jeudi 10 mars 2016

Une Loi Travail à contre-courant



Une loi Travail qui s’attaque au Code du Travail mélange deux objectifs, celui de la simplification d’abord, c’est-à-dire remplir les mêmes fonctions mais avec plus de clarté et en moins de mots, et celui plus confus d’améliorer la compétitivité des entreprises et le chômage. Sur le premier point, il est évident que la précipitation avec laquelle cette loi veut être votée, ce qui est encore loin de sa mise en application, ne peut permettre une étude longue, approfondie et discutée avec les syndicats. Exit donc un véritable peignage de l’existant pour le rendre plus lisible, compréhensible donc plus efficace. Sur le deuxième point nous sommes dans le flou le plus complet, sinon que ce texte fait la part belle à l’entreprise au détriment de la sécurité du salarié et manque d’explications persuasives pour ce dernier. Mais il doit être abordé en définissant clairement l’objectif. Est-ce de favoriser l'entrepreneuriat ou de faire baisser le chômage ou les deux ? A quel prix ? Est-ce au prix de la sécurité de l’emploi par des dispositions favorisant le licenciement ? A celui de la diminution du pouvoir d’achat par baisse moyenne de l’heure travaillée ? Ou les deux ?

La mesure la plus représentative de l’amélioration de la performance d’un pays est le PIB/Habitant, car finalement travail ou pas, l’essentiel pour un citoyen en âge de travailler c’est de pouvoir vivre correctement, et pas moins bien demain qu’aujourd’hui. Le graphique ci-contre (données Eurostat) montre que la politique d’austérité imposée aux principaux pays de la zone euro n’a pas amené ce que l’on pouvait en attendre puisque, hors l’Allemagne, cet indicateur est à la baisse sur 3 ans du quinquennat de François Hollande. Les pays hors zone euro ou hors UE, comme le Royaume-Uni et l’Islande s’en tirent beaucoup mieux. On ne s’étonnera pas que la majorité des italiens veuillent sortir de la zone euro. Le but de la loi Travail, qui va dans le sens d’une exploitation plus grande des salariés, ne peut que redonner les résultats obtenus sur 3 ans. Les chiffres de 2015, officieux, le confirment. On peut d’ailleurs remarquer que le PIB a cru dans les pays du sud moins vite que la population en grande partie par l’immigration et la fécondité. 

Pour que le chômage diminue, il faut que le PIB croisse plus vite que la population en âge de travailler. La population totale française a augmenté de 1,5% de 2011 à 2014, mais la population issue de l’immigration récente a augmenté de 2%. Or on sait que c’est dans cette population immigrée que le taux de chômage est le plus élevé. Il faut donc une croissance d’au moins 2% pour voir le PIB/habitant progresser. D’après l’INSEE, le pouvoir d’achat des ménages s’est accru de 1% au terme de ces 3 années alors que le PIB/habitant a décru de 1%. Ceci montre que la situation ne pourra pas continuer longtemps ainsi et que le déficit du commerce extérieur, qui intervient dans le PIB pour 50Mds€, doit diminuer. La recette de la loi du Travail qui consiste à rendre globalement moins payée l’heure travaillée, par la baisse du coût des heures supplémentaires, ne va déjà pas dans le bon sens en plombant le pouvoir d’achat et par là-même la consommation intérieure. Celle-ci se répercute sur les entreprises et la moindre demande d’emplois. Les entreprises font moins de bénéfices ou investissent moins. La boucle est bouclée, car même si le salarié consommateur voit une répercussion à la baisse des prix de ses achats, celle-ci sera minime et n’impactera pas les produits étrangers.

Mais alors que la progression de l’automation, qui va décupler son intervention dans le travail par l’apport d’une intelligence artificielle de plus en plus performante au point de dépasser les capacités humaines pour certaines tâches, les tâches offertes aux humains vont se réduire inexorablement. Une loi Travail qui permet d’allonger la durée du travail, va déjà à l’encontre de l’embauche, mais de surcroît ne prend pas en compte le fait de la raréfaction du travail humain qui va se produire de plus en plus. Il est temps de penser à taxer les « robots », donc tout qui se substitue à l’homme à la hauteur de ce que coûte celui-ci. Au cours du XXème siècle la machine a remplacé l’humain sur des tâches dangereuses, fastidieuses et avilissantes. Mais, à la fin des années 1970, l’invention de l’ordinateur personnel modifie de manière dramatique le travail. Presque aucune tâche, manuelle ou intellectuelle, n’est désormais à l’abri de cette « ordinisation ». De plus, si un travail semble complexe, il est logiquement bien rémunéré : il y aura donc une incitation financière à le remplacer par une machine. Ce ne sont plus seulement les manœuvres qui sont visés mais les personnels qualifiés et les cadres. 

Cette loi Travail est celle des grandes puissances de l’argent. C’est un cadeau aux entreprises qui n’aura pas plus d’impact sur le chômage que les précédents pour plusieurs raisons. La population, donc celle en âge de travailler, croît à un rythme que la croissance ne peut suivre, en particulier en Europe continent à la traîne. La baisse globale des salaires ajoutée à l’augmentation de la durée du travail n’incite pas l’entreprise à embaucher lorsqu’elle n’a pas de perspectives nouvelles. L’arrivée de travailleurs potentiels plus nombreux dus, d’une part à la croissance de la population française, et d’autre part au remplacement progressif de l’homme au travail par une robotisation de plus en plus intelligente, augmentera le chômage. Je suis bien placé pour le savoir puisque déjà en 1992 j’ai terminé l’automatisation complète d’une importante installation industrielle complexe qui demandait des centaines de personnes auparavant et n’ait laissé en gros que des tâches de surveillance aux équipes de trois conducteurs de ce processus marchant 24h sur 24.

Encore une fois la politique du court terme, la vision bornée et le suivi des puissances de l’argent, sont l’apanage des pleutres, des soumis qui ne développent que des actions les mettant en valeur tout en satisfaisant leurs commanditaires. On voit le Medef et le patron de la FNSEA (et pas celui des petits agriculteurs) applaudir à des mesures qui leur permettent de faire croître leur entreprise, les salaires des PDG et la rémunération des actionnaires. Leur souci est d’optimiser le poids des impôts, de délocaliser si besoin et d’augmenter leur compétitivité à l’exportation, ce n’est pas le pouvoir d’achat du salarié, ni le chômage. La multiplication des cadeaux sonnants et trébuchants ainsi que les lois avantageuses, jette un voile opaque aux yeux des salariés et de l’opinion. C’est sans doute pourquoi la diminution des charges salariales des entreprises, qui était une mesure simple, facilement évaluable et contrôlable, n’a pas vu le jour. Ne parlons pas de la sortie de l’euro que toutes les forces de la pensée unique et des lobbies ne cessent de décrire comme catastrophique. Nombre d’Etats ont pourtant montré que l’on pouvait vivre mieux sans l’euro, qui reste un euromark et engraisse l’Allemagne et seulement elle. Devant une véritable révolution du monde du travail, qui pose un grave problème de société, et par là même de la vie de l’homme sur terre, on accouche d’une loi mal préparée, mal ficelée, mal expliquée, dont l’impact ira toujours dans les poches de ceux qui ne cessent de les remplir avec une disparité toujours croissante entre dominant et dominé. La jeunesse l’a sans doute déjà compris… je l’espère. 

Nos gouvernants de la pensée unique nous prennent pour des cons.

Jusqu’à présent ils avaient raison parce que nous étions des veaux. 

Pourtant les lucioles de la jeunesse vont éclairer le paysage.

Espérons que le souffle du NOM ne les éteindra pas ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon