut avoir un impact positif réel sur le chômage que si nous avons une compétitivité significativement améliorée mais l’accroissement possible n’est pas de l’ordre de grandeur nécessaire. 

Par ailleurs, au moment où la Suède, qui se porte bien sur le plan de la croissance et du chômage comme je l’ai montré dans de précédents articles, expérimente la journée de 6 heures, on voit bien que nous allons à contre-courant. Il est prouvé que plus le temps de travail journalier est long plus la productivité horaire diminue sans parler de l’absentéisme. Ces facteurs peuvent donc annuler une grande partie de l’augmentation de la compétitivité obtenue, qu’on le veuille ou non, par une dévaluation interne. De nombreux salariés vont avoir un pouvoir d’achat diminué et consommer moins, ce qui jouera sur la production. Il y a beaucoup de choses à revoir dans la réglementation qui pèse sur les entreprises et particulièrement les petites, plus mal armées pour y faire face que les grandes. Ce sont elles qui produisent le maximum des emplois. Le Medef, qui se frotte les mains, ne les représente pas. Revoir les règlementations du Code de Travail est un travail long et difficile qui doit se faire lentement et dans une grande concertation du monde salarial et entrepreneurial. Dans la précipitation et dans une pédagogie inexistante pour le présenter, le projet final risque d’être vidé de son contenu. 

On ne gouverne pas dans la précipitation 

Quand on a eu quatre ans pour le faire

Sauf quand on ne pense plus 

Au bien commun

Mais à soi ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon