jeudi 16 février 2017

Nucléaire ou (et) énergies renouvelables ? (5ème partie et fin)

Le premier constat est que les énergies renouvelables intermittentes ne sont pas gratuites et que leur emploi doit être accompagné de la mise en œuvre d’énergies fossiles (gaz, fuel, charbon) polluantes en général et génératrices de CO2. En tant que climato-sceptique, ce dernier point ne me gênerait pas, mais nous vivons actuellement sous cette doxa même si les déclarations et actes de Trump risquent fort de permettre aux scientifiques méprisés et laissés pour compte de manifester leur désaccord. Le visionnage des conférences de la contre-COP21 est particulièrement révélateur de la solidité des preuves des intervenants sur l’arnaque de cette doxa du réchauffement de nature anthropique. Mais passons, les faits sont têtus et tueront cette doxa… Soyons patients comme dans les années 60-70 où on nous annonçait un petit âge glaciaire.

Selon le an d’investissement prévu pour les EnRi entre 2018 et 2023, nous devrons investir 56 à 82 milliards sur 5 ans soit 11,2 à 16,4 Mds€ selon le scénario de valeur basse ou haute comme nous l’avons vu dans l’article précédent. Ces chiffres sont à comparer au budget de 13 Mds€ pour l’Enseignement Supérieur. La réduction de 40% de la part du nucléaire et de ses déchets radioactifs réalisera l’objectif politique au prix d’un accroissement de 90 à 125% de la pollution et de l’apport du CO2 d’origine anthropique. L’objectif écologique non seulement ne sera pas atteint mais il sera aggravé. J’ai pu vérifier, contrairement à ce qui se dit dans les médias, que le développement des mines de lignite bat son plein en Allemagne. Les mines existantes augmentent leur production, rouvrent ou d’autres  vont voir le jour. A quoi sert le lignite, charbon de mauvaise qualité, sinon à satisfaire le besoin croissant de centrales thermiques pour pallier à l’intermittence des EnRi ? D’ailleurs le besoin de stockage sur batteries est pris en compte dans le plan énergétique allemand pour pallier à l’intermittence des EnRi et à l’augmentation de la pollution. Ceci est aussi noté dans les scénarios possibles français et nous avons vu que cela rallongerait la facture de 21 à 24 Mds€ pour le solaire photovoltaïque seulement. 

Ce plan très lourd d’investissement peut-il être compensé par une baisse du kWh produit ? Il faut envisager cela sur la durée de vie de 20 ans prévue pour les EnRi. Pendant ce laps de temps, l’électricité produite ne sera pas gratuite, car il faut tenir compte de 3% de maintenance par rapport à l’investissement soit 1,7 à 2,5 Mds€/an. Si l’on admet une mise en place linéairement progressive des EnRi, ce sera 0,8 à 1,2 Mds€/an avant les quinze années suivantes à plein tarif. La facture globale de maintenance sera donc de 20 à 25 Mds€ sur 20 ans. De même la production supplémentaire d’électricité par les EnRi sera basée sur des puissances utiles de 3,8 à 4,4 GW pendant 5 ans et 7,6 à 8,8 GW pendant 15 ans (comme évalué dans le précédent article), soit une puissance utile cumulée de 133 à 154 MW sur 20 ans. Ceci entraîne une production de 1165 à 1349 TWh sur 20 ans. Il faut ajouter à cela la production thermique associée approximativement de même valeur pour pallier l’intermittence des EnRi, soit au total 2330 à 2698 TWh.

On peut donc évaluer la facture totale sur 20 ans du remplacement de 20 à 25 réacteurs nucléaires en se basant sur les chiffres fournis par EDF sur les différentes sources d’énergie, soit 85.000 €/TWh prix moyen pour le thermique et 49.500 €/TWh pour le nucléaire. Le coût total sur 20 ans pour le PPI sur les EnRi comprend donc : 56 à  82 Mds€ d’investissement (carénage du nucléaire sous trait) + 20 à 25 Mds€ de maintenance et 85.000 €/TWh x 1165 à 1349 TWh de thermique soit 56 à 82 Mds€ + 20 à 25 Mds€) + (99 à 115 Mds€). On trouve un total de 175 à 222 Mds€. Il faut y soustraire la production de l’énergie nucléaire qui a disparu : 49.500 €/TWh x 2230 à 2698 TWh soit 115 à 133 €Mds. Suivant la valeur basse ou haute du scénario de remplacement des réacteurs nucléaires, le surcoût sur 20 ans se chiffre donc entre 60 Mds€ (175-115) et 89 Mds€ (222-133). Si l’on ramène cela à la production d’électricité concernée sur 20 ans soit 2230 à 2698 TWh, on constate qu’au bout de 5 ans le prix de l’électricité aura augmenté de 2,7 à 3,3 c€/kWh soit une augmentation de 18 à 22 %. 

Les chiffres et le raisonnement utilisés peuvent toujours être critiqués mais il est évident que le plan d’investissement dans les EnRi ne peut qu’augmenter le prix du kWh. On peut ajouter que la performance des panneaux solaires diminue avec le temps ce qui jouera sur le nombre de kWh produits. De plus en 2038 34 réacteurs français auraient moins de 55 ans soit près de 60% du parc nucléaire sans compter l’EPR de Flamanville qui doit entrer en service en 2018. Il faut noter que les États-Unis ont poussé la durée de vie de leurs réacteurs à 60 ans. Or en 2038 il faudra de nouveau réinvestir dans les EnRi pour aller jusqu’en 2058 ou à la fin de cette période il ne restera qu’un réacteur nucléaire en service si l’on maintient la durée de vie à 55 ans. Mais pendant ce temps le prix de l’électricité ne cessera de croître.

De plus il faut noter que les EnRi ne résolvent pas le problème de l’indépendance. En effet la nécessité du thermique nous rend dépendants des sources d’approvisionnement énergétique (charbon, fuel, gaz). De plus la construction de celles-ci exigent des terres rares, ces corps chimiques sont extraits à 90% par la Chine, ce qui rend cette dépendance particulièrement contraignante lorsque l’on veut fabriquer des éoliennes et des panneaux solaires. L’UE a décidé de mettre une taxe douanière de 8% sur les éoliennes et les panneaux solaires exportés vers elle. On voit que la dépendance s’ajoute à notre difficulté à produire à un prix compétitif. Ceci est la cause de l’abandon de ce secteur de production chez AREVA. Areva, on ne le sait pas assez, devait être une « pirogue polynésienne " : une embarcation principale - le nucléaire - dotée d'un autre flotteur certes plus léger - les énergies renouvelables - mais capable de le stabiliser et d'assurer l'équilibre de l'ensemble. La vision est portée dès le milieu des années 2000 par Anne Lauvergeon : « Il faut cesser d'opposer le nucléaire et les renouvelables, qui sont complémentaires. Le grand enjeu collectif sera de produire de l'électricité avec beaucoup moins de CO2, en utilisant donc toutes les ressources dont nous disposons. Le temps n'est plus à l'idéologie, mais au pragmatisme », répondait en 2006 l'ex-patronne d'Areva à l'écologiste Yves Cochet, dans une interview aux « Echos ». 

Dix ans plus tard, au bord de la faillite, le groupe nucléaire français a placé son destin entre les mains de Bruxelles pour son plan de sauvetage. Il a tiré un trait définitif en cédant son activité dans l'éolien en mer à son partenaire Gamesa dans leur coentreprise Adwen, qui va former un leader mondial avec l'allemand Siemens. C’est 1,5 milliard engloutis en dix ans à rapporter à la dette totale d'Areva : 7 milliards d'euros. Il n'est certes pas le seul à avoir épongé de lourdes pertes dans ce secteur naissant. Le danois Vestas et l'allemand Siemens, parmi d'autres, ont aussi dû se restructurer ou déprécier des actifs. On est bien loin des promesses d’Eva Joly en 2012 et reprises aujourd’hui sur la perspective de créer des centaines de milliers d’emploi.

Enfin les éoliennes et les panneaux solaires occupent des surfaces considérables sans aucune mesure avec les centrales nucléaires. La destruction de paysages, l’utilisation de terres cultivables ou constructibles vient s’ajouter à des nuisances reconnues qui ont d’ailleurs conduit à éloigner les éoliennes des habitations mais les infrasons émis traversent des distances considérables et contournent les reliefs. La mise en œuvre des EnRi est soutenue par des subventions d’État et des tarifs préférentiels de rachat des kWh produits par les privés, c’est encore 2 fois le prix normal du kWh. Elles prouvent ainsi qu’elles ne sont pas rentables pour l’instant. L’intermittence est son principal talon d’Achille et les solutions bon marché de stockage de masse de l’électricité n’existent pas encore. Ce plan d’investissement est une arnaque qui augmente le coût du kWh, où la France n’est pas compétitive, où les emplois créés ne compenseront pas les emplois perdus, où la pollution va augmenter, où la France se voit reculer dans son aura d’industrie nucléaire exportatrice, où les paysages seront de plus en plus abîmés, où de nouvelles nuisances apparaissent, et où notre dépendance s’accentue.


Le plan d’investissement dans les EnRi n’allège qu’un seul problème,

Celui de la quantité de déchets nucléaires mais avec plus de CO2, 

En augmentant les pollutions, les dépendances et nuisances 

Pour un prix du kWh en hausse et des emplois en baisse. 

A qui profite le crime ? Aux lobbies et au Système 

Qui s’appuient sur le réchauffement climatique

 Et la spéculation sur la taxe carbone.

 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon