vendredi 29 avril 2016

Deux exemples de manipulation de l’information (3ème partie)

Il m’est apparu intéressant, avant de développer un deuxième exemple, de jeter rapidement un œil sur l’actualité qui nous fournit jour après jour l’occasion de découvrir l’ampleur de la désinformation. Par exemple l’affaire des Panama Papers nous fait voir combien la disparition des paradis fiscaux, dont on nous a rabattu les oreilles, était une simple mascarade. Même David Cameron a été pris par erreur due à la précipitation dans la nasse avec nos banques comme la Société Générale, où en même temps que le PDG de cette banque jurait sur l’honneur devant les élus que sa société n’utilisait plus les paradis fiscaux, ses dirigeants créaient plus de 900 sociétés offshore au Panama. Mais pire encore il s’avère que ce scandale a été volontairement éventé par la CIA et des services allemands, pour faire rapatrier les sommes planquées en euros vers le dollar, en perte de vitesse. En effet les États-Unis disposent du plus grand paradis fiscal sur leur territoire au Delaware et viennent d’en ouvrir un autre au Nevada, ce qui vient de permettre à la Banque Rothschild d’y mettre son siège. Ne vous étonnez donc pas de ne voir que très peu d’américains et d’allemands pris au piège. Concluez simplement que l’on se moque de nous. 

Il y a jusqu’aux embellies distillées aux français par leur Président, méprisé par 80% d’entre eux, qui sentent la désinformation. En plus l’interprétation mensongère des chiffres du chômage, il y a celle du contrat mirifique des 24 sous-marins vendus à l’Australie pour 37 milliards. Que nenni. D’abord le contrat n’est pas signé, nous sommes dans la phase de discussion exclusive, comme nous l’étions pour l’Inde avec les Rafale. L'Inde souveraine a décidé d'annuler l'achat initial de 126 Rafale et de ne pas donner suite au récent accord supposé pour l'achat de 36 Rafale... On voit ce qu’il en est sorti. Ensuite c’est 37 milliards de dépenses pour l’Australie et 12 milliards au mieux pour nous, ce qui n’est tout-de-même pas mal, mais répartis sur 15 ans soit 0,8 milliard par an. Ceci relativise le discours triomphant où le « qui fait quoi » n’est pas encore clairement établi. C’est donc un enfumage par déformation de la vérité. De plus rien ne dit encore que tout cela ira au bout.

Mais sur le sujet du nucléaire, la distillation de la peur est la tarte à la crème de la complicité entre la politique et les médias. Jugez plutôt ce grand titre sur Atlantico : « Les cancers de la thyroïde en France sont-ils liés à Tchernobyl ? ; lait radioactif : un scandale sanitaire en Biélorussie ? » Ce titre est une ouverture à la suspicion et à l’inquiétude, qui reste si vous vous contentez du titre. Lisons la première phrase de l’article : « La fréquence du cancer de la thyroïde est en hausse en France depuis les années 80. L’accident nucléaire de Tchernobyl serait loin d'être le seul responsable d’après l’Institut de veille sanitaire (InVS). » Puis vient : « Trente ans après la catastrophe, l’analyse d’un échantillon de lait produit en Biélorussie, près de la zone d’exclusion, contenait dix fois la quantité de radiation acceptée. Ce lait servirait à la production de fromages commercialisés en Russie. Des résultats inquiétants mais à confirmer. » C’est plus inquiétant encore, mais… rien est sûr. Alors que les habitants de ces lieux contaminés vivent depuis 30 ans dans cette ambiance, pourquoi tout d’un coup, balance-t-on ce type d’information dans les médias français ? Pour entretenir la peur en se servant de l’anniversaire trente ans après Tchernobyl. 

Voici un autre exemple repris par des journaux de la grande presse « mainstream », comme le Monde et des journaux régionaux comme le Midi Libre. Voici en gros le titre du Midi Libre du 26/04/16 : « 30 ans après Tchernobyl, la France est-elle toujours contaminée ? ». Le titre suppose donc que depuis 30 ans on nous cache des informations essentielles pour la santé publique. L’article nous parle de relevés faits par la Criirad, organisme privé (donc rémunéré) de recherche des radioactivités sur le territoire et largement utilisé par la puissance publique et les mouvements verts en « contre-expertise » des informations des organismes officiels en charge. Dans plusieurs régions, des prélèvements au sol dans la couche de terre agricole auraient révélé des radioactivités de 10.000 Becquerel. Ce chiffre frappe évidemment les esprits de la plupart des gens et laisse à penser que nous sommes toujours victimes de Tchernobyl et de ses retombées. Notre santé serait toujours en danger. Voici une partie du commentaire que j’ai adressé au Midi Libre : 

« La Criirad balance dans les médias des chiffres en Becquerel, qui est une unité très petite, trop petite, ayant remplacé le Curie, unité jugée trop grosse. En fait on ne devrait parler qu’en kBq soit 1000 Bq. Votre article relaie une information sur des radioactivités relevées de 10.000 Bq dans différents points du territoire, chiffre évidemment beaucoup plus impressionnant que celui de 10 kBq. Il n’est pas question pour moi de contester ces chiffres mais de voir leur impact sur l’homme. La contamination des sols par le Césium-137 peut en effet être dangereuse par l’ingestion de nourriture contaminée. En supposant que la nourriture soit toute d’origine locale, le supplément de dose efficace (celle concernant l’ensemble du corps) de radioactivité est de 0,001 à 0,002 mSv (milliSievert) par kBq/m2. Donc pour 10 kBq on a une dose efficace de 0,01 à 0,02 mSv. Or notre propre radioactivité interne, due au Potassium-40 contenu dans nos os, est de 0,25 mSv soit 10 à 20 fois plus. La radioactivité naturelle en France, très variable selon les régions, est en moyenne de 2,4mSV soit 100 à 200 fois plus. Pourtant des populations du monde vivent dans des radioactivités de 10mSv sans que l’on n’ait pu détecter statistiquement des effets sur la santé. L’imagerie médicale nous expose à des doses variant entre 0 et 30 mSV (9 mSv pour un scanner).

 La Criirad donne donc aux médias des informations qui n’ont qu’un impact négligeable sur la santé, de l’ordre d’une radio dentaire et même pas d’un voyage en avion. Elle jette ainsi l’opprobre sur l’énergie nucléaire en suscitant une peur injustifiée. En cas d’accident nucléaire l’impact économique et social est surtout généré par la peur comme l’a très bien démontré l’émission d’Arte. A mon avis personnel, au nom du principe de précaution, les normes ont été trop abaissées et affolent finalement inutilement. Les observations sur les populations qui sont restées vivre dans les zones contaminées, voire interdites après les accidents, nous en apprendront plus. En tous cas, je vous demande de ne pas céder aveuglément au sensationnel, les articles qui génèrent la peur étant toujours porteurs d’intérêt des lecteurs. La diffusion des informations dans ce domaine mérite d’être commentée avec le souci de ne pas susciter des peurs inutiles et finalement nuisibles. Je constate que votre journal ne le fait pas et cherche plutôt des titres et des articles accrocheurs qui finissent par masquer la réalité et deviennent de la désinformation. » 


J’ajoute que la limite de dose légale, la norme, est calculée comme on le fait pour les ascenseurs où l’on vous indique 4 personnes au plus en sachant bien que certains rentreront à 6. C’est donc pour un poids bien supérieur que l’ascenseur est prévu. Voilà le monde de désinformation dans lequel nous vivons. Ma compétence ne peut s’exercer que dans un petit nombre de domaines, je suis donc, comme vous tous, sujet à gober beaucoup de désinformations. Seuls le bon sens et l’esprit critique, celui que Mme Najat Belkacem veut enseigner aux enfants en participant pleinement elle-même à la désinformation mais que mes maîtres m’avaient inculqué il y a bien longtemps,  peuvent nous permettre d’éviter d’être pris en permanence pour des gogos. 

Grâce aux médias la démocratie est attaquée de toutes parts. 

La République que l’on nous serine à tout bout de discours

 Ne représente plus rien de ce pourquoi elle est née   


Puisque ces représentants ne représentent plus

Qu’eux-mêmes et oublient la France. 

Bien pires que les monarques

Ils nous abêtissent ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon