samedi 18 février 2017

Médias, sondages et un produit marketing : Macron

On ne lance pas un produit marketing sans publicité dans les entreprises privées, et, pour les entreprises qui peuvent se payer ce luxe, on y ajoute des sondages flatteurs et on fait passer le résultat dans les médias. En politique il est devenu courant d’en faire de même. Dans le cas de produits mis sur le marché par les fabricants ou les grandes enseignes, on ne se fait aucune illusion sur les résultats des sondages même si l’on sait qu’ils ont tout-de-même un impact sur notre consommation. C’est du marketing.  Autrement dit on sait qu’ils sont truqués mais on se laisse prendre… par bêtise ou paresse de notre esprit. Il en est de même des pubs des magazines et des médias télévisés. Force est de constater qu’ils nous influent… sinon les demandeurs de ces sondages et de ces pubs cesseraient de les payer.

Ce qui marche pour les produits et services à nous faire consommer, cela marche aussi en politique et les partis ou personnalités ne s’en privent pas. Il suffit de payer. Plus ils ont d’argent, plus ils peuvent commander de sondages et de publicités, et plus ils peuvent en influencer le résultat… puisque c’est eux qui payent ou leurs sponsors. Pour les médias il suffit d’avoir l’appui des quatre fortunes qui tiennent la quasi-totalité de la presse française pour bénéficier d’articles valorisants et des unes à répétition dans les magazines. C’est le battage médiatique incroyable dont a bénéficié Macron pour lancer un homme politique propulsé par les banquiers au plus haut de l’Etat. Hors de cela son action s’est traduite par la vente financièrement catastrophique d’Alstom, entreprise stratégique, à General Electric, par une loi travail copie d’une directive européenne orientée vers les lobbies, et par des cars qui concurrencent une SNCF en faillite et augmentent la pollution et l’encombrement des routes. 

Pour les sondages il faut qu’ils puissent truquer les résultats dans le sens qui avantage le payeur. Si les statistiques sont un instrument merveilleux, que j’ai eu le plaisir d’utiliser largement professionnellement, elles demandent une parfaite honnêteté intellectuelle pour ne pas devenir un instrument de manipulation de la vérité. Les sondages politiques ont pour but de donner une image instantanée et fiable des opinions d’une population donnée par une enquête sur un échantillon réduit de personnes. La méthode généralement retenue est celle des quotas. Elle consiste à prendre en compte les différents paramètres qui peuvent modifier les réponses des sondés, par exemple le sexe, l’âge, la catégorie sociale, le revenu, la position géographique, etc. Chacun de ses paramètres  doit avoir un nombre suffisant de sondés le représentant. L’ensemble de ces considérations définit la taille de l’échantillon. En dehors des sondages qui sont faits au cours de dépouillement des votes d’une élection officielle, le nombre de sondés est de l’ordre d’un millier ou plus. Ce sondage est souvent fait par téléphone auprès des personnes retenues.

Si les statisticiens ont bien fait leur travail, les résultats instantanés peuvent assez bien cerner la réalité avec une marge de 2 ou 3%. Le travail a par contre été mal fait dans l’évaluation des candidats à la Présidence des Etats-Unis. La répartition des personnes à sonder s’est basée sur les personnes ayant voté à la précédente élection d’Obama or le candidat Trump a visiblement mobilisé une catégorie d’électeurs qui ne votaient jamais. Ceci n’a pas dû échapper aux instituts de sondage dans les dernières semaines, mais ils ont sciemment évité de reconsidérer leur échantillon de sondés afin de minimiser les résultats en faveur de Trump. On voit donc qu’aussi bien pour Trump que pour le Brexit, les résultats statistiques sont faux soit par erreur volontaire ou non d’appréciation de la population à sonder soit par non prise en compte d’un paramètre important pour le sondage, par exemple l’origine ethnique. Mais une autre façon de truquer les sondages est d’interroger plus ou moins de personnes sur un paramètre dont on sait par exemple qu’il va favoriser un candidat. Par exemple si nous n’interrogez que des parisiens et surtout dans l’arrondissement où habite un candidat, nous allez fausser le résultat. C’est ainsi que Bruno Lemaire, de troisième candidat de la primaire de droite selon les sondages, a fini avec quelques %. 

Afin de maximiser les profits, certains instituts se contentent de copier les résultats des autres et font néanmoins payer leur client, mais ils viennent renforcer l’image produite sur l’opinion publique. Philippe De Villiers a révélé dans un livre l’influence qu’il avait pu avoir sur un sondage en faisant tripler le résultat en sa faveur grâce à un sponsor qui a payé l’institut de sondage. Lorsqu’un candidat sort brutalement de l’ombre  pour arriver en pleine lumière comme un météore, on est souvent dans le cas d’un battage médiatique extrême et de sondages truqués. Il semble bien que l’élection présidentielle 2017 n’échappe pas à ces manipulations de l’opinion. Alors le look, la nouveauté du candidat suffit à occulter la présentation d’un véritable programme. C’est le cas typique d’Emmanuel Macron. C‘est paroles, paroles et flou artistique. Ce flou, ce trouble, cet embobinage, on les a retrouvés cette semaine lors de trois déclarations plus ou moins commentées. Lundi, Macron affirmait que la colonisation avait été un « crime contre l’Humanité ». Mardi, il se réjouissait sans pudeur de la ratification par le Parlement Européen du traité de libre-échange avec le Canada (le Ceta). Mercredi, il estimait que le « mariage pour tous » était une « humiliation » pour bon nombre de Français. Vous l’avez compris, chacune des phrases s’adresse à un public différent. Celle sur la colonisation s’adresse à la gauche et aux Français d’origine africaine, celle sur le Ceta à la droite classique, et celle sur le mariage pour tous à l’extrême droite. Telle est la stratégie du candidat Macron, cirer les pompes de chacun en espérant qu’on ne retiendra que ce qui nous plaît. Et dans tout ça, toujours pas une once de proposition, juste de simples postures.

Certains d’entre vous sont peut-être encore persuadés que les sondages, publiés par des médias aux ordres, sont fiables et non truqués. Ceux-là ont l’avantage de pouvoir dormir sereinement mais je vous propose un autre petit sondage qui vous donnera des résultats troublants et assez différents. On nous dit que désormais les réseaux sociaux donnent plus d’indications que les articles, débats et sondages publiés. Alors essayons de regarder ce que donne la consultation de la page des candidats sur Facebook le 18/02 et, pour éviter de compter des curieux qui ne sont pas convaincus par ceux-ci, ne retenons que les « je t’aime ». Croyez-vous que ces résultats sont moins « vrais » que ceux des sondages ? Je n’en suis pas sûr même si je sais que la consultation de Facebook n’est pas identique suivant les âges, le sexe, la catégorie sociale, etc. Il y a évidemment des biais à ce résultat. 

J’ai pourtant l’impression que le battage entre Macron et Fillon est disproportionné par rapport à la réalité, ce qui entache gravement le processus démocratique au détriment surtout des candidats qui n’accèdent que peu aux grands médias, comme Nicolas Dupont-Aignan, et pratiquement jamais pour François Asselineau. La fusée Macron est médiatique mais elle apparaît d’une grande fragilité car l’intérêt réel de l’électeur ne semble pas à la hauteur des sondages. De grandes surprises peuvent encore sortir des urnes comme aux États-Unis.
 
La désinformation ne cesse de nous cerner de toutes parts. 

Ses instruments sont les médias et les sondages

Mais le coupable est l’argent qui les agite. 

Les candidats sont alors ses vassaux

S’ils vendent leur âme au diable 

Qui exercera le réel pouvoir !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon