dimanche 1 novembre 2015

La guerre totale d’une fin de règne vient de commencer (2ème partie)

L’échec de la réunion de Vienne cette semaine ne laisse rien augurer de positif lors de la prochaine réunion prévue dans une quinzaine. Non seulement les États-Unis ne veulent pas quitter la Syrie comme le demande Bachar al-Assad, chef démocratiquement élu de la Syrie, mais ils envoient officiellement des soldats expérimentés au sol en petit nombre mais personne n’ira vérifier ni le nombre exact ni leur mission sauf s’ils sont faits prisonniers. Cette réunion de Vienne a quelque chose d’impensable. Voilà un pays reconnu à l’ONU dont on met les dépouilles sur une table pour savoir qui s’en nourrira ! Le sort des syriens ne compte pas pour ces dirigeants que seuls le pouvoir et la puissance les intéressent.

Au Moyen-Orient la guerre fait rage du Liban à l’Iran. La guerre au Yémen est mise en veilleuse entre le gouvernement yéménite, aidé par l’Arabie Saoudite, les israéliens et la coalition, dans l’opération « Tempête décisive » et les rebelles chiites Houthis aidés par l’Iran. La coalition estime avoir atteint ses objectifs et le cessez-le-feu de la résolution 2216 de l’ONU pourrait être observée par le gouvernement et les rebelles. Deux raisons sont probablement à l’origine de ce revirement de la coalition. La première est le bombardement sur l’hôpital MSF d’Haydan le 27 octobre qui a mis à mal l’opinion sur la coalition. Pourtant, depuis six mois, les bombes pleuvent sur le Yémen. «Des bombes tombent du ciel jour et nuit»: c'est même le titre du rapport publié par Amnesty International le 7 octobre, qui dénonce des crimes de guerre commis par la coalition menée par l'Arabie saoudite. La seconde raison est surtout la nécessité de ne pas se disperser sur deux fronts alors que la Russie frappe en Syrie. 

Dans ce conflit l’apport d’Israël s’est fait de façon cachée comme sur la plupart des théâtres d’opération. Deux avions israéliens abattus par les rebelles Houthis ont été identifiés sous un camouflage de nationalité arabo-saoudite et marocaine. Mais ce pays joue un rôle partout de l’Ukraine au Yémen. Douze avions israéliens auraient attaqué le Hezbollah à la frontière syro-libanaise ! Il suscite les conflits et travaille pour les USA avec des services secrets particulièrement performants, le Mossad. Aucune paix ne tiendra au Moyen-Orient si Israël n’abandonne pas son ambition du grand Israël, le grand Moyen Orient de la stratégie américano-juive. Mais la paix possible tient aussi à une autre ambition, celle d’Erdogan le turc, qui se voit calife d’un empire ottoman ressuscité étendant ses ailes du Moyen-Orient jusqu’aux Balkans pour le moins. Puissance et primauté religieuse opposent quatre pays, la Turquie, l’Arabie Saoudite, l’Iran et Israël.

Les deux grandes puissances qui s’affrontent au Moyen-Orient doivent composer avec ces autres pays qui se vendent au plus offrant. Israël est l’âme damné des USA. L’Iran bascule dans le camp des BRICS. La Turquie mène un double jeu. Elle offre une base aérienne aux avions US tout en bombardant les kurdes que les USA veulent aider par leurs forces spéciales ! L’Arabie Saoudite est engagée dans une guerre religieuse avec la coalition de prééminence sunnite mais elle mène une guerre des prix du pétrole qui met en danger l’industrie pétrolière du gaz de schiste américaine. C’est peu dire que le conflit irako-syrien est un brûlot tant les intérêts sont contradictoires et les jeux de rôle mouvants. Seule la position russe, mais aussi chinoise et iranienne, s’affiche clairement sur le conflit syrien avec le soutien à Bachar al-Assad contre toutes les factions qui l’attaquent. Mais le pétrole ne leur est pas indifférent et le trajet des pipe-lines qui traversent le Moyen-Orient vers l’Europe est un enjeu majeur. Le passage envisagé du pétrole russe par la Turquie donne des relations complexes d’intérêt entre ces deux pays. D’ailleurs ils négocient plutôt des accords stratégiques ce qui n’est pas sans compliquer la position de la coalition contre la Syrie car la Turquie tient essentiellement à la lutte contre les kurdes. 

La guerre entre deux mondes uni et multipolaire n’aura plus de cesse tant que les Etats-Unis se battront pour triompher. Les positions se durcissent et ce sont bientôt deux silex qui se frottent l’un contre l’autre… les étincelles vont en jaillir. L’attentat de l’EI contre l’A321 russe ne peut qu’envenimer le conflit. On a reproché aux russes de ne bombarder que les rebelles syriens et Al-Nostra, alors pourquoi l’EI s’en prend-il à un avion russe alors qu’il aurait pu le faire contre un avion américain, français, britannique depuis quatre ans ? Il semble que l’EI ne disposait pas de missiles sol-air capables d’atteindre cet avion à cette altitude. Qui leur aurait fourni un missile capable de le faire ? Est-ce pour détourner les attaques aériennes russes vers Daesh plutôt que vers les autres factions ? Défaillance technique ou attentat ? Nul doute que nous allons en savoir plus rapidement et la réaction russe sera à la hauteur de l’évènement. L’état de guerre peut y être déclaré plus officiellement que nous l’avons fait en France.


Les américains mettent un peu plus d’huile sur le feu avec l’annonce de troupes au sol en Syrie et la possibilité de déployer 4.000 soldats aux frontières de la Russie. S’agit-il d’intox, de manœuvre d’intimidation ? Ce genre de jeu ne peut qu’aboutir à l’irréparable et nous savons tous ce que cela veut dire. La situation n’est pas moins dangereuse en Mer de Chine. La contestation des pays riverains des îles Paracels et Spratly créées artificiellement autour de récifs par les chinois est alimentée par les USA selon leur habitude de jeter de l’huile sur le feu. Les navires et les aéronefs US s’approchent au plus près des zones aériennes et maritimes chinoises. Ceci commence à exaspérer la Chine qui vient ouvertement de lancer que la poursuite d’un tel comportement peut mener à une guerre contre les États-Unis.  Avec Taïwan, le Vietnam, la Malaisie, Brunei et les Philippines, chasse gardée américaine face à la Chine, il ne faut pas grand-chose pour que le conflit s’envenime. Sans donner raison à la Chine, on comprend que celle-ci défende une zone qui serait riche en pétrole, ressource qui leur manque, mais avant tout une zone stratégique pour leur défense sur la principale route maritime de l'Asie du Sud-Est.

L’impérialisme américain fait feu de tout bois. Le TAFTA est quasiment imposé à l’Europe et devrait être présenté mercredi prochain. Les forces américaines s’installent en Europe, plus ou moins sous le couvert de l’OTAN (Manœuvres Trident Juncture-2015 de 36.000 hommes en Espagne, Portugal et Italie du 28 septembre au 6 novembre). Les États-Unis jouent le jeu du chaos au Moyen-Orient et veulent projeter l’EI dans les ex-républiques soviétiques musulmanes. Ils proposent une coopération militaire au Kirghizistan. La Géorgie et l’Azerbaïdjan sont aussi dans leur collimateur.



La pression sur la Chine est en cours et la flotte américaine ne cesse de se renforcer du Japon aux Philippines. Enfin les USA s’intéressent de plus en plus à l’Afrique où l’Algérie est dans le collimateur et où le chaos s’étend partout. Et la France dans tout ça ? Une bulle de savon devenue si fragile que son comportement est celui d’un nain mimant son mentor dans une ridicule parade qui ne peut que finir mal. La France n’est plus défendue ni par des moyens de défense à la hauteur de son poids économique ni surtout par des dirigeants qui ne croient plus en elle… depuis Giscard d’Estaing, comme l’a révélé Philippe De Villiers, et c’est de pire en pire. 

Il ne suffisait pas que l’on nous cache la crise de l’endettement 

Il a fallu encore que nous ayons élu, choisi, des représentants

Qui ne croient plus en la grandeur de la France et pensent 

Que servir les puissants les sert eux-mêmes ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon