vendredi 13 novembre 2015

La Syrie ? Un enjeu mondial !



Il se joue devant nos yeux un affrontement sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, un affrontement d’une violence extrême, où tous les coups sont permis, et où l’on frôle désormais tous les jours l’incident générateur d’un conflit militaire direct. Valls a déclaré que nous sommes en guerre mais mis à part le plan vigie-pirate, l’envoi de militaires à Calais, notre porte-avions vers la Syrie, les médias ne relaient aucune information sur la gravité de ce qui se passe en mer de Chine et en Syrie. Nous sommes dans un état d’alarme et d’anesthésie conjuguées pour laisser les mains libres à un gouvernement aux ordres des USA qui nous laisse gérer… COP21. Il y a quelque chose d’irréel entre la gravité de la lutte entre les principales puissances du monde et l’information dont nous abreuve les médias eux aussi aux ordres pour la plupart.

Un affrontement pour l’instant indirect se joue en Syrie entre deux blocs, l’occidental et l’alliance Russie-Syrie-Iran-Chine avec le bras armé des Etats-Unis à savoir Israël. Le refus de l’UE de conclure des accords avec la Russie, et lui infligeant au contraire des sanctions tout en demandant que la Russie ne fasse pas la même chose sur l’Ukraine, ainsi que le refus des USA de ne pas déployer leur bouclier anti-missile, soi-disant orienter vers l’Iran mais en cours de redéploiement contre la Russie, ont convaincu celle-ci de changer de stratégie. La Russie s’est tournée vers la Chine mais la Syrie est devenue une pièce maîtresse en même temps des USA et de la Russie. Si la Syrie tombait, la Russie serait, en plus d’une humiliation diplomatique, menacée dans son intégrité territoriale, ce qui pourrait induire un éclatement de la Fédération de Russie. Le pauvre peuple syrien ne représente pas grand-chose pour les occidentaux et le but n’est évidemment pas sa démocratisation, ni l’apaisement entre les communautés qui existait auparavant. Mais l’avenir de la Russie s’y joue actuellement. Poutine sur la ligne de Catherine II qui considérait que « Damas détient la clé de maison Russie » comprend bien que « Damas est la clé d’une nouvelle ère ».

 L’hégémonie américaine joue sur deux fronts, l’Europe et la maîtrise de la Syrie, du Liban et de l’Irak. Forte de la présence de la Turquie dans l’OTAN, les USA auront la voie ouverte vers les républiques de l’ex-URSS et en particulier le Caucase pour y continuer une guerre de déstabilisation par les « printemps » de toutes natures mais principalement confessionnels. Par ailleurs Goldman Sachs et la finance internationale pilotent l’invasion migratoire de l’Europe. La partie engagée au Moyen-Orient se complète avec l’encerclement de la Chine par voie maritime. Il faut bien sûr ajouter l’affrontement militaire, à fleurets mouchetés pour l’instant, par la guerre économique et monétaire.
   
Ce ne sont nullement les contrats d’armement passés avec ce pays, ni le port de Tartous qui sont les enjeux stratégiques russes dans la région au point de mener une lutte atroce pour éviter que l’État syrien ne tombe. Cela est confirmé en partie par le directeur du Centre d’analyse sur les stratégies et les technologies-Moscou Rousslan Poukhov, qui a déclaré : « penser que la Russie soutient Damas en raison des ventes d’armes est une aberration ! C’est totalement hors sujet ». La Syrie représente le point de résistance que les USA et Israël veulent faire tomber. En soutenant les mouvements des résistances palestiniennes et libanaises, la Syrie a fait avorter tous les plans américains pour la mise en place du Grand Moyen-Orient dans lequel les États arabes seront atomisés et soumis au diktat israélien. Par ailleurs, son alliance stratégique avec l’Iran a fait que l’axe hostile aux plans étasuniens se consolide dans la région. 

La stratégie étasunienne est fondée sur la ligne Brezinski qui prévoyait la domination de l’Union Soviétique en deux étapes, l’encerclement de la Russie en premier lieu, puis ensuite passer à sa déstabilisation, pour mieux contrôler son espace périphérique. Poutine sait parfaitement que pour que son pays puisse prétendre au statut de grande puissance il faut, qu’au travers de son économie, il renforce sa force militaire et rende sa politique étrangère plus agressive en vue d’une influence réelle au niveau mondial. Si l’opposition syrienne l’emportait, cela signifierait que la bataille féroce pour le contrôle des sources d’énergie tournerait en faveur des États-Unis et de leurs alliés, permettant à ceux-ci d’étendre leur influence de la Syrie jusqu’en Australie. Or l’économie russe qui s’appuie désormais sur la Chine et le yuan va reprendre son rang dans les grandes économies mondiales. Dans une interview à la BBC, Douglas MC Williams, Chef du Centre de Recherches Britannique (CBER), déclarait : « La Russie arrivera en quatrième position dans le classement des plus grandes économies mondiales d’ici l’horizon 2020 ».

Il faut donc torpiller l’économie russe avant qu’il ne soit trop tard. Elle est très dépendante de l’exportation du gaz, il devient impératif, de stopper l’exportation du gaz russe vers l’Europe à travers les gazoducs paneuropéens en projet ; le South Stream et le Nord Stream. Les pays européens devraient être approvisionnés par le gaz iranien par le Nabucco, gazoduc reliant l’Iran à l’Europe centrale via la Turquie. La Qatar pourrait alimenter la Syrie fermant ainsi tous les débouchés du gaz russe vers l’Europe. C’est la stratégie du Grand Moyen-Orient. 

Mais on peut jouer aussi avec la Turquie,  base avancée des intérêts américains en Eurasie, qui rêve de rétablir l’Empire Ottoman qui s’étendrait jusqu’à l’Asie centrale, ex territoires soviétiques. Une aubaine pour qu’elle étende son hégémonie jusqu’aux confins de Moscou sur les républiques turcophones qui sont l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Turkménistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan. Il ne fait nul doute que la Turquie soutient discrètement les mouvements séparatistes et ethno-religieux dans l’optique de briser définitivement la Communauté des États Indépendants (CEI), composée de 11 des ex-républiques soviétiques.

Damas est le point de départ du nouvel ordre mondial. Si cette capitale tombait, la Russie perdrait définitivement son rêve de retrouver son statut de grande puissance dans le monde du temps de la guerre froide. Une fois la Syrie soumise, l’Iran à son tour sera attaqué. L’axe chiite Syrie-Irak-Iran brisé sera sous la botte de l’Arabie Saoudite qui imposera la normalisation des relations avec Israël aux autres pays arabes. L’espace sunnite « modéré » dominera l’espace géographique qui s’étend du Maghreb, au Pakistan et l’Afghanistan en passant par la Turquie et la corne africaine. La Turquie contrôlera le passage du Bosphore en bloquant la flotte russe dans la mer Noire. La Russie sera exclue du Moyen-Orient et assiégée sur ses frontières pour tuer définitivement la Fédération de Russie. Il restera la Chine et c’est une autre histoire. Mais il faut comprendre que la partie qui se joue dépasse de très loin la libération de la Syrie de Bachar el-Assad pour la Russie ou le combat des occidentaux au nom de la démocratisation de ce pays. Daech n’existe que comme un pion camouflé dans ce combat où s’affronte le monde unipolaire étasunien et le nouveau monde multipolaire reliant les pays majeurs de l’Asie. Et la France dans tout ça ? 

La France n’existe que par son unité nationale

Mais dans cette guerre titanesque 

Elle vend son âme et ouvre

La porte à sa disparition ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon