vendredi 28 octobre 2016

France : 2 - Royaume-Uni : 4


Hollande prévoyait France : 4 – Royaume-Uni : 0. De quoi s’agit-il ? De la croissance du troisième trimestre dans ces deux pays, +0,2% pour la France, +0,4% pour le Royaume-Uni. Le résultat du match est sans appel et le coq gaulois se cache la tête sous les plumes qui lui restent. Le Brexit était soi-disant une folie du Royaume-Uni qui allait le mener à la ruine. On ne donnait pas cher de la peau du lion. La City allait être ravalée au rang de bourse secondaire européenne et Paris allait la récupérer. Les sociétés ayant leur siège social à Londres allaient revenir vers le continent et la France les récupérer en déroulant un tapis rouge. Tout en déplorant la sortie du RU qui affaiblirait l’union Européenne, le Président se frottait les mains à l’idée de voir la blanche Albion repasser derrière la France. Néanmoins il brandissait des menaces en prédisant une guerre sur les conditions de sortie de ce pays. « Rien ne leur sera épargné » disait-il. 

Il faut dire que Cameron de son côté jouait le jeu de la catastrophe annoncée, mais je reste persuadé qu’il jouait un rôle très hypocrite. En effet, vu ce qui attend l’UE avec le flux migratoire, la faillite des banques italiennes, allemandes, portugaises, espagnoles, et pourquoi pas françaises par effet systémique, et les difficultés des Etats du « club Med », il ne fait pas bon de rester dans une organisation communautaire et solidaire. Sa défaite ne l’a visiblement pas marqué. Le grand jeu avait pourtant été déroulé. Dans une tribune au Times, le chancelier de l'Échiquier, George Osborne, sortait l'épouvantail: «quitter l'UE équivaudrait à s'automutiler». «Il y aurait moins de commerce, moins d'investissement et moins d'affaires. S'il quitte l'UE, le Royaume-Uni serait appauvri pour toujours. Les familles britanniques seraient plus pauvres de façon permanente aussi», insistait le ministre. 

On ne comptait plus le nombre d’économistes français européistes qui prévoyaient la catastrophe britannique. Le peuple du Royaume-Uni vient de nous donner une leçon de pragmatisme et de démocratie. Au contraire de Sarkozy qui a ignoré purement et simplement le vote des français contre le traité constitutionnel de l’UE, le chef du gouvernement britannique a tonné haut et clair que le vote du peuple ne demandait même pas celui du Parlement : « Brexit is Brexit ». La date de mars pour la signature de sortie conformément à l’article 50 des traités européens vient d’être annoncée. Parallèlement des accords commerciaux bilatéraux sont en cours non seulement avec tous les pays du Commonwealth mais avec d’autres comme la Chine et l’Inde. Le Royaume-Uni vogue de nouveau sur le grand large et montre que l’on peut être géographiquement dans l’Europe et se passer d’une organisation supranationale, à vocation fédérale conduite pas à pas, et d’une monnaie unique. Ces deux choix s’avèrent d’ailleurs aller vers un appauvrissement général excepté l’Allemagne pour l’instant, même si certains pays de l’Est y trouvent encore leur compte. Le Royaume-Uni regarde désormais vers son ancienne zone de libre-échange et lorgne vers la Norvège et la Suisse, retrouvant ainsi les bases d’associations à base strictement économique. 


La plupart des médias ont fait comme si le Brexit devrait signifier la fin immédiate de l’économie britannique, une "mort subite" en somme, et ils ont pris dans l’ordre comme indicateurs ou preuves de cette "mort subite" : les cours de la bourse de Londres, le cours de la Livre britannique, et enfin les indicateurs classiques de la bonne ou mauvaise santé d’une économie nationale (taux de croissance, taux de chômage, etc.). La gifle que leur inflige le Royaume-Uni fait mal et la France fait doublement pâle figure après l’annonce « presque triomphale » du +0.2% de croissance du 3ème trimestre, signifiant soi-disant que la reprise économique est définitivement actée. L’aveu de la probabilité de non-atteinte du 1,5% du budget 2016, probablement 1,3% au mieux comme annoncé par les économistes sérieux, ne vient pas changer les promesses gouvernementales. Tout est sous contrôle, on le voit, et le 1,7% prévu en 2017 sera tenu… comme le 1,5% de 2016. Michel Sapin est l’ « enfumeur » officiel délégué aux mensonges gros comme lui. 

Le coq gaulois doit accepter de se regarder dans la glace et cesser de croire ceux qui lui promettent les plus belles plumes, car il se déplume lentement mais sûrement sous l’action des plumitifs de l’ENA. Les chiffres de comparaison avec le RU sont terriblement vexants alors que nous avons des populations assez comparables. Les principaux indicateurs sont en notre défaveur sauf l’indicateur de productivité. Le français est plus productif mais à quoi cela lui sert-il ? A lui rien, sinon le « burn-out » mais ce n’est pas perdu pour les employeurs, sauf que ceux-ci croulent sous des charges sociales, impôts et taxes qui les rendent moins compétitifs sur le marché extérieur et augmentent les prix à la consommation intérieure.

Tout n’est évidemment pas parfait de l’autre côté de la Manche en particulier dans le système de santé, la dette publique, la disparité des revenus et la pauvreté. Mais le dynamisme de ce pays est évident, l’emploi est plus facile que chez nous et la part du gâteau par habitant est plus importante. Le Brexit a fait baisser la livre sterling de 20% par rapport au dollar et de 15% par rapport à l’euro. L’essentiel des achats indispensables se faisant sur les produits intérieurs, comme les alimentaires, le consommateur anglais ne voit qu’une augmentation très partielle de la baisse de la monnaie. Par contre le commerce extérieur est dopé, le prix de l’immobilier trop cher à Londres baisse au profit de l’accession à la propriété et les touristes affluent. C’est sûrement, malgré ou plutôt grâce au Brexit, une croissance d’au moins 1,7% qu’affichera le RU en 2016 quand nous espérons 1,3% désormais. Malheureusement nos énarques marchent tous dans le même sens sur la ligne reliant Washington-Bruxelles-Berlin et le coq gaulois reste toujours entravé au piquet de l’UE et de l’OTAN. 

Il n’est pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Le mythe de l’Europe du bonheur perdure 

Et les mensonges ne cessent de grossir

Pour anesthésier le bon sens et 

Le vote de nos concitoyens ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon