mercredi 27 avril 2016

Deux exemples de manipulation de l’information (1ère partie)

Deux publications récentes montrent l’ampleur de la désinformation à laquelle est soumis la population qui lit les journaux « mainstream » ou qui regarde la télé de 20h. Il s’agit de la communication des chiffres du chômage de mars 2016 et la commémoration de l’accident de Tchernobyl. Dans les deux cas on retrouve la même propension à nous faire prendre des vessies pour des lanternes : le chômage est en baisse et le danger de la radioactivité n’a pas quitté le sol de notre pays depuis Tchernobyl.  Autrement dit Hollande réussit « l’inversion de la courbe du chômage » et a raison de (re)demander l’arrêt de Fessenheim, prévu avant 2017… pour 2018, ce qui concernera son successeur. 

Le chômage est en baisse de 60.000 demandeurs d’emploi dans la catégorie A soit -1,7% et les commentaires vont déjà bon train pour dire que François Hollande va réaliser son pari pour 2017. Par contre lorsque les chiffres sont mauvais, on vous dit qu’il faut relativiser et que, l’hirondelle ne faisant pas le beau temps, il faut regarder les chiffres sur plusieurs mois avant de conclure. Regardons donc les chiffres du chômage publiés par DARES : 

On s’aperçoit vite que le meilleur chiffre de baisse est celui de la catégorie A des demandeurs sans emploi, objet de la communication gouvernementale et sur laquelle se joue à tort le pari. On nous fait croire que la situation du plein emploi s’améliore du fait de la diminution des demandeurs d’emploi dans cette catégorie, c’est une interprétation mensongère. En effet on constate un glissement de la catégorie A (remplie par les ruptures des contrats en CDI) vers les catégories B et C, des demandeurs d’emploi à activité réduite, ce qui n’est justement pas bon signe. Or on voit que ces deux catégories ont augmenté respectivement de 2,0% et 3,2%. Autrement dit il y a de moins en moins de travailleurs en CDI et donc proportionnellement moins de demandeurs d’emplois dans cette catégorie A. On peut même constater que l’augmentation est plus forte en catégorie C qu’en catégorie B, ce qui peut être aussi un glissement de B vers C. La précarité de l’emploi s’installe tout simplement. C’est donc l’ensemble des catégories A, B, C qu’il faut regarder. Alors ce n’est plus 60.000 demandeurs en moins mais seulement 8.700. Si l’on prend l’ensemble des catégories on tombe à 7.600 soit -0,1%. Il n’y a déjà pas de quoi pavoiser.

Le constat sur 3 mois est encore moins bon. Ce n’est plus que 50.000 chômeurs en moins en catégorie A soit -1,4% mais +3% sur l’ensemble des catégories A, B, C avec le même phénomène de glissement de la catégorie A vers B et encore plus vers C.  Sur l’ensemble des catégories la diminution n’est plus que 26.000 demandeurs soit -0,4%. Ajoutons que 322.400 demandeurs d’emploi ont disparu des listes pour  cause de radiation, défaut d’actualisation ou autres, et non pour cause de reprise d’emploi, stage, maladie, maternité. La durée moyenne à Pôle emploi avant de retrouver un travail est de 304 jours mais elle a augmenté de 3 jours depuis janvier et de 20 jours en un an. Sur 1 an c’est près de 200.000 demandeurs d’emploi en plus sur l’ensemble des catégories et le glissement vers les catégories à activité réduite est aussi évident avec une augmentation de 10% dans la catégorie C. On observe aussi une augmentation très forte de 12,2% de la catégories E des mises en formation. 

En conclusion la diminution forte en mars 2016 ne montre pas à l’analyse une évolution positive de l’emploi. Les contrats à temps plein se raréfient au profit de contrats à temps partiel. Ces derniers poussent à s’inscrire à Pôle emploi. On peut prévoir que la statistique à venir sur le taux d’emploi ne sera pas bonne. L’augmentation des chômeurs en formation ne peut déboucher sur une situation pérenne que si l’économie va beaucoup mieux. L’embellie provisoire, qui n’est pas générale dans le monde, a été mieux mise à profit en moyenne par les autres pays de l’UE. Voilà donc une belle démonstration de la manipulation de l’opinion et non une information réaliste. Ce genre de procédé se retourne toujours contre les désinformateurs, mais cela a deux conséquences. La première c’est que le temps passe et que les auteurs ne sont plus aux commandes quand les yeux du peuple s’ouvrent. La seconde c’est que le crédit des hommes politiques ne cesse de décroître dans l’opinion.

La deuxième information sur l’après Tchernobyl par les médias fera l’objet du prochain article. 

Non seulement les chiffres peuvent être manipulés

Mais leur interprétation l’est presque toujours 

Par des politiciens qui finalement

Creusent la tombe de la… 

Démocratie !
Claude Trouvé

Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon