dimanche 23 octobre 2016

L’UE en phase terminale, Germexit ?



Quatre évènements majeurs ont touché l’UE depuis deux ans, la mise en faillite de la Grèce, la guerre en Syrie, le flux migratoire devenu flot migratoire et le Brexit. Ces quatre évènements sont la source de clivages profonds entre les nations, clivages pour lesquels le climat d’insécurité, l’austérité à l’allemande et le ralentissement de l’économie, servent d’exutoires à la colère des peuples et au rejet des responsabilités entre les dirigeants européens. Bref l’UE part en quenouille. L’Italie et l’Allemagne s’affrontent à propos de leurs banques, l’Allemagne et la France font encore croire qu’elles marchent ensemble mais le flot migratoire les divise, l’Europe de l’Est et les Pays Baltes veulent plus de soldats et de missiles américains sur leur territoire, la Hongrie et le Danemark rejettent les migrants, le TAFTA et l’attitude envers le Royaume-Uni jettent la bisbille en son sein, etc. L’UE ne tient que par la dépendance aux Etats-Unis qui la manipulent monétairement, économiquement et militairement.

Mais quand la mayonnaise ne prend plus, ses éléments se séparent… La mayonnaise Europe offre tous les symptômes de la décomposition parce que les conditions nécessaires à sa prise n’ont pas été réunies au départ. Il ne sert plus à rien d’agiter frénétiquement la fourchette dans le bol, c’est trop tard. Mais qui osera dire qu’il faut tout recommencer ? La position de la « pensée unique » est claire, la mayonnaise même tournée reste le meilleur accompagnement de notre pays. Selon eux, les 9 milliards du solde des allers-retours de notre argent vers Bruxelles, payés par les citoyens français, valent la peine de consommer la mayonnaise ratée. Pour les autres partis, les positions anti-européistes sont plus floues. En gros, c’est « il faut renégocier les traités, après on verra ». Malheureusement désormais le temps presse, car la colle qui liait les Etats adhère de moins en moins, et il faut voter les modifications à l’unanimité des 28, ou 27 dès la demande officielle de sortie du Royaume-Uni. Le FN parle de référendum, en cas d’échec, proposition très électoraliste, mais le Président élu sur une proposition de sortie de l’UE, aura la légitimité nécessaire pour agir à moins que, cas très peu probable, le nouveau Parlement s’y oppose. 

Seul l’UPR, le parti de François Asselineau, est clair sur ce point, mais il a très peu de chances de remporter la Présidentielle. Son mérite sera de défendre une vraie solution d’avenir pour la France et de montrer que le Frexit, comme le Brexit, est possible et n’engendre pas la catastrophe annoncée. La France est probablement vouée à ne pas prendre de décision courageuse qui lui redonnerait une vraie souveraineté dans sa politique monétaire, socio-économique et étrangère. Pourtant les écarts entre les pays de l’UE ne cessent de s’agrandir par rapport à l’Allemagne contrairement aux prévisions du rapprochement que l’on nous a vendu à sa création. L’Allemagne est le problème de l’UE car c’est elle qui capte l’essentiel des économies des autres pays et il est difficile de lui reprocher d’avoir choisi les bons créneaux industriels, les bons investissements pour augmenter la compétitivité, et de profiter des salaires bas de pays proches. Mais le pompage touche à sa fin car l’accumulation des richesses finit par ne plus trouver son utilisation dans le circuit productif mais dans la spéculation qu’alimentent les banques centrales dont la BCE. Dans le même temps les autres pays européens s’appauvrissent et les importations diminuent, freinant l’exportation allemande.

De plus l’Allemagne est le principal contributeur au budget européen. Elle a compris que la Grèce, bien que ce soit un petit pays, était un révélateur de ce qui pouvait l’attendre. Elle a été le principal pays acteur dans la crise grecque. La Grèce est en survie et en tutelle. Si elle peut désormais afficher un excédent primaire (donc non compté la charge de la dette) dans son budget, sa dette ne cesse de s’augmenter. L’Allemagne sait que l’effacement partiel de celle-ci sera non seulement une charge à laquelle elle devra faire face mais que de nombreux pays demanderont aussi cet allègement. Elle le refuse catégoriquement pour l’instant à la Grèce mais la situation s’aggrave ailleurs et il faudrait envisager une solution globale de remise à niveau de type gestion État-régions. Cela représenterait environ 8% de son PIB, ce qui est insupportable pour ce pays. L’Allemagne n’a pas caché ses critiques sur la gestion des pays du « Club Med » et tout ceci génère depuis plusieurs années un autre raisonnement de sortie de crise dont j’ai parlé il y a longtemps. 

Les milieux financiers et gouvernementaux allemands réfléchissent sur une nouvelle Europe centrée sur l’Allemagne et ses principaux partenaires dans sa zone d’influence, pays du Nord et de l’Est. Les rencontres pour en revenir au schéma des six pays fondateurs, rencontres entre l’Allemagne, la France et l’Italie, sont plus de la communication qu’une issue pouvant aboutir. Le poids France-Italie dans une Europe-trognon où les liens socio-économiques seraient renforcés serait encore une charge trop lourde pour l’Allemagne. Il est beaucoup plus intéressant pour l’Allemagne de faire valoir un mark avec des plus petits pays performants, peu endettés et dans sa sphère d’influence. Ce sont les informations qui commencent à sortir dans la presse spécialisée avec une donnée nouvelle liée à la refondation inévitable du système monétaire mondial.

Le schéma étudié par l’Allemagne est celui d’une nouvelle entité par rapport à la zone euro, la zone mark-or, qui comprendrait, outre l’Allemagne, des pays comme la Suède, le Danemark et l’Autriche. Ce schéma apparaît comme très plausible, laissant à la France le soin d’être leader de la zone euro restante… si elle le veut. Le couple France-Italie dominerait cette zone mais avec un euro encaissant un réajustement profond par rapport au dollar, ce qui pourrait permettre de doper leur compétitivité. Nul doute que ce schéma bouleverse l’UE et ce n’est en fait qu’une sortie de l’UE par l’Allemagne, une sorte de « Germexit ». C’est une autre Europe qui se profile. Elle se morcèlerait en trois zones, une zone d’influence britannique avec la livre sterling, anciennement celle de la zone libre-échange à laquelle participait la Suisse, une zone d’influence allemande avec le mark-or, une zone méditerranéenne « club Med » avec l’euro. Le fait monétaire majeur est le rattachement du mark à l’or, idée confortée par le rapatriement de l’or allemand des entrepôts étasuniens et l’achat massif sur le marché de l’or comme le font la Russie et la Chine. Par contre la survie de l’euro est beaucoup moins sûre et les États seront poussés à reprendre leur monnaie nationale peut-être elle aussi liée à l’or. 

Mais il y a une autre raison à l’éclatement de l’UE, c’est la guerre des occidentaux contre l’ « ennemi désigné », la Russie. L’UE, derrière les États-Unis, s’oppose et sanctionne celle-ci. Les États-Unis trouvent un écho favorable dans l’Europe de l’Est parmi lesquels les souvenirs de l’URSS ont laissé des traces. La Russie se sent menacée par l’arrivée des missiles et des troupes à ses frontières ou proches d’elles. Par ailleurs les tentatives de Poutine pour se rapprocher de l’UE ont reçu une fin de non-recevoir. Pourtant le sentiment russophobe des peuples de l’Europe de l’Ouest, même exacerbé par les médias, n’est pas si fort car le sentiment de vassalité aux USA fait réfléchir à une position plus équilibrée. En conséquence Poutine va mener une politique tendant à disloquer l’UE en liant des rapports privilégiés avec certains pays, comme la Grèce et la Serbie qui ont des liens historiques, dans l’espoir de retisser des liens forts avec l’Europe dans une vue gaullienne de l’Eurasie. 

L’UE, le simple vassal d’un mondialisme effréné, 

Manipulée par une Cabale judéo-anglo-saxonne
 
Des banquiers et des grandes multinationales, 

Va vers sa dislocation mais pas forcément

Vers le maintien des États ni même vers 

Le retour à leur souveraineté ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon