samedi 27 décembre 2014

Ai-je encore la Liberté de choisir entre Egalité et Croissance ?


Manuel Valls reprend les vieux discours sur l’égalité, mot qui se veut socialiste… encore que. De quelle égalité parle-t-on ? Egalité des droits ? Elle est revendiquée par le libéralisme classique. Egalité des chances ? On est encore dans le libéralisme progressiste. Egalité des revenus ? Oui on est dans le socialisme marxiste, celui de l’URSS, dont on connait le résultat, l’appauvrissement généralisé. Alors, comme certains l’affirment, l’égalité des revenus est-elle la condition nécessaire de la croissance ? La suppression des notes est-elle la condition nécessaire à l’acquisition du savoir ? On pourrait aussi parler de l’égalité des sexes dont la perception est très différente d’un pays à l’autre. 

Voilà pourtant un sujet qui revient dans les discours de nos gouvernants. Quand le mot égalité n’est pas prononcé, il est remplacé par son homologue, la justice. C’est ainsi que l’on supprime l’imposition de la plus basse tranche de revenus, c’est ainsi que l’on cache la médiocrité d’un élève en ne notant sa copie que par des phrases ne permettant que peu de comparaisons. Regardons autour de nous. La France est l’un des pays les moins inégalitaires, mais sa croissance n’en est guère boostée pour autant. La Nouvelle Zélande est le pays le plus inégalitaire mais aussi l’un des plus dynamiques. Il n’y a donc pas forcément un lien si direct entre égalité et croissance. Une société inégalitaire n’est pas forcément une société en régression et à l’inverse une société relativement égalitaire n’est pas forcément une société à croissance élevée et chômage faible. 

On a coutume de parler des inégalités de revenus en comptant l’écart entre les plus riches et les plus pauvres, c’est faire fi de la pyramide des revenus. Le 1% des plus riches est infiniment moins nombreux que le 1% des plus pauvres. La véritable inégalité est à mesurer sur des nombres de citoyens plus importants, elle se situe entre la classe moyenne et la classe la plus basse. Cela bien sûr n’est pas le ressenti de la plupart, lorsqu’ils connaissent le montant des salaires des responsables des grandes industries par exemple. Mais la vraie question à se poser est d’abord celle de la manne issue de notre activité économique productrice à répartir, vient ensuite celle du comment répartir au mieux. 

Le meilleur indicateur dans une forêt d’indicateurs divers utilisés par les économistes, celle du PIB/habitant, même imparfait il est le meilleur résumé pour connaître l’état économique d’un pays. Le constat de la répartition des richesses entre la classe moyenne et la classe supérieure renseigne sur l’attirance ou non de la richesse vers le haut. La répartition entre classe moyenne et classe inférieure est un indicateur de la valeur de l’inégalité car l’on touche là à la très grande majorité de la population. Si la classe supérieure capte moins de la richesse sur la classe moyenne, si la classe inférieure voit son écart diminuer par rapport à la classe moyenne et si le PIB/habitant augmente, le pays tire le maximum du libéralisme et de la mondialisation. 

Mais avons-nous encore la liberté de choisir qu’il en soit ainsi ? La croissance est aux mains du dogme de la monnaie, de la fiscalité, du code du travail, du carcan administratif de contrôle des activités, des lois de redistribution de la richesse. Ces mains sont celles des gouvernants, des cartels et des syndicats, lesquels mènent le pays comme ils veulent après s’être fait élire sur de belles promesses qu’ils n’ont la plupart du temps pas le courage ou la possibilité de réaliser. Je vous propose de lire attentivement ces propos de Tocqueville dans un dernier effort de réflexion de fin d’année :
 
« Au-dessus [des citoyens] s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. II est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? (…) 

Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. » 

Si vous ne reconnaissez pas là un parfum d’actualité c’est que la Liberté n’est pas votre tasse de thé, heureux homme ! La Révolution et la République ont-elles vraiment changé quelque chose ? 

Qui peut décemment se dire vouloir l’inégalité sans mériter l’opprobre ? 

Qui est prêt à défendre un libéralisme dont le but n’est pas l’égalité 

Mais la plus grande richesse pour le plus grand nombre ? 

Lorsque l’on se gargarise de mots en fuyant le réel 

La Liberté nous fuit dans l’Egalité irréelle ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon