vendredi 1 avril 2016

Daech recule en Syrie, grâce à qui ?



Notre Président met en avant nos succès militaires pour redorer un blason terni de quatre ans d’approximations, de reculs ou d’aggravations sur, le chômage, l’immigration, la laïcité, la sécurité, les libertés individuelles et collectives, la dette publique, etc., de divisions du peuple sur des questions sociétales et de politique de baisse des salaires et des retraites poussant le peuple dans la rue à plusieurs reprises. Il ne nous parle plus de son triomphe au Mali où les attentats reprennent, où la demande d’autonomie des berbères n’est pas réglée et où le flux de trafics de drogues et d’armes n’a pas cessé. Notre armée ne suffit plus, on fait appel aux réservistes, on retire des troupes en Centrafrique, et celle-ci fait savoir que ses matériels vieillissent sans se moderniser suffisamment. Nous nous épuisons dans une aventure néo-colonialiste qui n’assure notre avenir ni à l’intérieur ni à l’extérieur du pays.

Mais notre intervention en Syrie, sans mandat international et sans demande du gouvernement légal syrien, sous couvert d’une aide à un gouvernement d’opposition reconnu par nos soins, est un exemple criant de l’imbécilité de notre politique étrangère qui n’est que calquée sur les États-Unis. Pour ces derniers le droit d’ingérence est acquis quand ils estiment qu’il est porté atteinte à leur sécurité, décision unilatérale. En quatre ans d’action en Irak, non seulement Daech n’avait pas reculé mais il avait conquis de vastes pans de territoire et mis en place un véritable État Islamique aidé par l’Arabie Saoudite puis la Turquie, mais Al-Qaïda s’est également implanté aidé par le Qatar. Ce forces disposent d’un armement moderne et recrutent en permanence des mercenaires, et des kamikazes. Les camps d’entraînement en Jordanie et au Liban ont été créés, gréés et approvisionnés militairement par des puissances occidentales. La Turquie et Israël ont apporté leurs lieux de base arrière. Tout ceci fait partie d’un vaste plan israélo-étasunien auquel nous adhérons à partir de notre appartenance à l’OTAN dans une coalition occidentale. 

L’issue de cette guerre se dirigeait vers la défaite militaire de Bachar El-Assad et sa mort ou son éviction du pouvoir. Elle permettait de redessiner la carte du Moyen-Orient, où Israël et la Turquie agrandissaient leur territoire, de stopper le pipe-line prévu par l’Iran passant par la Syrie pour alimenter l’Europe. Les compagnies occidentales mettaient la main sur les richesses pétrolières et les États-Unis s’approchaient des frontières russes un peu plus. L’imminence de cette défaite a fait entrer la Russie dans le conflit à la demande du gouvernement légal. Les choses n’ont pas traîné et en cinq mois les militaires syriens ont accumulé les succès. La Turquie a compris que la Russie était prête à combattre toute tentative contre la Syrie légale. L’aviation russe a fait une intervention sans commune mesure avec les raids précédents des occidentaux dont on sait qu’ils se faisaient en connivence avec l’EI et étaient des interventions de façade préparées pour nuire le moins possible à celui-ci. Le résultat rapide  obtenu par les russes le prouve à l’évidence.

Mais ceci ne saurait masquer l’intensité des combats sur laquelle ne s’étendent pas nos médias parce qu’ils révèleraient combien notre jeu a été pervers pour avoir fait semblant de combattre une armée djihadiste que la coalition a si bien armée et entraînée. La bataille de Palmyre, grande victoire du duo  Poutine-Bachar en est un exemple qui mérite d’être relaté. Selon le lieutenant-général russe Sergueï Rudskoy, l’opération a duré 22 jours : « Entre le 7 mars et le 27 mars, l’armée de l’air russe a soutenu les unités du gouvernement syrien près de Palmyre, a conduit environ 500 sorties et livré plus de 2 000 frappes aériennes contre Daesh ». Selon Sergueï Rudskoy, les avions de combat russes ont aidé l’artillerie syrienne et les forces aériennes à abîmer les défenses de la ville, transformée par Daesh en une forteresse depuis sa capture en mai 2015. Les djihadistes ont fait preuve d’une force considérable et avait mis en place un système élaboré de fortifications, en effet : « A partir de mars, les militants [de Daesh] ont obtenu plus de 4 000 guerriers, au moins 25 chars et véhicules de combat d’infanterie, plus de 20 pièces d’artillerie et lance-roquettes, plus de 50 mortiers, quelques 100 lance-missiles antichars téléguidées, plus de 50 véhicules tout terrain équipés d’armes lourdes. Les terroristes avaient aussi plus de 10 camions truqués d’explosifs et conduits par des kamikazes et un certain nombre des drones. » 

Cela met en évidence la petitesse de notre intervention devant une telle armée et le fait qu’elle n’était que de façade. On note aussi les précautions russes pour ne pas détruire le site archéologique mis au patrimoine mondial de l’humanité, ce qui peut être vérifié ultérieurement. Les frappes aériennes russes ont aidé à détruire les positions  principales d’artillerie et des bunkers fortifiés installés sur les collines, a signalé Sergueï Rudskoy. Les forces russes ont été à même de prévenir tout renfort aux forces terroristes d’arriver à Palmyre. Il a souligné qu’« aucune structure de valeur historique n’a été endommagée à Palmyre par l’armée de l’air russe ». On réalise que l’EI avait les moyens de faire face à l’armée de Bachar El-Assad et aux forces kurdes au nord. La guerre n’est pas finie même si des routes d’approvisionnement et de ventes de pétrole sont coupées avec la Turquie mais la donne militaire et diplomatique a fondamentalement changé.

En permettant à l’EI et autres groupes connexes avec Al-Qaïda de s’implanter en Libye, les États-Unis ont pris acte d’une défaite militaire en bataille rangée probable et ouvrent la période diplomatique de négociation dite « de paix ». L’intervention russe est un coup d’arrêt au plan israélo-occidental de redécoupage de la zone Irak-Syrie et la carte finale du Moyen-Orient risque de se diriger vers une autonomie de la zone syrienne kurde. Dans la phase suivante la Russie va jouer un rôle prépondérant et les empêcheurs d’aboutissement seront la Turquie et l’Arabie Saoudite dont on peut penser qu’elles continueront à jeter les dissensions dans cette partie du Moyen-Orient, jeu dans lequel Israël jouera un rôle masqué. La bataille irako-syrienne est loin d’être décisive mais la prise de Palmyre est un pas décisif, comme le sera sans doute la prise de Mossoul. Désormais c’est vers la Libye, avec les extensions vers la Tunisie et l’Algérie que vont se concentrer les préoccupations des coalisés occidentaux avec un nouveau front de l’EI qui va tenter de créer l’union et la jonction avec BoKo-Haram. 

La théorie du chaos va continuer ses ravages en Afrique

Seul un revirement de la politique américaine 

Pourrait calmer cette folie guerrière

Tant l’Europe ne fait que suivre 

Et la France de devancer ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon