vendredi 6 novembre 2015

Le grand basculement vers l’Eurasie

L’entrée officielle de la Russie est le révélateur de changements profonds dans la géopolitique mondiale. Comme je l’ai dit à plusieurs reprises cet évènement aura un impact beaucoup plus grand que le 11 septembre 2001 dont le but était la projection de Bush dans la guerre au Moyen-Orient. A l’intérieur même des États-Unis la version officielle des faits est de plus en plus contestée.  Dans ce cas il s’agirait d’un massacre honteux de population au nom de la realpolitik. Mais la Cabale ne s’interdit pas le massacre de populations, car la théorie du chaos est destructrice d’humains par définition. Des documents américains du Département de la Défense, récemment déclassifiés par décision de justice, confirment que l’Etat Islamique a été encouragé puis aidé, financé par les USA qui font semblant de le combattre. Le but était la déstabilisation de Bachar el-Assad. Ce boucher, selon la propagande occidentale, se permet de nous dire que nos interventions contre le terrorisme ont déjà fait des millions de morts et qu’ensuite nous l’aidons contre lui en le traitant de méchant sanguinaire. La France, créatrice de la Syrie et amie des syriens, n’a pas le beau rôle dans ce conflit. 

La Russie n’a plus peur de l’OTAN, comme vient de le réaffirmer Vladimir Poutine, et cela se voit. Elle montre aux occidentaux qu’elle est prête à affronter la guerre si ses intérêts vitaux sont menacés. Selon la promesse faite à Gorbatchev l’Ukraine n’aurait jamais dû être approchée par l’UE et l’OTAN. Nous sommes donc les provocateurs. Nous avons dépassé les autorisations de l’ONU pour intervenir en Libye et nous bombardons la Syrie, pays légalement reconnu à l’ONU, sans le consentement de son peuple qui a élu son représentant. Nous nous comportons comme des pirates, des néo-colonialistes, derrière le drapeau souillé de la démocratie. Comment peut-on invoquer la légitime défense en allant bombarder un pays qui ne nous a rien fait et sans son consentement ? Mais désormais la France joue, elle aussi, un double jeu.

En effet nous envoyons notre porte-avions, symbole guerrier visible, pour bombarder l’EI et pour bomber… le torse au risque d’incidents aériens dans le ciel syrien. En fait nous voulons simplement que nous soyons invité à la table des négociations en cours entre la Russie et les USA qui essaient de trouver des points d’intérêt commun dans le redécoupage futur du Moyen-Orient. Car la position russe est si claire et si fortement proclamée que, pour la première fois, les USA sont prêts à négocier… dans le secret. C’est bien un tournant géopolitique. Mais cela va beaucoup plus loin car le nombre de pays qui revoit sa politique étrangère ne cesse de croître et la création de l’Eurasie avance inexorablement et enfin la France se décide à y participer mais plus que discrètement, on en reparlera. La prise de distance avec les USA démarre et des ancrages avec ce pays se délient. Lorsque la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran, l’Irak, le Pakistan etc… se retrouvent dans le même camp la face du monde ne peut qu’être changée. Jugez plutôt :
  • La ligne à grande vitesse Moscou-Kazan sera vraisemblablement construite par la Chine et non plus par l’Allemagne. A terme, cette ligne ferroviaire participera du colossal projet des routes de la Soie chinoises irriguant l’Eurasie.
  • Le Pakistan tourne le dos aux Etats-Unis et regarde de plus en plus vers la Russie. L’entrée d’Islamabad dans l’Organisation de Coopération de Shanghai doit y être pour quelque chose… Quant à la symbiose sino-pakistanaise, elle est ancienne et n’est pas prête de s’arrêter.
  • Cela n’empêche d’ailleurs pas Moscou et New Delhi de resserrer encore leur coopération militaire. Ça tombe bien, l’Inde devrait bientôt signer un énorme contrat de 35 milliards pour l’achat de 154 chasseurs russes de cinquième génération, le fameux Pak-Fa (Dassault et ses Rafale n’ont que leur yeux pour pleurer…) L’OCS comme parrain de la réconciliation entre les frères ennemis indien et pakistanais ?
  • Israël (ô ironie) est plus qu’intéressé par la signature d’un accord de libre-échange avec l’Union Eurasienne que Tel Aviv qualifie de « haute priorité ». La possible entrée de l’Ukraine dans cette Union a été la raison d’un contre-feu, celui du putsch made in CIA du Maïdan. La presse atlantiste avait, à l’époque, fait des gorges chaudes du projet poutinien ; on l’entend moins maintenant alors que des alliés traditionnels de Washington comme Israël ou l’Egypte demandent à s’y associer…
  • Union Eurasienne justement : on avait vu que Poutine avait récemment proposé une loi visant à bannir le dollar dans les transactions entre ses membres. Comme d’habitude, ce n’était pas des paroles en l’air de sa part ; il vient d’exclure le billet vert de toute transaction interne à la Russie, y compris dans le secteur pétrolier.
  • Au Moyen-Orient, Irak et Jordanie se rapprochent spectaculairement de Moscou tandis que Russes et Iraniens sont en train de sauver l’intégrité de la Syrie.
  • Le hasard faisant bien les choses, la Syrie, débouché de la route sud de la Soie, est indispensable à la Chine, meilleur allié de la Russie et de l’Iran. Pékin continue d’ailleurs d’investir considérablement dans le pays ravagé par la guerre.
Et ce n’est pas fini car les accords touchent désormais tous les secteurs vitaux dont la défense, la finance, l’économie et la monnaie. Mais cela va même si vite que la menace d’une guerre militaire peut surgir brutalement car cette fois ce sont les intérêts vitaux des États-Unis qui sont menacés. Si le dollar vacille, la dette américaine fait plonger ce pays dans la faillite et le système financier mondial s’effondre. Avec l’Euro nous plongerions aussi avec notre indépendance en berne. Nous risquons de devoir faire allégeance au yuan chinois et à son or. Notre appartenance à l’OTAN nous alors contraindra à des revirements déchirants que nous paierons au prix fort et dans un état de quémandeur en état de faiblesse ! 

Le monde est à un tournant historique que la France n’a pas vu.

Sa vassalité complice lui a dramatiquement fermé les yeux

Elle se trouve désormais dans le mauvais camp

Et son virage la dégradera un peu plus ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon