jeudi 26 novembre 2015

Guerre et « détricotage » de l’Union Européenne



Hollande fait le tour des popotes des intervenants au Moyen-Orient avec une dernière rencontre aujourd’hui à Moscou. Gageons que sa visite n’aura pas plus de résultat que celles auprès d’Obama et de la Chancelière. Obama s’en tire avec un « Nous sommes tous français », ce qui ne veut strictement rien dire dans sa bouche, mais il ne bouge pas d’un pouce dans sa coopération avec la Russie ni pour un engagement supplémentaire en Syrie. La Chancelière se fend de 650 soldats allemands au Mali aux côtés des américains déjà sur place, ce qui montre bien l’échec de notre intervention dans ce pays.

Il apparaît de plus en plus nettement après les excuses de la Turquie que l’avion russe a été froidement abattu en dépit des règles internationales et de la coopération contre l’EIIL. La modération de la réponse de la Russie s’explique par les liens économiques forts entre les deux pays. Poutine rompt les relations sur le plan militaire, ce qui est un minimum. Par contre il renforce ses moyens militaires en Syrie, avec de nouveaux lance-missiles (systèmes mobiles de défense anti-aérienne Su-400)  et en méditerranée avec un croiseur, les deux devant assurer une barrière quasi-infranchissable à tout objet volant indésirable. Il a néanmoins démasqué le double jeu de la Turquie, qui alimente ses raffineries avec le pétrole de Daesh, et celui de l’OTAN qui se dit solidaire de la destruction de l’avion russe ayant entraîné la mort d’un de ses pilotes (le second a été récupéré vivant par un commando syrien) lâchement tué sous son parachute par des rebelles « modérés » !

Je reste stupéfait de la folie guerrière qui s’est emparé de nos députés à moins que le sujet apparaisse croustillant avant les régionales. Il apparaît qu’ils jouent la surenchère par rapport aux réactions populaires abreuvées d’images et de commentaires sur le travail de nos enquêteurs après les attentats. Celles-ci sont globalement plus à la compassion vis-à-vis des victimes qu’à l’envie de plonger dans une guerre dont on sait que notre action ne peut être réellement efficace qu’en allant la faire au sol. Applaudir des actions aériennes à moindre risque fait d’ailleurs preuve d’une certaine lâcheté parce que l’opinion n’est pas prête à faire tuer nos soldats en Syrie. La sortie spontanée de drapeaux français permet de lancer une opération d’incitation à la décoration de nos balcons comme une initiative nationale dont le but est évidemment la récupération électorale. Mettre le drapeau à sa fenêtre a un sens en temps de guerre où la population a un rôle à jouer, ce qui n’est pas le cas en ce moment. Sur le plan intérieur l’action est le rôle de nos services de renseignements et aux policiers pour compliquer le travail des terroristes et les neutraliser avant ou après. Le peuple les soutient évidemment et cherche à maîtriser sa peur. Mais peut-on faire une guerre propre et digne ? Devons-nous être fiers de tuer des civils, dont des femmes et des enfants ?


Irak: un Rafale cible une école primaire, 28 écoliers tués
Le gouvernement irakien est perplexe au sujet des frappes aériennes menées par des avions français dans le cadre de la coalition contre Daech : Il vient d’annoncer qu’un Rafale a ciblé une école primaire sise en zone sous contrôle civil, y causant la mort de 28 enfants. Des officiels irakiens ne cachent pas leur exaspération en évoquant la coalition menée par Washington supposée combattre Daech en Irak : « s’ils ne larguent pas par inadvertance des munitions ou des vivres à Daech, ils tuent des écoliers innocents » dénonce un militaire irakien. Des informations affirment que l’unique Porte-Avions français et ses 26 appareils ne disposent pas d’une base de données fiable sur les cibles à bombarder en Irak et en Syrie. En cause, la précipitation de l’Elysée à vouloir utiliser l’outil militaire à des fins politiques en prévision des prochaines échéances électorales.

Mais le flux migratoire, envoyé sciemment et brusquement par la Turquie (sous couvert américain car elle fait partie de l’OTAN et de la coalition), et la guerre en Syrie ont mis à jour d’une part les divergences fondamentales sur le contrôle des frontières et d’autre part l’absence complète de politique étrangère et militaire de l’Union Européenne. Même si la France est ciblée préférentiellement par l’EIIL, compte-tenu de ses engagements militaires en Afrique et au Moyen-Orient, l’ensemble des pays d’Europe est visé et le flux migratoire n’épargnera personne qu’il soit ou non jugulé aux frontières. L’UE ne repose que sur l’Allemagne et sur la France dont les intérêts et les points de vue ne sont pas les mêmes et où les relations ne sont pas celles de partenaires de force égale. Si la France se veut être la face militaire et bénéficie encore d’un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU, ce qui lui permet de jouer encore un rôle en diplomatie, elle est à la remorque de l’Allemagne sur tous les autres plans dont ceux de l’économie, de l’austérité et de la politique migratoire. L’UE devient de plus en plus une tour de Babel où les intérêts nationaux prennent largement le pas sur les intérêts communs.

Des divergences de fond se font jour sur la politique envers la Russie. Si le front allemand, aidé de la France, peut encore imposer de nouvelles sanctions contre la Russie, si les pays baltes accueillent avec reconnaissance les troupes américaines sur leur territoire, d’autres comme la Hongrie et la Serbie tendent les bras à la Russie. Le sentiment anti-européen britannique se révèle aujourd’hui majoritaire en attendant le référendum promis par Cameron. Le Brexit est une hypothèse de plus en plus probable. Le Royaume-Uni n’a jamais voulu qu’une union commerciale et n’est entré dans l’UE que moyennant des exceptions. Il monnaye constamment son appartenance campé sur la City qui lui permet de contrôler la majeure partie des mouvements financiers et bancaires mondiaux. Si le Grexit a été évité par la réticence des élites apatrides grecques et la peur d’un peuple encore traumatisé par son histoire récente, la situation de la Grèce ne cesse de se dégrader. Elle va conduire l’Allemagne et la France soit à une aide permanente soit à la faire sortir de l’euro. 

Par ailleurs l’UE perd globalement pied, et la zone euro encore plus, par rapport à la croissance des autres continents. Le ralentissement de la croissance des pays émergents, dont la Chine qui tirait la croissance mondiale, et le soutien à bout de bras de la croissance américaine avec le puits sans fond de la dette, donne des perspectives peu favorables. La BCE continue d’alimenter les banques qui s’exposent toujours à un risque systémique qui est lié à la confiance des peuples. Un choc sur l’euro, par exemple, peut tourner à la perte de l’UE. Or on découvre que l’euro n’a pas protégé la Finlande, premier pays du nord à se reposer son appartenance à la zone euro, ce qui va la pousser à une déflation interne, c’est-à-dire à une pression sur les salaires, puisqu’elle ne peut jouer sur la monnaie. Son économie, très dépendante de Nokia, est en danger et l’euro est remis en question. Mais le Portugal, en crise politique, l’est aussi sur le plan économique. Chômage et récession sont à l’œuvre. L’Italie est aussi en récession et, si l’UE peut encore faire face financièrement à la Grèce, à la Finlande et au Portugal, grâce aux capitaux européens garantis par les États dans le MES (Mécanisme Européen de Stabilité), il ne peut en être de même pour l’Italie.

Jacques Attali nous dit que c’est intentionnellement que la sortie de la zone euro n’est pas prévue dans les statuts. « Quand on entre dans l’euro, on ne peut en sortir » comme l’a redit Juncker. Mais la sortie d’un ou de plusieurs pays de la zone euro est un choc qui ébranlera l’UE dont il est prévu cette fois que l’on peut en sortir. Des signes avant-coureurs de la baisse de l’attractivité de l’UE se font jour. La Pologne a retiré le drapeau européen de la salle de réception gouvernementale et sa nouvelle Présidente vendra chèrement son pays à l’UE dit-elle. Les frontières et les esprits se ferment. L’UE va entrer dans le service des soins palliatifs et son avenir n’est plus lié seulement à la zone euro mais à l’intérêt qu’elle présente aux yeux des peuples. Si elle nous oblige à guerroyer pour elle et à suivre des mesures d’austérité allemande qui vont se traduire par un blocage des salaires et à un chômage endémique de 10%, cela vaut-il la peine de lui donner chaque année 9 milliards après déduction des aides en retour, 9 milliards net, après 26 milliards pris aux contribuables et remis dans des poches sélectionnées… par les technocrates de Bruxelles ? 

La France est un pays malade en perte de repères

Sans identité européenne ni outre-Atlantique. 

On lui ferme les yeux dans son drapeau

Que les puissants ne cherchent… 

Qu’à ensanglanter ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon