jeudi 9 février 2017

La robotisation, meilleur ami ou ennemi de l’homme ?

Malgré la risée ou le mépris qu’elle inspire, je persiste et signe que la seule prospective politique intéressante de cette première phase de la campagne présidentielle a été énoncée par Benoît Hamon avec son revenu universel. Tout ce qui a été dit par ailleurs n’est que du ressassé, du recuit. Le débat fondamental de l’appartenance de la France à l’UE et à l’OTAN n’a toujours pas eu lieu dans ces primaires de droite et de gauche puisqu’elles ne servent que de propagande au Système. L’exception d’une idée neuve est donc à signaler même si le revenu universel est bien une idée du Système pour généraliser la dépendance du peuple en le faisant tomber progressivement dans cette catégorie des « aidés à vivre ». La présentation qu’en a faite Benoît Hamon est de nature en tuer immédiatement la possibilité d’y rallier les citoyens ayant un minimum de bon sens. Le coût en est insupportable dans l’état actuel de notre économie. Néanmoins il s’agit, derrière celui-ci, d’un problème de fond : l’arrivée en force de la robotisation et des puces électroniques.

Cette arrivée, comme toutes les avancées scientifiques et technologiques, est porteuse de possibilités nouvelles d’améliorer notre vie quotidienne mais aussi de menaces qui peuvent se retourner contre nous. Les exemples passés ne manquent pas, le plus évocateur est sans doute l’arrivée des avancées technologiques dans le domaine nucléaire. Il s’agit d’un grand progrès avec toutes ses applications dans le domaine de la santé, de l’énergie électrique et dans bien d’autres, mais ce fut aussi les armes nucléaires et les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki. A contrario on peut dire que ceci a eu un effet de dissuasion et nous a probablement évité une guerre entre l’URSS et l’Occident beaucoup plus sûrement que la création de l’UE. Cet exemple illustre la complexité des effets primaires et secondaires du progrès qui peut nous assurer la paix et la santé aussi bien que la mort. Mais il n’y a pas plus actuel que le film de Charlie Chaplin, « les temps modernes », pour nous faire toucher du doigt ce que contient ce progrès en cours actuellement, la robotisation et les puces. Ces deux progrès sont porteurs de désaliénation de l’homme au travail, de facilités dans notre mode de vie, d’amélioration de notre santé, etc. mais aussi porteur de chômage, de « déresponsabilisation », de dépendance, d’exclusion, de manipulation cérébrale, de flicage, etc. 

Sous le revenu ou le salaire universel se cache une réflexion profonde sur le devenir de l’homme face au progrès. La machine à vapeur a chassé les diligences, sans grand dommage par ailleurs. L’automobile a chassé les carrioles des paysans, sans grand dommage en dehors de la diminution des chevaux et du crottin pour la culture mais a tué le maréchal-ferrant. L’électricité a chassé la bougie et la lampe à pétrole et ouvert un domaine de progrès infini, mais elle a aussi permis tous ces progrès où l’informatique, internet, l’astronautique, la géolocalisation, ne sont pas des moindres. Sans elle néanmoins les robots et les puces n’existeraient pas et eux ont des conséquences directes sur notre travail et notre dépendance. Peut-être pensez-vous que ce problème se résoudra tout seul avec des emplois qui en remplaceront d’autres. Malheureusement le bilan entrées-sorties du travail n’est pas à somme nulle et l’automation détruit du travail humain. Pire elle finit par surpasser l’homme par sa qualité d’exécution. J’ai passé une partie de ma vie professionnelle à l’expérimenter. L’homme devient de plus en plus remplaçable et la disparition  des standardistes, des poinçonneurs du métro et des caissières de supermarché ne sont que des exemples visibles aux yeux de tous.

Durant les cent dernières années, des millions d'emplois ont été remplacés par des robots en particulier dans l’industrie automobile. Mais aujourd’hui avec la miniaturisation de l’électronique le phénomène s’accélère très rapidement. Une entreprise chinoise remplace 90 % des employés de l'atelier par des robots… et voit sa production augmenter de 250 % ! Pendant le mois de décembre, des scientifiques et des conseillers de l'ancien président des États-Unis Barack Obama ont publié un rapport sur les effets de l'automation sur le marché de l'emploi et l'économie américains. Les experts notent que l'IA présente un potentiel énorme de croissance et de richesse en raison de l'augmentation de la productivité, néanmoins, ils mettent en garde contre les menaces de l'emploi et l'aggravation de l'inégalité des salaires entre les salariés qualifiés et ceux moins qualifiés. Aujourd'hui, l'IA menace de remplacer les chauffeurs de taxi et d'Uber et s'en prendra probablement aux chauffeurs de poids lourds durant la prochaine décennie, une industrie de poids aux États-Unis qui fournit plus 3,8 millions d'emplois. 

Adidas est l'une des firmes qui a déjà annoncé son intention de robotiser entièrement ses usines. Au Japon, Fukoku Mutual Life Insurance, une entreprise japonaise d'assurances, veut augmenter la productivité de son entreprise de 30 % grâce à un projet mené en collaboration avec la filiale japonaise IBM Watson. Fukoku évoque un système de codage automatique d'évaluation de certificats médicaux qui va s'appuyer sur Watson. Ce système va permettre à l'entreprise de se séparer de 34 employés et augmenter sa productivité de 30 %. Les études qui mettent en garde contre la robotisation accrue ne manquent pas, des dizaines de métiers sont menacés de disparaitre et aucune économie n'est prête à faire cette transition pour le moment.

S'il est vrai que l'automation a ses avantages et permet d'atteindre des objectifs impressionnants, il ne faut pas non plus négliger le fait qu'elle affecte négativement le marché de l'emploi. De plus il faut aussi prendre en compte l’amélioration spectaculaire de « l’intelligence des robots » qui deviennent capables d’analyser des situations complexes et de prendre des décisions, de pouvoir échanger entre eux et avec les humains, et bientôt de s’auto-créer. Après avoir touché surtout des emplois non qualifiés, la robotisation va toucher les emplois qualifiés en ne cessant de remonter vers le haut de la qualification. On ne peut envisager l’avenir de l’homme sans y préparer l’humanité à l’avance et les politiques devraient être là pour cela car « gouverner c’est prévoir ». 

Mais on peut aussi parler des puces qui quittent le domaine des produits manufacturés pour s’implanter dans notre corps sous forme de bioimplant. Une puce RFID a été implantée sur des salariés de la société belge Newfusion comme badge d'accès. Le bioimplant en question qui fait la taille d'un grain de riz est inséré dans la main, dans la zone charnue située entre le pouce et l'index. La description ressemble fortement au type d'implant sous-cutané xNT que propose la jeune pousse nord-américaine Dangerous Things. Il s'agit d'une capsule de 12 x 2mm en bioverre. Cette puce a été développée par Amal Graafstra, un biohacker. Lors d'une conférence, il a défendu l'idée que cette technologie est selon lui l'avant-garde d'une évolution de l'humanité. En République Tchèque, Paralelni Polis, une association à but non lucratif qui tient un café, propose cette solution comme mode de paiement de consommations en bitcoin.
À l'évidence, le recours à ce type de technologie dans un cadre professionnel soulève de nombreuses questions quant à la sécurité des personnes et au respect de leur vie privée dans un cadre légal et sanitaire qui n’existe pas. Robots et puces nous donnent le choix entre robot-homme ou homme-robot. L’homme, qui marche sans regarder devant lui, a toutes les chances d’y perdre sa vie. C’est ce que l’on nous invite à faire… pour régler le problème des robots et du chômage ? 


Trop de dirigeants politiques et d'élus ne voient que leur intérêt. 

Ils naviguent à vue dans une société qui court à sa perte

De plus en plus vite dans un monde globalisé 

Où la consommation est un veau d’or

Qui la consume et enrichit 

Ceux qui la manipulent !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon