samedi 19 décembre 2015

L’Europe dans l’engrenage d’un conflit mondial



L’Europe est en voie d’implosion, elle n’a plus de projet politique, elle est menacée par un terrorisme sunnite invasif, et une immigration de peuplement, mais elle semble bien décidée à continuer sagement son suicide en provoquant dangereusement la Russie. Elle se trouve engluée dans une montée de tensions entre les Etats-Unis et le couple russo-chinois. De toute évidence l’encerclement de la Russie et de la Chine est en cours. L’Ukraine, sous gestion américaine, se voit ouvrir les frontières de l’UE, laquelle reconduit et aggrave les sanctions contre la Russie. La France approuve plutôt deux fois qu’une et se permet même de ne pas honorer son contrat de livraison des Mistral, camouflet particulièrement insultant envers un grand pays comme la Russie. On se souvient de plus que ces sanctions ont appelé un embargo sur la viande européenne en Russie… qui a torpillé la filière porcine en France. Au Moyen-Orient, la France s’est distinguée comme la nation la plus offensive envers la Syrie dont elle connait les liens avec la Russie. Hier encore Laurent Fabius donnait son aval à une offensive de la paix pour la Syrie, tout en réaffirmant qu’elle est conditionnée au départ de Bachar Al-Assad.

Le double jeu est le fleuron de la politique étrangère française, dans le droit fil de celle des USA, puisque François Hollande proposait une grande coalition avec la Russie. Bloqué par Obama, qui se faisait complice d’Erdogan pour abattre un avion russe (avec un avion radar US), il se retrouve seul devant Poutine pour faire ami-ami contre les terroristes. Le Russe maintient son offre de réunion des coalitions, alors que Hollande réaffirme une position intransigeante sur l’élimination de Bachar Al-Assad et envoie ses avions frapper en Syrie sans autorisation de son président. La souplesse actuelle de la politique étrangère russe nous enferre dans un double jeu qui finira mal. On ne peut se coller aux USA en participant à des grandes manœuvres aériennes aux États-Unis, réunissant les meilleurs avions américains, anglais, français, sous le prétexte d’attaques aériennes sur Daesh quand ces derniers n’ont pas de force aérienne. Pour Poutine c’est un message agressif, signifiant que l’on est prêt à en découdre avec les avions russes. Nous nous déconsidérons chaque fois un peu plus aux yeux de Poutine qui n’est pas dupe de nos manœuvres. 

L’Europe ne se contente pas de fâcher les Russes. Elle tend la main à Erdogan le scélérat, qui emprisonne des journalistes à tour de bras, protège de façon plus ou moins ouverte l’Etat Islamique au Levant et profite du pétrole volé par l’EI. Après avoir habilement utilisé la bombe humaine des migrations venues de Syrie, Erdogan obtient ce qu’il voulait de longue date: la reprise des négociations d’adhésion et le passage sans visa dans l’UE. L’Union vient d’ouvrir les négociations sur le chapitre 17, c’est-à-dire sur la politique économique et monétaire. Elle a de plus promis d’aider à hauteur de trois milliards d’euros le gouvernement turc afin d’améliorer l’accueil des réfugiés syriens et irakiens sur le sol turc, renforcer les patrouilles en mer Egée et rapatrier les migrants économiques illégaux. Il s’agit de renforcer la ligne de front face à la Russie en intégrant l’Ukraine et la Turquie. La Géorgie est dans l’œil de l’UE et des USA.

Mais notre appartenance à l’OTAN et notre suivisme des USA nous met dans une position d’adversaire aux russes puisque nous soutenons Al Nosra en Syrie que bombarde leurs avions. La visite de Hollande à Poutine apparaît comme celle d’un dirigeant peu fiable et donc sans poids réel pour obtenir un recul de la Russie dans sa position sur le Moyen-Orient. Le fait que du pétrole de l’EI arrive sur notre côte méditerranéenne signe notre duplicité. L’affaiblissement de Daesh passe en effet d’abord par l’arrêt de ses ventes de pétrole. Sans argent, pas d’armes et de combattants. Les russes l’ont bien compris et ont détruit des convois de camions citernes alors que depuis quatre ans, la coalition les épargnait pour… ne pas tuer des civils ! On nous prend vraiment pour des benêts ! 

Mais les Etats-Unis agissent aussi sur le plan économique pour refermer la tenaille sur le couple russo-chinois. Toute la pression sera mise sur l’UE pour que le traité TAFTA/TIPP de libre-échange transatlantique soit signé. Il viendra se fondre à terme avec le traité transpacifique TPP qui entoure la Chine de pays comme le Japon, le Vietnam, la Malaisie, etc. La ceinture économique sera serrée au plus près du couple russo-chinois. Les agacements de la Chine se poursuivent avec une incursion d’un bombardier américain au-dessus des îles contestées en mer de Chine. Cela fait partie d’une stratégie de démonstration de force des forces américaines pour la Chine mais aussi pour les nouveaux partenaires économiques de l’alliance pacifique.

Il reste un continent qui ne peut échapper à l’hégémonie américaine, l’Afrique. Les USA incitent la France à intervenir le plus possible avec ses forces armées. Comme celles-ci sont au bord de l’implosion, des soldats US apparaissent comme en Centre-Afrique. L’Afrique est devenue en effet une terre d’investissement chinois, en particulier dans les infrastructures. Le pétrole et les ressources minières sont dans le collimateur de la Chine. Il importe donc de rendre ce continent ingérable pour pouvoir y maintenir des gouvernants de paille. L’EI et Boko-Haram sont les acteurs de choix pour le chaos indispensable. L’EI s’implante en Libye et alimente le terrorisme en argent et en armes. Il ne faut pas s’étonner que Boko-Haram intensifie son action sur le Nigéria, le pays le plus riche, grâce au pétrole, et le plus peuplé (47 tués le 10 novembre). 

Le souhait de Poutine de créer un monde multipolaire se traduit encore par une lutte de bloc contre bloc. Les USA sont en perte de vitesse et le temps presse pour eux. Russes et Chinois ont le temps pour eux. Ils raisonnent sur les gains futurs, la coalition occidentale pense au court terme. La France ne peut rien attendre de bon de la stratégie actuelle, bien au contraire. Elle ne fait que renforcer la haine contre elle dans un néo-colonialisme qui s’octroie un droit d’ingérence sous prétexte que les USA le font. L’UE récupère les migrants qui vont se répandre partout, la France subit les attentats, dépense son argent, expose ses soldats et ne fait qu’attiser les conflits en s’opposant à la Russie. Elle détériore son pouvoir de médiateur entre l’Est et l’Ouest en privilégiant une vassalité qui va l’exposer au risque d’un conflit mondial mortel pour elle. Les français, qui plébiscitent la guerre en Syrie et ailleurs, risquent malheureusement de pleurer bientôt une paix chèrement gagnée par les précédentes générations… Les milliers d’enfants et de femmes, qui errent sur les routes, croupissent dans des camps et meurent sous les bombes, ne sont pas encore les leurs… Miser sur la retenue d’un Poutine, après la destruction provocatrice d’un de ses avions, pour continuer les manœuvres d’affrontement, est un pari risqué ou alors c’est que l’on veut vraiment la guerre. 

Les faucons de l’alliance mésestiment la force morale et militaire 

Des ennemis qu’ils se sont choisis sans l’accord des peuples.

Les provocations ont pour limite celle de l’humiliation, 

Celle que ne peut accepter un peuple fier

De son histoire et de sa place 

Dans l’histoire du monde ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon