vendredi 19 décembre 2014

Quelle est l’économie en danger ? France ou Russie ?



Les sanctions économiques et financières pleuvent sur la Russie, l’ennemi numéro un pour les USA en attendant de hisser la Chine à ce niveau dès que l’affaiblissement de la Russie sera réalisé. Les USA ont besoin de la Chine comme client en dollar ou en obligations américaines. On ne peut jouer avec la Chine comme avec la Russie, il y va de la survie du dollar. L’UE, sur les insistances des Etats-Unis, a voté de nouvelles sanctions sur la Crimée, coupable d’avoir choisi par référendum le retour à la Russie. Par ailleurs les médias français dans leur ensemble se gaussent d’une attaque réussie sur ce pays stigmatisé avec l’affaire ukrainienne.

Derrière ce matraquage médiatique, la réalité s’avère bien différente. Pointer le doigt sur les difficultés russes, matérialisées pour l’opinion par la chute du rouble, permet d’oublier nos propres difficultés où la croissance prévisible reste faible, la pression fiscale très forte, la dette et le chômage toujours en augmentation. Il est donc salutaire de regarder la situation économique de la Russie avec plus d’objectivité et en comparaison avec la nôtre. 

La Russie est l’objet d’une défiance économique qui ne date pas d’hier. Les plus anciens se rappelleront des emprunts russes qui n’ont jamais été remboursés et les plus jeunes de la situation catastrophique de 1998 dans laquelle Poutine a pris le pouvoir. Les sanctions économiques occidentales n’ont pas de fondement autre que cet anathème donné en boucle : « Le Russe, c'est « le méchant » qui a annexé la Crimée et qui menace la pauvre Ukraine ». On omet de dire que c’est l’UE qui voulait faire entrer l’Ukraine, que c’est les USA qui veulent un partenariat militaire privilégié avec ce pays avant son entrée dans l’OTAN, que l'Ukraine est maintenant sous contrôle étasunien avec la nomination à des postes clés de personnes à la solde des USA (Ministères des finances, de l’économie et de la santé entre autres).

 Si les sanctions économiques et financières ont un impact non négligeable sur la Russie et d’ailleurs aussi sur l’économie européenne, c’est surtout la baisse du prix du pétrole et du gaz qui a l’impact le plus important. Il est clair qu’Obama fait tout pour ruiner la Russie en organisant avec ses complices d'Arabie saoudite une baisse artificielle des cours du pétrole, en détournant les marchés européens du gaz et du pétrole russe. Si ce n’était pas le cas on ne comprendrait pas que l’Arabie saoudite maintienne sa production si la demande est en baisse. Alors la Russie est-elle au bord du gouffre dans un scénario argentin ou grec ? 

Depuis la prise de pouvoir de Poutine, la Russie a progressivement retrouvé une démographie dynamique. En 2012, on assistait à une croissance naturelle de la population pour la première fois depuis 1992. Lors de sa prise de fonction, le revenu annuel moyen russe s'établissait à 1322 euros. Il était de 7988 euros en 2013 soit une augmentation de plus de 500% ! Le taux de pauvreté est lui passé de 35 % en 1999 à 13% en 2012. Á noter que le taux de chômage n'est que de 5,5 %. La population russe soutient d'ailleurs majoritairement son président avec plus de 80 % d'opinions favorables.

La Russie a les moyens de réagir à ce coup du sort. Le rouble s’est ressaisi hier avec l’introduction de 30 milliards par le Ministère des Finances et la Banque Centrale après ce minikrach sur le marché des changes. Mais la Russie avait engrangé 420 milliards, il lui reste donc des cartouches pour stopper la spéculation et revenir à des taux d’emprunt plus bas que les 17% qui étrangleraient son économie à terme. La dette publique était un problème majeur en 1998 ; aujourd’hui la Russie est l’un des pays les moins endettés du monde avec autour de 9% du PIB pour sa dette publique, soit 10 fois moins que la France. La balance commerciale était en déficit au premier semestre 1998, alors qu’elle est excédentaire aujourd’hui de près de 120 milliards par an, un chiffre comparable à celui de l’Allemagne. 

Par ailleurs Poutine a pris conscience qu’il fallait développer l’industrie du pays, les ressources en pouvant dépendre exclusivement du gaz et du pétrole. L’industrie russe se développe rapidement, et on a pu le voir dans les contrats signés récemment avec l’Inde, tout comme on peut le voir si l’on regarde les chiffres de la production automobile, ou aéronautique. Par ailleurs l'imbrication de l'économie russe avec celle de la Chine, devenue première puissance économique du monde, relativise le poids des manœuvres et des « sanctions » occidentales. Enfin loin d'être isolée, la Russie a une action d’entraînement pour les Bricks (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Dans ce quinté des puissances émergentes, la Russie, avec la Chine, fait figure de leader.

Il serait tant que la France, dont les médias par ignorance ou par suivi de la pensée unique, considère que l’affrontement avec la Russie ne tournera pas à son avantage et qu’elle perd de son crédit avec l’affaire Mistral que Poutine ne veut pas envenimer mais qui nous force déjà à lâcher du lest car les sanctions financières seraient lourdes. Les derniers propos de Hollande montrent que nous sommes dans une impasse dont il est urgent de sortir… sans perdre la face. 

L’ours russe a certainement plus de capacité de résistance

Qu’une France affaiblie, endettée et à la solde 

De l’hégémonie américaine ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon