dimanche 27 mars 2016

Après la Syrie, l’Ukraine pour déclarer la guerre



En moins de 6 mois les Russes ont détruit les plans occidentaux du grand Israël, d’une nouvelle cartographie du Moyen-Orient permettant d’en figer les ressources pétrolières et gazières dans le camp de l’Empire, de tuer le passage d’un gazoduc iranien par la Syrie et d’encercler d’un peu plus près la Russie. La dernière visite de John Kerry, à Moscou le 22 mars, a pris en compte cet état de fait. Il est venu négocier un découpage de la Syrie, une présence des forces d’opposition aux pourparlers de paix, un maintien de présence américaine en Syrie tant que toutes traces de leur aide à Daech n’était pas effacée. Il s’agissait de gagner du temps pour préparer une opposition « démocratique » à Bachar Al-Assad avec le soutien probable à de nouveaux troubles intérieurs selon la stratégie habituelle. Poutine savait bien que John Kerry était en position de faiblesse et se permettait de rendre cordiale la rencontre. Daech devait pouvoir transporter ses forces militaires en Libye pour une nouvelle guerre du chaos en Afrique. Celui-ci vient de fuir Palmyre et se replie sur Raqqa. John Kerry était venu demander que Raqqa ne tombât pas tout de suite… le temps d’organiser un départ de Daech car la défaite est consommée.

L’armée syrienne légale et les kurdes tiennent désormais pratiquement toute la frontière turco-syrienne, à l’exception d’une bande syrienne où se sont introduits les turcs, selon le droit d’ingérence auto-proclamé, comme cela devient la règle pour les Etats-Unis et la France. La Turquie est maintenue toutefois à distance sous la menace des missiles russes mais fait cause commune avec l’Arabie Saoudite… pour l’instant. Tous les pays engagés dans la guerre irako-syrienne jouent double ou triple jeu, à l’exception de la Russie qui a clairement défini son objectif, sauver Assad. Les embrouilleurs finissent pas s’emberlificoter et la Russie ramasse la mise… droite dans ses bottes. La France va-t’en guerre a mis une sourdine et est exclue du jeu. Bachar Al-Assad ne nous l’envoie pas dire puisqu’il n’est pas mort comme le souhaitait Hollande. Nous aurons bien du mal à renouer des relations normales avec notre ancien protectorat où le français est encore parlé et où il régnait une francophilie historique. Notre image s’est détériorée, notre diplomatie s’est ridiculisée et nos entrepreneurs ne seront pas les bienvenus pour la reconstruction du pays. 

Mais l’Empire ne peut laisser une image de défaite face à l’ennemi russe, défini comme tel depuis qu’il n’est plus un pays en déconfiture comme en 1998. Le monde ne se partage pas. Il faut trouver de nouvelles raisons de montrer la force de l’OTAN et des Etats-Unis de l’Europe à la Chine. Des limites des eaux en mer de Chine sont l’objet de contestations entre la Chine et les pays qui bordent cette mer. C’est l’occasion de mettre de l’huile sur le feu et de montrer la force maritime des USA. Leurs navires et les aéronefs de toutes sortes sont de plus en plus présents là-bas… au cas où. Le Japon se réarme… sous la « bienveillance » des USA. Il faut en effet qu’Hilary Clinton puisse gagner la présidence alors que son discours est axé sur le maintien de l’hégémonie américaine au prix même de la guerre, contrairement à son probable rival Donald Trump. Il faut montrer au peuple américain que les USA sont menacés mais toujours forts et prêts à y répondre.

Le premier terrain choisi est l’Ukraine où Porochenko continue à bombarder le Donbass sans que cela n’émeuve personne mais où des mouvements contestataires commencent à s’organiser dans un pays devenu la proie de la mafia et des néo-nazis qui contrôlent une partie de l’armée. C’est d’autant plus facile que les USA ont introduit des hommes aux postes-clés gouvernementaux, en particulier de la finance et de l’armée. Par ailleurs l’alibi de la Crimée est tout trouvé pour accuser la Russie d’avoir envahi une partie de l’Ukraine même si c’est le vœu démocratiquement exprimé de plus 90% de la population de Crimée. Il y a eu ces derniers jours toute une suite de déclarations belliqueuses de la part de responsables politiques et militaires américains, toutes fondées sur le mensonge que les États-Unis doivent agir rapidement pour contrer « l’agression russe » en Ukraine. 

Les forces en présence
Dimanche, le Secrétaire d’État américain John Kerry a dit dans un entretien à “Meet the Press”, en référence à l’exigence bipartite que le gouvernement Obama arme directement l’Ukraine, que les Etats-Unis fourniraient au régime pro-occidental de Kiev des « aides supplémentaires de nature économique et autres ». Samedi, le général de l’armée de l’air Philip Breedlove, à la fois chef du Commandement américain en Europe et de l’OTAN en Europe, a insisté pour dire qu’il était impossible d’« écarter d’emblée la possibilité d’une option militaire » en Ukraine. A la Conférence de Munich sur la sécurité du weekend dernier, les sénateurs républicains John McCain et Lindsay Graham ont traité avec mépris les négociations européennes avec le Président russe Vladimir Poutine. McCain a résumé d’un seul mot : « bêtises », le discours de Merkel à Munich qui contenait une déclaration contre l’armement de l’Ukraine. Il a ajouté, « Je peux vous assurer que [Poutine] ne s’arrêtera pas tant qu’il ne sera pas contraint de payer un prix beaucoup plus fort ». C’est clair François Hollande et Angela Merkel ont une feuille de route toute tracée pour les nouveaux pourparlers avec la Russie et l’Ukraine mercredi sur la crise provoquée par la guerre en Ukraine. 

Nul doute que le complexe militaro-industriel et financier est à l’œuvre et fait pression sur Obama pour assurer la victoire des faucons, rangés derrière Hillary Clinton, à la prochaine élection présidentielle. Washington mobilise ses alliés en Europe, dont l’ancien premier ministre suédois Carl Bildt, membre de la Rand Corporation basée aux États-Unis, ainsi que d’autres groupes de réflexion proches de l’armée américaine. Bildt a déclaré la semaine dernière qu’une « guerre avec la Russie [était] concevable ». L’armement officiel de l’Ukraine pour anéantir la résistance du Donbass et de Lougansk va faire débat dans les capitales européennes au moment où de grandes divergences secouent l’UE sur la souveraineté des frontières. Il faut bien voir que le but réel des USA est l’installation définitive de bases de l’OTAN en Ukraine, en fait américaines, solidement armées pour faire face à la Russie et compléter un front qui va de la Turquie à la Lituanie. 

En fait les USA ont réalisé que leur supériorité militaire avait été clairement remise en cause en Syrie où le conflit s’est éternisé dans un double jeu hypocrite. Par ailleurs Poutine a annoncé que son armée serait entièrement modernisée d’ici 2020, et elle revenait de loin. Donc le temps presse. Il faut bien voir que les USA n’ont que deux attraits pour l’Europe, un marché de 500.000 millions de consommateurs et un glacis qui leur permet d’y prévoir la guerre contre la puissance eurasiatique qui leur conteste l’hégémonie mondiale, sans l’avoir directement chez eux. Il ne faut s’attendre à rien d’autre dans une Europe incapable de se défendre par elle-même même si elle reste unie ce qui ne va pas durer. 

La France dépend non seulement de Bruxelles 

Mais aussi de l’OTAN et des USA prédateurs.

Nos compatriotes ne sont que des jouets 

Dans la main de puissances de l’argent

Dans un Empire qui ne veut pas 

Mourir mais asservir au prix

Même de la guerre ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon