vendredi 18 mars 2016

Poutine, en passe de résoudre la crise des migrants syriens



Après le tour de chauffe du 7 mars, les européens viennent de formuler laborieusement le 18 mars un consensus sur une proposition de règlement de l’invasion migratoire venant de Turquie. L’accord de façade n’échappera pas au chantage de la Turquie et la durée des négociations entre pays européens a montré des divergences fondamentales en particulier sur les 6 milliards à verser à la Turquie, les visas turcs, et le redémarrage des pourparlers d’entrée dans l’UE. Ce pays a participé à l’aspiration des réfugiés de Syrie de façon à diminuer les capacités de résistance de Bachar El-Assad en aidant Daech dans son combat par l’achat du pétrole, par l’accueil de bases de repli et la fourniture d’équipements. Erdogan n’a fait aucun effort pour demander de l’aide jusqu’à maintenant. Il a laissé les migrés, partir aux mains des passeurs dans un trafic lucratif inavoué,  et le nombre de réfugiés croître jusqu’au moment où il a poussé des masses d’entre eux vers la Grèce sans ignorer que cela serait insupportable pour nombre de pays européens. Il a même sciemment préparé une bombe à retardement.

Angela Merkel est tombée dans le panneau ou les deux étaient de connivence avec les États-Unis qui n’ont fait aucune pression sur la Turquie, alliée de l’OTAN. Le tandem français a suivi la machine allemande et nous nous retrouvons dans une situation qui va faire éclater l’UE sans résoudre le problème puisqu’on va récupérer autant de migrants que nous en perdrons. De plus ceux-ci pourront immédiatement se déplacer dans l’espace Schengen sauf dans les pays qui laisseront leurs frontières fermées. Les 6 milliards sont un marché de dupes que l’Allemagne accepte pour des raisons politiques s’étant trop avancée dans ce domaine pour ne pas montrer qu’elle peut arrêter le robinet. Un accord turco-européen serait une "bonne opportunité de mettre fin au trafic d'êtres humains", a insisté la chancelière allemande Angela Merkel. 

Mais le robinet c’est la Turquie qui le tient. Pour éviter de marginaliser une fois de plus la France, Angela s’est abstenue de participer à la rencontre entre le président du Conseil européen Donald Tusk et le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu prévue à 08H30 (07H30 GMT) à Bruxelles. Elle s‘est tenue en présence du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et du Premier ministre néerlandais Mark Rutte, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE. Le texte final met surtout l’accent sur les lignes rouges inacceptables par les pays défendant leur souveraineté en la matière. Aux 845.000 migrants, entrés en Grèce en provenance de la Turquie en 2015, viennent déjà s’ajouter 143.000 autres depuis le début de l’année. Le texte de l’UE qui voudrait limiter à 72.000 l’accueil des migrants « légaux » envoyés par Erdogan, soit n’est pas à la hauteur du problème, soit ne tiendra pas longtemps sous la pression turque.

Pendant ce temps, comme il l’avait promis en septembre dernier, Poutine commence à retirer ses troupes en mars après une victoire incontestable, et, comme annoncé, il laisse Bachar El-Assad continuer la reconquête de son pays. A l’exception d’un Sukhoï-24, la Russie n’a pas subi de perte matérielle. Il devenait inutile d’exposer plus longtemps ses soldats. L’occupation de la base de Tartous et la nouvelle base aérienne de Hmeimim, aussi sans doute de quelques forces spéciales, suffisent à persuader la Turquie que Poutine ne la laissera pas agir en territoire syrien contre Bachar et sont un message aux occidentaux sur la détermination russe d’amener des négociations de paix et sa volonté de rejeter la condition préalable du départ de celui-ci. Il n’est pas exclu que l’aviation russe aide la Syrie à reprendre Palmyre, puisque Daech est toujours reconnu comme l’ennemi… enfin comme ! 

La Russie sort incontestablement renforcée de cette lamentable affaire irako-syrienne qui a tué plus de 250.000 personnes, mis des millions de réfugiés sur les routes de l’émigration et détruit la plupart des infrastructures et forces vives de ce pays. Le « boucher » Bachar n’est plus celui qui a massacré 250.000 personnes et utilisé les gaz, il est devenu le dirigeant incontournable et Hollande peut manger son chapeau. Les Etats-Unis ont fini par comprendre que le double ou triple jeu n’aboutirait pas à la mainmise sur la Syrie et tournent leur action de nouveau aux frontières de la Russie, en Ukraine et dans les ex-républiques soviétiques pour ce qui concerne cette partie du monde. Mais la nouvelle grande affaire est le Maghreb de la Libye au Maroc où la théorie du chaos est déjà en train d’œuvrer. C’est un nouveau foyer de guerre mondiale, dont nous reparlerons car la Russie ne laissera pas faire, échaudée qu’elle est de n’avoir pu arrêter la première opération libyenne.

Mais Poutine a donné à l’Europe un magnifique cadeau, c’est la possibilité de retour au pays pour une très grande partie des syriens émigrés. 500 villages et villes ont été libérés des islamistes ainsi que d’importantes zones stratégiques. Des retours de réfugiés dans leurs foyers vont pouvoir être envisagés pour cet été. Déjà de nombreux réfugiés, en particulier en Grèce regrettent d’être partis. Ce n’est pas avec Erdogan qu’il faut négocier mais avec Bachar El-Assad. Celui-ci ne peut que voir d’un bon œil le retour au pays des forces vives tant la tâche de reconstruction va être immense. Il serait temps que François Hollande tende la main à la Syrie, façon de se racheter de son agressivité et de son appel au meurtre. Elle a tout à y gagner dans la collaboration avec ses services de renseignement pour lutter contre le terrorisme et permettre à nos entreprises de participer au redémarrage de ce pays. Ce serait plus intelligent que de participer à la mascarade avec la Turquie qui n’intéresse au premier chef que la Grèce et l’Allemagne alors que celle-ci porte de lourdes responsabilités.

 Obnubilée par sa servilité aux USA et à l’Allemagne

La France va encore passer à côté d’une occasion 

De penser pour elle et non pour des puissances

Dont les intérêts ne sont pas les nôtres. 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon