jeudi 28 avril 2016

Deux exemples de manipulation de l’information (2ème partie)

Le chômage et le nucléaire font la une des journaux en concurrence avec l’arrestation des terroristes dont on nous parle dans les moindres détails alors que seuls leurs révélations présentent un intérêt, le reste étant l’affaire de la Justice. Le nucléaire s’est remis dans l’actualité après les pas en avant et en arrière sur le sujet et le trou de 37 milliards chez EDF. Entre Ségolène Royal qui augmente de dix ans la durée de vie des centrales et François Hollande qui veut arrêter Fessenheim en 2018, l’incohérence règne.

Cette incohérence est préjudiciable à cette filière où la France a tenu une première place pendant longtemps. A force de querelles d’hommes entre EDF et Areva, à force de pressions politiques sur la sûreté nucléaire, à force de dénigrements politiques sur cette filière, et sans doute d’erreurs de gestion, la filière française a perdu son aura et son savoir-faire. Nous sommes concurrencés par la Chine et les États-Unis entre autres, menacés de ne plus vendre de réacteurs et d’être dépassés par les réacteurs russes de quatrième génération, sur lesquels nous avions vingt ans d’avance avec SuperPhénix, arrêté pour raison politique par Lionel Jospin. Les réacteurs EPR, comme Flamanville, sont à la pointe de la sécurité, dite « sûreté » en termes nucléaires, mais plus en tête de la recherche. Nos querelles intestines ont donné des chantiers mal gérés en Finlande et à Flamanville entraînant des surcoûts et des délais supplémentaires inacceptables. Ceci étant dit, il s’agit de deux têtes de série et il faut savoir que la rentabilité de la filière ne se fait qu’avec la construction des suivants. Les économistes qui parlent de folie des ingénieurs n’ont évidemment pas la notion de ce qu’est un prototype. Toutes proportions gardées, le coût d’une innovation technologique se paie aussi bien dans le nucléaire que dans l’automobile. Sur deux voitures prototypes l’industrie automobile investit beaucoup d’argent, et ne va récupérer que sur la série qui va suivre. 

Cela va déjà beaucoup mieux avec les deux réacteurs de Taishan, en Chine, sur lesquels travaillent EDF, Areva, et un opérateur local, le Chinois China Guangdong Nuclear Power Holding Corp (CGNPC). La construction n'a débuté qu'en 2008, pour un rendu prévu fin 2013. La "deadline" a bien été repoussée, à deux reprises, au printemps 2014, puis à juin 2015 pour la première unité, septembre pour la seconde. Mais ils seront terminés cette année avant Flamanville avec des coûts et des délais moindres. L’État s’est rendu coupable d’engager EDF dans les Énergies Renouvelables pour lesquels nous sommes partis très en retard sur ce marché dominé par le Danemark et la Chine. Les industries allemandes ont déjà pris du recul malgré l’abandon du nucléaire en Allemagne. Nous ne pourrons prendre que de petites parts du marché et ce créneau n’est pas rentable sans aide de l’État, lequel ne s’est pas privé pendant de nombreuses années de ponctionner sur les bénéfices d’EDF pendant les vaches grasses. Ce sont les incohérences de la politique énergétique française qui génèrent cette situation de quasi-faillite de l’EDF, industrie majeure aux capitaux essentiellement d’État. Cette situation est exploitée politiquement pour en remettre une couche sur l’arrêt du nucléaire et le soutien aux EnR sans aucune raison scientifique ni même économique.

Alors que notre pays est le plus nucléarisé du monde par habitant, alors qu’aucun accident majeur n’a endeuillé ou nui gravement à l’homme et à l’environnement, les mouvements écologiques ne cessent de vouloir en finir avec cette énergie. Ils sapent ainsi toute tentative de persuasion ou d’éducation de la population en perturbant toute réunion publique, j’ai pu en être témoin. Ils finissent par introduire une psychose qui n’a aucun fondement mais qui joue sur la peur devant un phénomène physique, la radioactivité, laquelle a le malheur de n’être révélée que par les instruments de mesure. La petitesse de son unité Becquerel, le choc d’une particule par seconde, porte deux inconvénients majeurs exploités au maximum, l’importance du nombre de Bq dès que l’on fait une mesure même dans un environnement dit « normal », dans une maison bretonne en pierres par exemple, et le terme « choc » qui porte une valeur traumatisante. L’écologisme excelle dans le maniement de la peur. Ne parlons même pas du Sievert, grosse unité de dose, et des Rad, Rem, Gray, qui fleurissent dans certains articles mais qui n'évoquent rien pour la majorité des gens. Comme le public non informé n’a aucune notion de la relativité des choses, il est à priori traumatisé par un danger inconnu, non visible, et facilement trompé par la grandeur des nombres attribués aux mesures. L’excellente émission d’ARTE sur l’après Tchernobyl a montré que les dégâts humains d’une catastrophe nucléaire tenaient beaucoup plus aux séquelles de l’angoisse et de l’anxiété qu’à la radioactivité elle-même, par ce qu’elles suggèrent dans les esprits. 

Nous sommes là devant une désinformation caractérisée dont les effets sont finalement très nuisibles. On ne s’attarde guère dans les médias sur le fait que des habitants des zones interdites, tant autour de Tchernobyl, qu’autour de Fukushima, ont refusé de partir et y vivent depuis sans que l’on puisse mettre en évidence une mortalité particulière ou des fréquences de maladie plus élevées que dans les autres zones contaminées ou non. Les vétérinaires y font les mêmes constats sur les mammifères domestiques. Pour les ukrainiens ou les biélorusses, cela dure depuis trente ans. Ce simple constat montre que le maniement de la peur à priori ne sert que des intentions politiques ou simplement la mobilisation d’énergies humaines pour militer pour une cause que l’on fait croire comme indispensable à la survie de l’humanité. Chacun sait que tout individu, soumis en permanence à l’angoisse, au stress et à l’anxiété, est une cible pour de nombreuses maladies dont le cancer est un des mieux connus. L’éducation de la population rendrait les individus moins perméables à cette distillation de la peur. Devant la puissance des détracteurs, il appartient à l’État d’être leader dans la communication, mais il est surtout complice. Dans un cycle de conférences dont j’étais un des acteurs, j’avais l’habitude de dire : « Si vous soulez que je vous fasse peur avec la radioactivité et l’énergie nucléaire, il me faut cinq minutes, si vous voulez que je vous rassure, j’ai besoin d’une heure et demi ».

Dans une dernière partie sur la désinformation, je vous ferai part d’un exemple concret de désinformation que nous venons de vivre dans les médias à la suite de l’anniversaire des 30 ans après Tchernobyl. Aujourd’hui nous sommes dans une entreprise de destruction systématique de l’opinion sur le nucléaire, qui fut l’un des joyaux de l’industrie de pointe française, et les conséquences économiques se font déjà sentir. Pendant ce temps, les russes, les chinois, les indiens, les iraniens, les britanniques et même les japonais continueront l’aventure sans nous. 

La désinformation, le refus d’information,

Et les empêchements d’en débattre 

Sont les deux plus grands ennemis

D’une véritable démocratie ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon