jeudi 2 février 2017

2017 démarre en trombe mais vers où ? (2ème partie)

En dehors des évènements géopolitiques de 2016 qui ont eu un impact direct sur les politiques étrangères, d’autres ébranlent le système monétaire et l’économie mondiale comme les faillites bancaires dans l’UE, tandis que le vote du Brexit a remis en cause l’existence même de l’UE. Enfin la primaire de la droite qui éliminait Juppé et Sarkozy et le renoncement de Hollande dessinent un paysage politique français en rupture nette avec le passé depuis De Gaulle au moins. Reprenons point par point ces évènements : 

Les faillites bancaires
La politique de liquidités pratiquée par les Banques centrales, en particulier la Fed, la Banque d’Angleterre, la Banque japonaise et la BCE, ont servi principalement à la spéculation. Les banques se sont surchargées en produits dérivés à risque et en obligations souveraines pourries. L’arrivée des taux d’intérêt zéro, et même négatifs, ont coupé la source des profits bancaires et de nombreuses banques sont en difficulté, même parmi celles ayant passé les tests de solidité. C’est le cas des trois principales banques italiennes, dont la Monte Paschi, et de la plus importante banque en Allemagne, la Deutsch Bank. Après avoir échoué à se refinancer sur les marchés financiers, et après le refus de la BCE de lui accorder plus de temps, le sauvetage de la Monte Paschi par l’Etat italien, donc les contribuables italiens, apparaît comme la dernière solution possible pour éviter le pire. Un première enveloppe de 20 milliards a déjà été votée en décembre. Cette concomitance est d’une part un indicateur du risque systémique due à l’interconnexion du milieu bancaire et d’autre part du non fonctionnement de la solidarité européenne puisque la BCE se retranche derrière ses statuts qui l’empêche (théoriquement cf. Grèce) de prêter directement aux États. 

Le vote du Brexit
Cet évènement a une portée directe sur l’UE, le Royaume-Uni étant l’un des principaux contributeurs à son fonctionnement et une puissance économique et militaire de premier rang. L’obligations pour le Royaume-Uni de retisser des liens bilatéraux avec le Commonwealth, mais aussi avec les grandes puissances économiques comme les Etats-Unis et la Chine, ne la dispense pas de négocier un accord avec l’UE. C’est un partenaire commercial incontournable. Le Brexit qui ne prendra réellement effet qu’en 2018 est un évènement comparable à la chute du Mur de Berlin. C’est d’abord la chute d’un tabou, la prétendue impossibilité de sortir de l’UE, comme Juncker l’avait encore proclamé récemment, et l’ouverture au Frexit, au Grexit, au Nexit, au Itexit, etc. C’est ensuite la confirmation qu’un pays peut survivre en dehors de l’euro comme la Suède mais aussi en dehors de l’UE comme l’Islande, la Norvège et la Suisse. L‘argumentation des européistes fédéralistes prend un sérieux coup dans l’aile d’où tous les commentaires des politiciens du Système sur la catastrophe qui va s’abattre tôt ou tard sur le Royaume-Uni. Ceci pour pallier leur déception de ne pas l’avoir déjà vue s’écrouler et de constater que la baisse de la livre redonne de l’élan à son économie et à son tourisme. Dans la période la plus difficile, celle la monnaie est attaquée et où l’Etat n’a toujours pas les coudées franches en matière économique et budgétaire, le Royaume-Uni tient bon. 

La primaire de la droite
Comme pour l’élection de Trump, les sondages se sont plantés et le troisième homme a éliminé les deux préférés des médias. Tout a commencé par l’élimination de Sarkozy, l’homme bling-bling, qui avait mal commencé son mandat dès le premier soir en montrant son attachement à tout ce que Paris compte comme vedettes et fortunes pour fêter sa victoire. Après un Chirac réticent, c’est le Président qui a mis la France entre les mains des USA, de l’OTAN et dans les contraintes budgétaires données à appliquer à Bruxelles. Je dirai que c’est la mise en œuvre d’un sentiment confus que notre libre-arbitre était en train de fuir. Notre vote au dernier référendum sur la Constitution européenne a été bafoué par une copie conforme dans l’adoption parlementaire du Traité de Lisbonne. De même il nous a entraîné dans la guerre de Libye sous des prétextes qui se sont avérés montés de toute pièce, guerre dont les résultats ont été de passer d’un pays prospère et en paix sous dictature à un pays en guerre civile et à l’économie détruite. Le pillage des arsenaux militaires a nourri tous les groupe terroristes qui agissent au Moyen-Orient et en Afrique. L’éviction finale de Juppé  fait partie du sentiment de dérive de notre pays pour qui l’UE n’apparaît plus comme un avenir radieux, comme le maintien le candidat, et de l’inutilité de combattre en Syrie pour un soulèvement d’une minorité de syriens poussés sciemment en avant par les occidentaux. L’image de sagesse et l’âge du candidat étaient contradictoires avec son passé dans les mains de la justice. 

Si Fillon a bénéficié de sa fidélité à Sarkozy et de son passage protégé dans l’ombre de celui-ci , cette primaire dégage néanmoins une opposition aux hommes du Système et un glissement vers la droite de la droite, c’est-à-dire des partis antisystème. D’ailleurs sa proposition de rapprochement avec la Russie lui a été globalement favorable. Mais l’homme cache son jeu et ne prend pas de distance avec le pouvoir suprême, celui des Maîtres du Monde qui est allé saluer dans le groupe Bilderberg. Fillon a terminé l’année 2016 en favori des sondages même si Macron crée une dynamique en sa faveur. Cette primaire a incontestablement été le siège d’un éloignement de la politique étasunienne et, en acceptant un programme d’austérité, que la France commence à filer du mauvais coton. On peut ajouter enfin que Sarkozy a osé ébranler un autre tabou, celui du réchauffement climatique, en faisant sien les propos de Donald Trump sur ce sujet…brûlant.

L’année 2016 a ouvert la porte à de grands changements politiques et géopolitiques que nous n’avions pas connu depuis la deuxième guerre mondiale. La fin de la politique hégémonique américaine, basée sur les armes, les actions secrètes de la CIA, l’achat des chefs d’État et des votes à l’ONU, est devenue possible. La théorie du chaos appliquée par le double jeu étasunien a été percée à jour en Syrie avec l’intervention russe et les manœuvres de diversion de la coalition pour contrer la libération de la Syrie de ses groupes armés « modérés » qui frayent avec les plus radicalisés des djihadistes d’Al Qaïda et de Daech. La stigmatisation permanente de la Russie, déclarée ennemi numéro 1, et l’arrivée des troupes américaines dans les pays baltes, la Pologne et la Roumanie, créent un climat de guerre mondiale. Les manœuvres aux frontières de la Russie peuvent à tout moment créer un conflit sans limite. L’UE lutte désormais pour sa survie après le Brexit et l’immigration de peuplement creuse les dissensions en son sein en même temps que la faillite des grandes banques menace d’un krach financier. Enfin la sortie par les urnes de Sarkozy, et de Hollande pour défiance prononcée de son peuple, montrent que nous avons vécu deux quinquennats qui ont abîmé la France. Tout ceci abouti à un démarrage en trombe de 2017 et ce sera l’objet du prochain article.

Il est des moments où l’histoire bascule sous le poids des évènements. 

2016 est l’année qui ouvre une autre ère politique et géopolitique.

Des nœuds coulants se sont défaits et d’autres prêts à le faire. 

Les peuples de l’UE ont des choix à très longue portée,

Celui du statu quo ou du risque du changement, 

Mort progressive ou rebond vers l’avenir.
 
Claude Trouvé  
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon