samedi 29 octobre 2016

Calais-Vintimille : l’incohérence française

La jungle de Calais est vidée de ses « migrants » dans l’urgence et manu-militari même si un ou deux milliers d’entre eux se sont répandus dans la France et en dehors de tout contrôle. Ils reconstituent des jungles ailleurs et pour beaucoup d’entre eux n’ont pas l’intention de s’insérer autrement que sous une forme illégale avec en tête l’espoir de rejoindre le Royaume-Uni. D’ailleurs un certain nombre ont des passeurs bénévoles ou non dans nos ports de la Manche, de la mer du Nord et de l’Atlantique. Dans mon petit coin de Bretagne préféré, les bateaux pour traverser le Channel ne manquent pas et les plaisanciers sont nombreux à faire l’aller-retour dans les ports de Cornouailles. Je soupçonne même le gouvernement français d’être au courant et de se garder de surveiller ce trafic, une manière discrète d’évacuer des « migrants » vers ce pays réticent.

Car c’est bien là l’incohérence de la politique migratoire française. Nous sommes vent debout pour demander aux britanniques d’ouvrir plus largement leur porte et de prendre en charge tous ceux qui veulent les rejoindre depuis Calais ou Dunkerque, les traitant presque de racistes et d’inhumanité. Par contre nous bloquons la frontière devant Vintimille et nous ramenons en Italie tous ceux qui sont passés illégalement et trouvés sur la Côte d’Azur. Nous surveillons désormais l’arrière-pays niçois pour bloquer les migrants qui ont évidemment compris qu’arriver en France par le train était désormais impossible. Comment la France peut-elle être crédible vis-à-vis de nos partenaires anglais et italiens quand elle pratique une politique incohérente avec la pression sur l’accueil britannique et le blocage des migrants venant d’Italie. Comment peut-elle justifier un blocage à Menton et une demande d’accueil à Douvres ?

Cette incohérence est significative d’un manque de politique migratoire qui ne se borne qu’à discuter des quotas avec l’UE et à chercher les solutions pour accueillir tous les migrants sans que cela ne génère un refus massif par le peuple français. On repousse vers le nord et on bloque vers le sud. On bafoue le traité de Schengen au nom de l’urgence à Menton mais on fustige les hongrois qui dressent un mur. Cette attitude erratique et au jour-le-jour laisse la population française en proie à sa conscience qui fustige le flux migratoire mais croule d’humanité devant des cas dispersés de détresse. C’est ce que l’on a vu à Calais et que l’on voit dans l’arrière-pays niçois, où les gestes humanitaires vont jusqu’à pratiquer l’illégalité. Un reportage récent montre l’accueil des migrants par des habitants de cet arrière-pays. Comment résister à l’appel des hommes en détresse, car ce sont surtout des hommes ? Mais cela va plus loin, certains vont jusqu’à servir de passeur entre la France et l’Italie, et organisent le cheminement des arrivants pour leur permettre de traverser la France. 

C’est illégal, la gendarmerie veille et déferre à la justice les français pris en flagrant délit d’illégalité mais évidemment ce transfert ne fera que grossir comme grossit l’arrivée sur les côtes italiennes de milliers de « boat-peoples ». Si l’attitude humanitaire est compréhensible en aide immédiate, elle ne peut aller dans l’illégalité sinon le pays finira par aller à vaux l’eau, ce qui est commencé. La remise des clandestins, après l’aide d’urgence, à la force publique est un devoir de citoyen. Par ailleurs tous ces mouvements humanitaires dans la durée ne font que créer un appel d’air qui grossit encore plus le flux migratoire. Ce que constatent les migrants se répand par satellite dans toute l’Afrique et l’Asie où existent des flux d’émigration. L’aide humanitaire est légale s’il n’y a pas paiement des services. Cette frontière du droit ouvre en fait toutes les portes. Seule l’aide immédiate à 24h ou 48h devrait être autorisée. 

Plus les organisations humanitaires ou les aides spontanées sont intervenues dans la jungle de Calais, plus l’État s’est retiré de sa responsabilité humanitaire et sanitaire. C’est l’État qui aurait dû supporter le poids de la prise en charge de la jungle, il ne l’a fait que sous la pression de sa mise en demeure par l’UE. L’État a laissé se développer une situation sanitaire et sécuritaire qui a empoissonné toute une ville et ses alentours et la dispersion des migrants dans toute la France n’est pas une solution pérenne. Le nombre de demandeurs d’asile explose avec 100.000 à prévoir en 2016, comme a explosé celui des arrivées en Italie. Mais la plus grande partie de ces demandeurs sont peu ou pas qualifiés et nous n’aurons pas ou peu de travail à leur donner. Ils seront donc à charge à vie de la communauté française. De l’avis des autorités onusiennes, la majorité des migrants hautement qualifiés se dirigent vers les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie. II est d’ailleurs symptomatique de voir les allemands hautement qualifiés fuir en masse leur pays qui accueille un peuple de remplacement. Par ailleurs la France n’a pas de déficit démographique comme l’Allemagne et même le Royaume-Uni et le chômage y est deux fois plus élevé. 

Que deviennent les migrants de Calais qui sont loin d’être tous des « réfugiés » chassés par la guerre, mais, pour la majorité d’entre eux, des migrants économiques ? Ils risquent d’être placés en centre de rétention mais se retrouveront rapidement à la rue. Que deviennent parmi eux ceux qui sont des demandeurs d’asile ? Le graphique ci-joint est clair et montre que les Centres d’accueil et d’orientation et les Centres d’accueil des demandeurs d’asile (CADA) ou les Hébergements d’urgence sont loin de résoudre le problème des migrants. En fait on peut espérer que seulement moins de 29% (0,8 * 0,36) d’entre eux auront le statut de « réfugiés » et auront les mêmes droits et devoirs qu’un citoyen français. Que deviendront les autres 71% ? 51% devront quitter les CADA au bout d’un mois avec obligation de quitter le pays sauf s’il peut y être en danger. Ce qui veut dire que la plupart d’entre eux resteront en France et rejoindront les non-demandeurs d’asile ainsi que les 20% qui ont finalement renoncé. 

Si l’on part sur un chiffre optimiste de 70% des 6000 migrants de Calais demandant l’asile et hébergés en CAO, soit 4200, on n’aura que 1200 migrants régularisés en « réfugiés ». C’est 3.000 migrants qui erreront en France cherchant désespérément pour la plupart une sortie vers le Royaume-Uni. Sans ressources, privés de vie sexuelle, ces migrants deviendront le cancer de la France et, parmi les musulmans qui sont les plus nombreux, il y aura un recrutement tout trouvé pour les Frères Musulmans et le djihad. Ne comptons pas sur une réelle volonté d’intégration, ni même d’insertion. Le démantèlement de Calais, c’est 1200 migrants à aider socialement et 3000 vagabonds que nos SDF n’accueilleront pas avec plaisir alors qu’ils n’ont pas la chance que l’on s’intéresse ainsi à eux. 

La France n’a même pas un capitaine pédalo 

Mais un capitaine qui pédale dans l’eau, 

L’eau boueuse de la pire servilité 

A l’Allemagne, l’UE, l’OTAN, 

Qui tiennent son cap ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon