mercredi 8 février 2017

Haro sur la désinformation au Moyen-Orient

On aurait tendance à penser que la désinformation date d’aujourd’hui, évidemment il n’en est rien. Mais au temps de la Royauté le peuple n’élisait pas son roi, le nouveau Roi n’était connu du peuple que par les guerres et les impôts, la gabelle lui baillait belle. Les nouvelles parcouraient les marchés et les diligences. On savait d’autant moins de choses que la distance au lieu de naissance de l’information était grande et sa vérification plus mal aisée. Pour autant le peu de nouvelles faisait que sur celles-ci la vérification était plus facile et le bon sens était très aiguisé dans un monde essentiellement rural. Le monde d’aujourd’hui implique le peuple dans le choix (libre ?) de son chef mais le flot d’informations dépasse les capacités d’en connaître et d’en vérifier systématiquement la réalité. Il y a trois catégories d’individus qui réagissent différemment face à l’information politique, or en fait pas grand-chose n’échappe à la politique qui envahit aussi bien l’économie, que les arts, les sports, la culture et le mode de vie.

La première catégorie est celle de ceux pour qui les informations se limitent au domaine de la musique, du cinéma, des sports, des jeux télévisés et des SMS. Ils forment une grande partie des citoyens qui ne votent pas ou s’abstiennent. La seconde catégorie est celle du journal télévisé de 20heures, de préférence TF1, Antenne2, BFM WC, ou iTélé, et du film qui va suivre, c’est le citoyen attrape-tout. Il va honnir la Russie et Trump, applaudir à nos exploits militaires, s’émerveiller de la jeune réussite Macron et du salaire universel, applaudir à l’austérité prévue par Fillon, juger catastrophique la sortie de l’euro, etc. enfin réagir en écho au flot de désinformation que prodiguent les « merdias » mainstream. Ceux-là iront voter pour l’un des candidats mis en avant par le Système. La troisième catégorie est celle des fouineurs sur les réseaux sociaux jusqu’au complotisme, qui croisent des infos, qui recherchent les journalistes indépendants et les infos venant de l’étranger, et qui débattent entre eux. Ce sont les emmerdeurs qui pratiquent le droit du peuple à s’informer en toute liberté. Ce sont des empêcheurs de tourner en rond, c’est pourquoi ils doivent être surveillés et leurs libertés restreintes sous peine de voir un autre Trump arriver, un casseur de la machine globaliste qui mobilisera largement les voix de la première catégorie. 

Alors au hasard de l’actualité je propose de regarder une nouvelle information dans le cadre du Bachar-bashing. Amnesty International veut saper les pourparlers de paix inter-syrien et lance une bombe médiatique. L’organisation protectrice des terroristes en Syrie a rendu un « rapport » biaisé et sans fondement. Son récent machin dit « rapport » sur les supposés « crimes » du pouvoir syrien ne se base sur rien comme on le verra plus loin. Repris honteusement par la presse mainstream, ce « rapport » affirme, toute honte bue, qu’entre 5.000 à 13.000 exécutions sommaires ont été menées par le gouvernement syrien au cours des 5 dernières années à la prison de Saidnaya  (Sednaya), une ville de la montagne syrienne près de Damas où la langue araméenne (celle parlée par le Christ) est encore pratiquée par certains habitants. Un enfumage parmi tant d’autres.

  •  Libération: La prison de Saidnaya, centre d’extermination du régime syrien
  •  Amnesty International: Syrie : l’horrible prison de Saidnay
  •  Courrier International: Syrie. Pendaisons de masse à la prison de Saidnaya
  • L’Obs: Tortures en Syrie : « La prison de Saidnaya est devenue un abattoir »
  • Jeune Afrique: Syrie : l’enfer de la prison gouvernementale de Saidnaya raconté par …etc…

En se penchant sur ce « rapport », on constate que, même Amnesty International doute des chiffres. Pire, en très petit sur son site, il est mentionné ce qui suit que la presse mainstream feint d’ignorer :

« Ces estimations sont fondées sur les calculs suivants. Si entre 7 et 20 personnes ont été tuées tous les 10-15 jours de septembre à décembre 2011, le chiffre total serait compris entre 56 personnes et 240 personnes pour cette période. Si entre 20 et 50 personnes ont été tuées chaque semaine entre janvier et novembre 2012, le chiffre total serait compris entre 880 et 2200 pour cette période. Si entre 20 et 50 personnes ont été tuées dans 222 sessions d’exécution (en supposant que les exécutions ont été effectuées deux fois par semaine, deux fois par mois et une fois par semaine ou une fois par mois) entre décembre 2012 et décembre 2015, le chiffre total serait compris entre 4.400 et 11.100 pour cette période. Ces calculs donnent un chiffre minimum de 5336, arrondi au millier le plus proche de 5000, et 13.540, arrondi au millier le plus proche de 13.000 » . On comprend que ces estimations n’ont même pas la valeur du doigt mouillé et qu’il s’agit là d’une opération de bashing montée par ceux qui financent les terroristes. 

Une vidéo de 2009 rediffusée par ARTE donne un tout autre visage de Bachar el-Assad, le boucher aux 250.000 morts qui comptabilisent ceux de la guerre civile fomentée, la création de Daech (encadrant les syriens rebelles que nous armons) et l’aide à Al Qaïda, toutes opérations à initiative américaine auxquelles nous prêtons main forte. Elle nous culpabilise en regardant le contraste entre la Syrie paisible de cette époque et celle d’une Syrie lardée des traces horribles d’une guerre sans merci, économiquement et humainement affaiblie.

Les forces vives de cette nation, qui a vu partir des centaines de milliers de ses ressortissants, sont atteintes pour longtemps. Dans un pays où le français est parlé et où la France était historiquement considérée, nous avons amené la mort, la destruction et le désespoir. Pas de quoi être fier d’être français ! Le Moyen-Orient en Syrie, en Irak et au Yémen, est toujours à feu et à sang. Alors que l’on s’acharne sur Bachar, les milliers de morts au Yémen, dont beaucoup d’enfants, laissent nos « merdias » indifférents et nos politiques sans voix. Même les déclarations alarmistes de l’ONU tombent dans un désert de quasi indifférence. Le Moyen-Orient est un brûlot que nous avons allumé et il peut en sortir à tout moment un conflit majeur. Daech et Al Qaïda reçoivent évidemment toujours de l’aide venant d’Arabie Saoudite et du Qatar mais aussi des USA, du Royaume-Uni. Comment peut-on imaginer qu’une guerre continue sans que l’armement et le financement du djihadisme ne soit pas assuré ? Si Daech a du pétrole, il doit avoir des clients et, si cela ne suffit pas, qui donne ?

Pour gagner cette soi-disant guerre contre Daech, la priorité de Hollande, il suffit de lui couper toute source de financement et d’armement. S’il n’en est pas ainsi c’est que nous le voulons bien. Augmenter le budget de la Défense pour combattre Daech, donc alimenter notre guerre aérienne et nos forces spéciales, est une façade que l’État nous impose de payer tout en refusant d’agir sur les pourvoyeurs du djihadisme auxquels nous donnons des décorations, ouvrons notre pays à des investissements à moindre frais et espérons vendre des armes qui alimentent ceux que nous combattons. La désinformation à laquelle nous nous prêtons ne sert qu’à cacher nos plus sales turpitudes.


La liberté d’exprimer des opinions contraires à la doxa 

Se restreint par la surveillance des réseaux sociaux,

L’état d’urgence, une presse de la pensée unique, 

Et des politiques pressés de trouver le « truc »

Qui va les propulser vers le pouvoir, l’argent, 

Grâce à l’anesthésie de la voix du peuple

Par une désinformation permanente.


Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon