mercredi 10 décembre 2014

Économie en panne et loi « Micron »

Le Ministre de l’Économie présente aujourd’hui sa loi dite Macron, un ensemble fourre-tout de 93 propositions que les députés sont priés de voter rapidement. Avec autant de propositions, un mois de délai et des vacances de fin d’année, les parlementaires ont du pain sur la planche. Je dirai même que le travail risque d’être bâclé et peut se réduire à des oppositions gauche-droite parfaitement stériles. L’alliance des extrêmes aux intérêts divergents ne peut qu’aboutir à un charcutage et au marchandage. En fait le gouvernement est dans la précipitation car Bruxelles n’a pas encore donné son accord sur le budget 2015 d’une part et Manuel Vals est pressé de laisser sa marque sur l’année 2015. Pourtant nombreux sont les économistes qui considèrent que ce panier de mesures, même s’il devrait faire plus de bien que de mal, est loin des mesures radicales que la situation exige. 

Mais cette fois la pression de Bruxelles est forte car la France ne va pas respecter ses engagements pour 2014 et la diminution du déficit structurel (déficit hors remboursement des intérêts de la dette) atteindra péniblement -0,5%, après tous les rajouts et explications de Michel Sapin, au lieu de -0,8% demandé. Avec un passif sur 2014, et des promesses juré-crachées que nous serons largement dans les clous du déficit budgétaire à 3% du PIB en 2017, promesses que nous n’avons pas tenues dans le passé, on peut se douter que la France va tomber sans nul doute sous l’œil inquisiteur de Bruxelles. Le temps presse donc pour arracher le blanc-seing de Bruxelles, de desserrer l’étreinte et de retrouver un peu de crédibilité et de tranquillité… toute relative d’ailleurs car 2015 sera une année noire avec la véritable prise de conscience que nous sommes entrés dans l’austérité. 

Deux indicateurs sont révélateurs dans l’examen de l’économie, le PIB/habitant et l’emploi. Ce dernier est encore plus représentatif que le chômage dont les chiffres sont souvent limités à la Catégorie A (chômage total) et ne prennent pas en compte les non-inscrits et ceux ne répondant plus au suivi par lassitude. Or le PIB ne croît plus aussi vite que l’augmentation de la population puisque nous entrons dans la croissance zéro et l’emploi diminue. L’emploi recule depuis l’avant crise de 2008 avec 615.000 emplois en moins et de 65.000 emplois depuis le 4ème trimestre 2013. La construction et l’industrie sont les grands perdants, malgré un léger mieux dans le tertiaire. En résumé ces deux indicateurs prouvent que le pays s’appauvrit et que globalement les entreprises soit disparaissent ou délocalisent, soit diminuent leur personnel. 

Certes la conjoncture européenne n’est plus celle qui a suivi la crise de 2008-2009 avec une croissance qui s’essouffle même en Allemagne, mais la France qui se situait légèrement en-dessus de la moyenne européenne en matière de croissance et en dessous pour le chômage, est en train d’inverser sa position à son détriment par rapport à cette moyenne des 28 pays de l’UE. Notre politique économique et sociale, parce que les deux sont liés, est mauvaise. Rien ne permet de dire que la France souffre de handicaps particuliers aussi bien géographique, climatique, culturel, historique, linguistique, etc. 

Non la France est un pays béni par la nature, bordé de mers et de montagnes avec un sol riche, un climat tempéré, une culture ancienne et reconnue, une histoire brillante culminant sous le Roi-Soleil, une des langues les plus parlées dans le monde. Elle a une approche de l’enseignement qui donne des esprits bien faits chez les plus doués et nous brillons par nos scientifiques, informaticiens, ingénieurs et mathématiciens même si nous pêchons sur le niveau moyen des élèves. C’est peut-être d’ailleurs que les deux buts sont un peu contradictoires et difficiles à atteindre conjointement. 

Mais revenons un instant sur la loi « Micron ». Elle est pléthorique par le nombre d’articles mais minimale par son impact. Une fois charcutée il n’en restera qu’un croupion. Espérons que certaines dispositions comme la libéralisation du transport par car pour les liaisons entre villes sera sauvée car il ne faut pas jeter l’eau du bain et le bébé avec. Mais il y a fort à parier que ce dernier effort du Ministère des Finances ne nous évitera pas la mise à l’index de Bruxelles et n’aura que des effets secondaires sur l’économie française et l’emploi. Le regard de l’Allemagne sur notre pays devient de plus en plus critique et son poids pèse lourd avec ses alliés du nord sur les décisions bruxelloises. 

« Wait and see » diraient les anglais, mais la difficulté pour les français 

Est que nous n’avons plus beaucoup de temps 

Avant la mise sous tutelle par l’UE 

Et le peuple dans la rue ! 

Claude Trouvé
 Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon