mardi 14 février 2017

Nucléaire ou (et) énergies renouvelables ? (3ème partie)

A défaut de pouvoir attaquer le nucléaire sur ses rejets de CO2, on met en avant sa dangerosité. Nous avons vu ce qu’il en était dans l’article précédent aussi bien pour l’exploitation des réacteurs que pour le stockage des déchets. Cela ressemble fort à l’exploitation d’une peur irraisonnée à des fins idéologiques. Mais il existe aussi deux autres angles d’attaque du nucléaire, c’est sa dépendance à la fourniture d’uranium et l’épuisement des ressources mondiales de cet élément chimique. Tout ceci sous-entend qu’à contrario les énergies renouvelables sont sans danger, inépuisables et indépendantes. Nous verrons ce qu’il en est réellement. Mais commençons par regarder comment la France s’approvisionne en uranium dans le monde, sachant qu’elle a encore un gisement très riche sur son territoire en cas de besoin ultime dans un endroit tenu secret. En effet la France est restée longtemps un producteur d’uranium de son sol. La faible teneur des gisements exploités dans le massif central et la baisse du prix de l’uranium nous ont contraint à fermer toutes les exploitations.

La France importe donc son uranium de l’étranger, d’où l’affirmation de notre dépendance pour l’approvisionnement de nos réacteurs. Cette critique, à priori fondée, ne résiste pas à une analyse des sources d’approvisionnement. D’abord il faut dire que les recherches de gisements sont au niveau le plus bas, car la quantité des ressources évaluées suffit très largement aux besoins actuels ce qui maintient le prix bas de la tonne d’uranium et décourage toute prospection supplémentaire. Les gisements d’uranium sont répartis sur tous les continents. Citons parmi les principaux pays producteurs : Kazakhstan, Canada, Australie, Russie, Niger, Namibie, Ouzbékistan, États-Unis, Chine, Ukraine. La France a pris des participations dans la plupart de ces pays en particulier au Kazakhstan, au Canada, en Australie, au Niger, en Namibie et aux Etats-Unis. Areva et la société kazakhe KazAtomProm sont les deux principaux producteurs mondiaux d’uranium devant le canadien Cameco. Nous avons depuis longtemps des liens avec le Niger où AREVA détient les mines d’Arlit et d’Akouta. La diversité de nos sources d’approvisionnement et leur répartition géographique ne peuvent donner prise à une véritable dépendance. Les 9.000 tonnes de besoin annuel en uranium naturel sont donc garanties, même dans le cas de tensions de la France avec l’un de ces pays, pour plus d’un demi-siècle, même compte-tenu des réacteurs en construction ou prévus dans le monde. On peut même ajouter que l’uranium ne rentrant que pour 5% dans le coût du kWh, celui-ci est peu sensible à une flambée des prix, flambée qui nous profiterait d’ailleurs en tant que producteur d’uranium. 

Par ailleurs il existe deux types de réacteurs qui peuvent donner un approvisionnement pour des durées beaucoup plus longues. Le premier est les réacteurs surgénérateurs ou encore à neutrons rapides par opposition aux réacteurs à neutrons lents REP en service en France. Ces réacteurs permettent une réutilisation quasi-complète du plutonium produit dans les réacteurs actuels et de l’uranium 238 qui est un rejet de la séparation de l’235U fissile dans l’uranium naturel, rejet sans utilisation actuelle notable. On peut considérer que ce type de réacteur permet de multiplier par 60 à 100 l’énergie récupérable et donc de fait de multiplier le temps d’épuisement des gisements d’uranium. Nous avions pris dans ce domaine une avance technique considérable avec un premier réacteur semi-industriel, construit en coopération avec l’Italie, SuperPhénix. Il a fonctionné à Creys-Malville de 1985 à 1997 produisant jusqu’à 1200 MW mais seulement pendant une petite fraction de temps par suite de différents problèmes sur la partie non nucléaire et de fuites de sodium. Sous la pression de la crise du pétrole, ce réacteur industriel était en fait encore un prototype d’essai malgré le fonctionnement avec succès de Phénix à Marcoule de taille beaucoup plus modeste.

En 1997, le nouveau gouvernement de Lionel Jospin, a annoncé la fermeture de SuperPhénix sous la pression écologique. Ce fut un beau gâchis financier de 8Mds et une perte scientifique inestimable, dont Georges Charpak, prix Nobel de Physique, s’est fait l’écho. Les russes et les japonais, sur lesquels nous avions pris plus de dix ans d’avance, ont continué dans cette voie qui devient une voie d’avenir dans laquelle nous réinvestissons avec le réacteur de recherche Astrid. Dans cet arrêt prématuré et coûteux, nous avons perdu beaucoup de savoir-faire et de précieuses informations pour améliorer cette filière. La conséquence est que c'est les russes et les japonais qui vont vendre ces réacteurs avant nous. L’idéologisme est rarement de bon conseil. 

Il existe une seconde voie qui permet d’assurer le fonctionnement quasi illimité dans le temps, c’est le réacteur au thorium à sels fondus. Ce métal est le plus répandu dans le monde avec des réserves 3 à 4 fois plus abondantes que celles de l’uranium. Il produit beaucoup moins de plutonium et d'actinides mineurs, engendrant moins de déchets à vie longue. Son principal inconvénient est de ne pouvoir être atteint industriellement qu'après deux étapes intermédiaires : accumulation de 239Pu ou d'235U, puis production d'233U en réacteur pour initialiser le cycle du thorium proprement dit. Des réacteurs expérimentaux ont fonctionné depuis les années 70-80 en Allemagne, aux États-Unis puis en Inde. Il est assez amusant de noter que le premier pays à s’y intéresser a été l’Allemagne. L’inde, qui détient de grandes quantités de thorium, se lance délibérément dans cette voie. Mais la voie d’un mixte entre réacteurs uranium à neutrons lents et à neutrons rapides, et ceux au thorium ouvre des horizons sur beaucoup plus d’un siècle.

En conclusion les arguments antinucléaires basés sur la dangerosité, les ressources rapidement épuisables, et la dépendance, sont plus des attaques idéologiques que réalistes surtout quand on a l’expérience de plus de cinquante ans d’exploitation et la production d’un kWh bien meilleur marché que celui issu des centrales thermiques. La « pollution », engendrée par les déchets nucléaires enfouis profondément avec des conditions de sécurité optimale, n’a pas à rougir devant celle engendrée par les centrales thermiques au charbon qui polluent gravement l’atmosphère comme on peut le voir en Allemagne de l’Est, en Pologne, en République Tchèque, en Italie et en Chine. Par ailleurs la recherche sur le nucléaire a un potentiel scientifique et technologique immense lui garantissant une évolution constante sur son efficacité et sa sécurité. On peut citer aussi les réacteurs à Haute Température pour des puissances adaptées aux pays en développement. Vouloir le remplacer doit s’appuyer sur des arguments solides de moindre coût sans rien concéder sur les points d’attaque contre le nucléaire. 

C’est de cela que nous allons parler dans le prochain article en essayant de répondre au meilleur choix énergétique pour notre pays, pays sans pétrole et désormais sans charbon, qui doit produire de l’énergie électrique en sécurité et au moindre coût. La politique énergétique d’un pays est un des grands fondements de son économie.
 
Je suis souvent parvenu à convaincre de l’intérêt du nucléaire

Les écologistes ouverts sur la protection de l’homme. 

Mais l’écologisme dresse un mur infranchissable 

Qui influe le monde politique et sert surtout 

Les lobbies des nouvelles énergies !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon