lundi 27 février 2017

Grèce en dépression collective, Nexit en vue

L’actualité ne cesse pas de nous envoyer des signes de décrochage de nombreux pays de l’Union européenne. Nous avons appris cet été que la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie continuaient de s’effondrer, et que l’ensemble de la zone euro s’enfonce dans la récession et le chômage de masse, y compris désormais des pays que l’on croyait prémunis comme l’Allemagne ou la Finlande. Mais nous avons appris au début du mois que la Banque d'Angleterre a nettement relevé sa prévision de croissance pour 2017, à 2% contre 1,4% prévu en novembre tout en maintenant inchangée sa politique monétaire très accommodante destinée à soutenir l'économie sur fond de Brexit. "La croissance est restée résistante depuis le référendum" sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union Européenne de juin dernier, a déclaré le gouverneur de l'institution Mark Carney lors d'une conférence de presse. On ne peut être plus clair. Où est la catastrophe annoncée par Hollande envers notre voisine ? Cela ne vient que s’ajouter à la Suède et l’Islande qui ont été amenées à réviser leur taux de croissance fortement… à la hausse. Quel est le dénominateur commun de ces trois pays ? Leur monnaie nationale, la livre et les couronnes suédoise et islandaise !

Quel est le dénominateur commun de la Grèce, l‘Espagne, le Portugal, et l’Italie ? L’euro ! Certains, et pas des moindres puisqu’ils appartiennent tous au Système, que la sortie de l’euro serait catastrophique et que sortir de l’UE nous condamnerait à disparaître. Sur le graphique ci-contre on a en brun deux pays hors UE, en vert trois pays de l’UE hors zone euro, et puis 6 pays de la zone euro dont la France. Comment peut-on encore faire croire à nos concitoyens que les pays hors zone euro et hors UE sont des pays en perdition ! L’Allemagne talonne seulement le Royaume-Uni, devançant tous les pays du « club Med ». 

Pourquoi la France est-elle cadenassée dans l’UE et l’euro ? Parce qu’elle en est le pilier indispensable qui permet à l’Allemagne de ponctionner tous les pays autour d’elle, par le commerce extérieur, et par l’utilisation de la main-d’œuvre bon marché des pays de l’Est. Le déficit du commerce extérieur français s’est creusé et atteint 48 milliards, et parmi les causes on note la baisse de la production. En Allemagne on devrait dépasser les 250 milliards d’excédent, ce qui crée une différence de 300 milliards entre nos deux pays. Beaucoup de raisons peuvent être évoquées pour expliquer cet écart, mais le plus important est que nous ne vendons plus et nous importons moins. Le volume des échanges diminue. La machine productive française est bloquée. Nos usines disparaissent ou se délocalisent et petit à petit disparaissent du paysage français. Les économistes montrent que le décalage entre l’eurofranc et l’euromark atteint 25% et 10% par rapport au dollar. Les gains de productivité et d’une façon globale de compétitivité ne peuvent encaisser cet écart.

Toutes les belles promesses de nos politiciens du Système ne peuvent avoir un effet suffisant pour redresser la barre sans que nous retrouvions notre monnaie et une dévaluation de l’ordre d’environ 15%, ce qu’a fait le Royaume-Uni avec le succès que nous commençons à constater. De plus la politique d’austérité sur les dépenses, qui ne sont pas sans effet sur le fonctionnement du pays et le niveau de vie des citoyens, ne peut qu’aggraver la situation comme on le constate dans tous les pays du sud de l’UE. Le cas le plus criant est celui de la Grèce. Ce pays est toujours dans l’incapacité de payer sa dette. La nouvelle échéance de 7 milliards ne peut pas être payée avant l’été pas plus que les autres avant. L’Eurogroupe, qui se réunit ce lundi, réclame de nouvelles mesures d’austérité à la Grèce. De plus la tranche de crédit allouée à la Grèce par le FMI (86 Mds) n’est débloquée que si celle-là paye sa dette, or elle ne le peut que si le crédit lui est ouvert. C’est le cercle infernal dans lequel on tient la Grèce qui n’en peut plus et paye sa dette… en empruntant ! C’est le cas bien connu de nous tous en cas de surendettement.

Seule certitude : le pays connaît une véritable paupérisation. Chercheur à l’Institut du Travail, Christos Triandafilou précise que « plus d’un tiers des Grecs sont aujourd’hui en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale; 21,4% vivent déjà sous le seuil de pauvreté. Et il souligne qu’avec les baisses successives des salaires, le seuil de pauvreté a baissé. Il était de 6120 euros en 2007 pour une personne seule, il est désormais de 4512 euros.» Dans ce contexte, le découragement est généralisé : le nombre de chômeurs longue durée a explosé «et eux n’ont aucune indemnité ni couverture sociale.» Selon Christos Koutsaftis. psychologue et psychanalyste, «Les Grecs ne peuvent plus faire de projet d’enfant, de vie… Sur trois ou quatre mois, c’est le maximum.» Pourquoi ? «Il est impossible de construire quand on ne sait même pas si l’on aura encore son emploi dans six mois.» Les salaires ont été divisés par deux, comme les retraites. Les heures supplémentaires ne sont plus payées. Les primes de Noël et de Pâques ont disparu. Des centaines de milliers de salariés grecs sont désormais payés, en partie, avec des coupons alimentaires. Les crédits aux écoles ont été abaissé de 70% depuis 2009. Les villes industrielles se désertifient. Après sept années de crise et trois mémorandums (un quatrième est évoqué avec insistance), la société grecque est en dépression collective.

Le spectre du «Grexit» refait surface alors que l’économie du pays est exsangue. C’est l’Allemagne qui a la haute main dans les discussions sur la Grèce au sein de l’Eurogroupe. Elle ferme l’intervention de la BCE en se retranchant derrière ses statuts qui interdisent d’aider directement les Etats. Mais elle ne veut pas entrer dans le processus d’aide du Mécanisme Européen de Stabilité, entré en vigueur le 27/09/12, qui engagerait ses propres finances. C’est pourtant cet organisme, sorte de FMI européen, qui devrait être en première ligne comme le réclame Tsipras, car c’est justement pour enrayer cette spirale du surendettement qu’il a été créé. Seulement le MES dispose, au sein des 620 milliards de capital exigible des États, de seulement 80 milliards d'euros de fonds propres. Les États garants des sommes prêtées doivent mettre la main à la poche au-dessus de cette somme de 80 milliards. L’Allemagne voit arriver l’Italie, le Portugal, et l’Espagne dont les besoins dépasseront de très loin cette somme de fonds propres. Elle se raidit car c’est elle avant nous qui en serait la première contributrice.

On voit combien, en dehors des divergences multiples entre les pays membres de l’UE, combien l’UE et la zone euro sont au bord du gouffre. Et la question de sortie de l’UE refait de plus en plus surface dans plusieurs pays d’autant plus que la catastrophe annoncée du Brexit s’avère de jour en jour une bonne opération. Aux Pays-Bas à trois semaines des élections législatives, qui pourraient être remportées par le Parti eurosceptique pour la liberté (PVV), l’un des favoris des sondages, les parlementaires néerlandais ont décidé de lancer une enquête, afin de déterminer le sérieux d'un abandon de l'euro par leur pays. Le PVV tient justement un discours très critique sur l'euro : «Nous voulons être les patrons chez nous et avoir notre propre monnaie». L’absence de débat en France sur cette question sera-t-il enfin au centre des joutes entre les candidats officialisés au moins à partir du 17 mars ? On sortirait peut-être enfin de la médiocrité de ceux actuels.
 
L’avenir de l’UE et donc de notre pays est encore un non-débat chez nous 

On nous enferme dans l’inutile en nous transformant en justiciers

Pour le plus grand bien d’un Système qui ne veut pas 

Que la France lui échappe comme les États-Unis !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon