lundi 4 avril 2016

Dix-sept ans d’impérialisme américain



En ce 4 avril nous apprenons par Wikileaks que la dépouille de la Grèce est mise aux enchères et il y a dix-sept ans aujourd’hui qu’a débuté la longue série des guerres et des agressions de l’Otan visant à obtenir des changements de régime ; le 24 mars 1999, l’Otan a commencé à bombarder Belgrade. Peu importe comment on juge le conflit d’alors car la violation du droit international intervenue à l’époque perdure encore aujourd’hui. Derrière le FMI, qui prédit une faillite imminente de la Grèce, histoire de faire pression sur l’UE si celle-ci ne met pas plus la main au pot de l’aide à la Grèce, il y a évidemment les États-Unis et ses banquiers qui ont mis une proche, Mme Lagarde, à sa tête. Dans les deux cas on retrouve la patte de l’impérialisme américain qui fait fi des règles internationales, officialise le droit d’ingérence et continue la création d’une Europe à sa solde. 

Dix-sept ans après le bombardement de Belgrade du 24 mars 1999, il ne reste presque personne pour ignorer encore le résultat – le mélange de bases américaines, de bordel et de centrale mafieuse connu sous le nom de Kosovo – qui est la conséquence de cette action. À l’époque, l’Otan s’est posée à la fois en juge et en bourreau, et les États ayant participé au crime ont depuis lors, dans des compositions diverses, laissé une large traînée de sang autour du globe. En Grèce, le 26 janvier 2015 Alexis Tsipras, nommé Premier Ministre, s’apprête à affronter la troïka UE-BCE-FMI pour sortir la Grèce de la faillite. Coincé par sa promesse faite à son peuple de ne pas sortir de l’euro, il est rapidement mis sous la tutelle de la troïka, trio avec lequel en tant que candidat il s’était engagé à ne plus négocier. La situation de la Grèce est entre les mains des banquiers malgré un déficit primaire devenu nul mais une dette encore plus colossale de 180% du PIB, un patrimoine pillé et un peuple exsangue submergé par une immigration programmée. De plus le Grexit devient beaucoup plus difficile qu’au début 2015 alors que le Brexit possible de juin va monopoliser l’attention de l’UE au bord de l’explosion. 

Le 26 mars 1999, un grand concert de solidarité du compositeur Mikis Theodorakis a eu lieu à Athènes, sur la place Syntagma. Auparavant, il a publié dans le quotidien grec To Vima un texte qu’on ne peut rétrospectivement que qualifier de prophétique. Je me permets de vous en proposer quelques extraits de ce texte publié par le Saker allemand. « Les événements en Yougoslavie nous ont surpris. Moins les bombardements en soi – nous nous y étions habitués avec la guerre du Golfe – mais beaucoup plus l’irruption d’une NOUVELLE ÈRE sur la scène internationale. Une ère qui jette aux poubelles de l’Histoire l’époque qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, celle qui a établi les règles internationales dans le cadre desquelles nous avons vécu pendant la dernière moitié de ce siècle, et cela à des conditions qui avaient été acceptées par tous. 

Les années qui ont suivi la chute du nazisme et la fondation des Nations Unies n’ont assurément pas été idylliques ; la plupart d’entre elles ont été marquées par les rivalités de la Guerre froide, la menace atomique et d’innombrables conflits de toutes sortes qui ont coûté d’innombrables victimes à l’humanité. Le grand vaincu de cette période est le communisme, tant dans sa forme étatique que comme idéologie et domination d’un parti. Les efforts de deux siècles de recherche et d’application de l’idéal socialiste, dans le but de construire une société plus juste et plus humaine, se sont écroulés en une seule nuit et ont installé le capitalisme en vainqueur au centre de la forteresse du communisme, à Moscou, et de là, dans tous les pays du socialisme réel, à quelques exceptions près. 

La proclamation des États-Unis comme unique superpuissance en a été la conséquence naturelle. Pour eux, il n’y a plus d’adversaire à craindre, tandis que, parallèlement à cela, leur pénétration et leur domination économique ne se heurtent plus à aucun obstacle sérieux. L’Europe qui émerge de l’union monétaire ne peut pas être considérée comme un adversaire sérieux de la domination mondiale des États-Unis, puisque les fonds américains ont veillé à pénétrer profondément l’économie européenne et à jouer un rôle essentiel et déterminant dans les décisions économiques de l’Europe. Les intérêts économiques, les marchés, les réserves pétrolières et la garantie d’un fonctionnement normal par les sociétés supranationales, ainsi que tout ce qui a à voir avec le contrôle intégral des États-Unis sur toutes les zones périphériques du globe : rien de plus normal, que tout cela ne soit assuré que par une puissance économique sans concurrence, mais aussi par une concentration des moyens de destruction sans précédent dans l’histoire de l’humanité. »
« Que veulent les États-Unis sinon imposer leur volonté et leurs intérêts presque sans contrôle à toute la terre ? […] Ce qui apparaît automatiquement, en fait, ce sont les facteurs économiques de l’industrie de l’armement, dont on sait qu’ils constituent l’élément essentiel du développement, tant aux États-Unis que dans les grands pays européens, et qu’ils font des affaires en or sur ce nouveau théâtre militaire : chacun peut donc prétendre que ces intérêts se cachent tout simplement derrière les bombardements. » « Et ce message est clair :
le droit international, tel qu’il a été défini dans les statuts de l’ONU, est aboli,
le sens et la substance de la souveraineté des États sont abolis,
l’équilibre de l’ordre mondial est aboli. 

Qu’est-ce qui est proposé à la place ?
Une nouvelle Sainte Alliance avec les États-Unis à sa tête, entourée des pays européens les plus puissants, pour fonder le nouveau directoire qui utilise le cadre de l’Otan pour attirer les autres pays d’Europe dans le piège et les neutraliser. La Sainte Alliance proclame l’Otan, c’est-à-dire son organe guerrier, comme sa plus haute instance, dont les nouveaux principes constituent la seule loi à laquelle tous les peuples du monde doivent se plier. La découverte de la sensibilité humaine [a pour but…] non d’obtenir une soumission, mais une identification enthousiaste, comme on la voit d’ailleurs chez les Américains, une identification qui, à mon avis, dépasse de loin les seules réalisations économiques et autres. Cette identification se reflète dans l’opinion publique des pays européens, chez les acteurs politiques, sociaux et autres, et même au sein des gauches européennes : il est tout simplement impossible que d’un instant à l’autre, tous soient frappés de cécité collective, qu’ils ne voient ni ne comprennent ce qui est évident, et qu’ils justifient cette concentration de moyens d’une destruction massive et sans précédent d’individus, de populations et de services humanitaires. Comme si les Balkans et leurs habitants étaient le lieu et les enfants d’un dieu inférieur qui ne les concerne pas. Là, parler encore de destruction écologique sonne comme une plaisanterie de très mauvais goût. » 

Dix-sept ans après on est frappé par la justesse de l’analyse au vu du déroulement des évènements où la guerre s’infiltre partout sous les prétextes touchant aux plus précieuses valeurs d’humanisme et de démocratie des peuples européens. Ce sont les alibis, d’ailleurs de moins en moins utiles, pour officialiser le droit d’ingérence. Les banquiers et les industries de l’armement tirent de la guerre les meilleurs profits en violant sans complexe les valeurs les plus chères de notre civilisation comme Hollande en Arabie Saoudite. Les faux combats et attentats, vendus comme vrais à l’opinion publique, ne le cèdent en rien aux fausses affaires, ou connues depuis longtemps mais utilisées au bon moment en arme de guerre, comme celle du Panama qui vient d’éclater. Comme par hasard, on ne va trouver aucun ressortissant américain mais des têtes d’affiche européennes et russes. Quand on sait que le plus grand paradis fiscal est aux États-Unis, on comprend pourtant que l’on se fout du monde, mais qui connait le petit État du Delaware ?  Hollande est en première ligne pour tirer parti de l’évènement qui va lui permettre de montrer l’efficacité de son gouvernement à un peuple épris de justice… Un « fake » de plus pour gagner… mais il est trop tard, tout est éventé, tout sent l’arnaque, l’enfumage et le mensonge. 

Dix-sept après rien n’a changé et l’impérialisme continue. 

Le Kosovo, pays maffieux, a ses bases de l’OTAN.

La Grèce n’est qu’aux mains des banquiers. 

Austérité, Immigration, OTAN, TAFTA

Sont les armes de la soumission 

D’une Europe rêvée

Mais pillée !
 
Claude Trouvé 
Coordination MPF du Languedoc-Roussillon