lundi 22 décembre 2014

La France face à un problème de répartition des richesses



L’attention des gouvernants est tournée vers la recherche de la croissance dont on espère une diminution du chômage. Le socialisme français pour lequel les mots « justice » et « égalité » sont sacro-saints se contraint au libéralisme avec un Manuel Valls qui fait beaucoup d’efforts pour que l’on se souvienne qu’il est de gauche. Toute avancée dans le libéralisme doit se teinter d’une mince couche de socialisme pour ne pas se déjuger. Malgré cela le socialisme doctrinal montre les dents et la majorité nourrit de nombreux contestataires.

Malgré toutes ces précautions l’écart entre riches et pauvres s’accroît. Le 1% des plus riches devient de plus en plus riche pendant que la pauvreté s’accroît et que les secours populaires de toutes natures voient se présenter de plus en plus de monde. L’Etat lui-même voit ses recettes diminuer tant sur les revenus que sur les sociétés. On évoque à juste raison une fiscalité trop lourde qui détourne les sociétés et les hauts revenus de la fiscalité française. Si l’on prend le cas des grosses sociétés, elles ont depuis longtemps gagné plus par l’optimisation fiscale et les placements financiers que par l’augmentation de la productivité. Le Luxembourg vient d’être de nouveau épinglé. La société américaine Skype ne paierait d'impôts au Luxembourg que sur 5% de ses revenus après déduction fiscale, Walt Disney  bénéficierait d'un taux réel d'imposition de 0,28%. Des montages fiscaux auraient permis ces pratiques et auraient été réalisés par le biais de sociétés de conseil et d'audit. 

Jean-Claude Juncker, ancien Premier Ministre luxembourgeois avant de devenir le président de la Commission européenne, a dû platement s’expliquer car ces malversations ne datent pas d’aujourd’hui mais ont été conclues entre 2003 et 2011 : "Subjectivement parlant, je n'ai rien de plus à me reprocher que ce que d'autres auraient à se reprocher. [...] Mais, objectivement parlant, je suis affaibli, car le Luxleaks laisse croire que j'aurais participé à des manœuvres ne répondant pas aux règles élémentaires de l'éthique et de la morale". Bruxelles veut réagir. Pour les Échos, "l'optimisation fiscale agressive des entreprises n’est pas encore en déroute, loin s'en faut, mais (…) les ministres des Etats dont les pratiques sont trop favorables au secret fiscal ne parviennent plus à bloquer les initiatives de Bruxelles". 

En supposant que les prochaines mesures ralentissent la mise en œuvre de ces optimisations à la limite de la légalité, elles ne concerneront que l’UE or on sait que les paradis fiscaux existent encore et que les Etats-Unis ne sont pas prêts à faire rentrer dans le rang le Delaware. Nous avons à faire à des multinationales avec des actionnaires et des dirigeants qui pratiquent eux-mêmes l’optimisation fiscale. Le phénomène est mondial. Les milliardaires sont toujours plus riches en cette période dite « de crise » ! Plus que jamais, le classement Forbes 2014 révèle une flambée du nombre de milliardaires à travers le monde. Le nombre d’ultra-riches est en effet en hausse de 15,3% et ils sont désormais 1.645 à faire partie de ce classement, un record absolu depuis sa création il y a 27 ans. Il est intéressant de noter qu’ils n’étaient plus que 793 en 2009 en pleine débâcle financière. C’est donc bien la finance qui enrichit ou appauvrit les milliardaires. 

La conséquence c’est que ce petit monde d’individus et de sociétés s’enrichit par une soustraction à la fiscalité des Etats, lesquels vont demander au monde du travail de compenser les pertes. Voilà, l’augmentation du PIB et l’appauvrissement parallèle d’une partie grandissante de la population (notamment les 9,5 millions de chômeurs et de travailleurs pauvres occasionnels pour la France, chiffre 2014) est explicable par un « transfert des bénéfices » des grandes entreprises vers les comptes de l’oligarchie. Sans oublier la complicité des hommes politiques véreux dans cette manœuvre qui ont baissé les taxes des riches et des très grandes entreprises dans les dernières décennies... Par Marianne, nous savons que Total,  avec 36 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France, ne nous paye pas un sou d’impôt  et que c’est même l’Etat qui lui doit 20 millions d’euros sur sa perte de 60 millions sur l’exercice 2010.

Mais la démarche française vers les entreprises moyennes et petites, prises dans une recherche de compétitivité, des marges faibles et une devise encore trop forte pour notre pays qui les poussent non pas à embaucher mais à investir le plus possible dans l’automatisation, ne peut atteindre son but. Le Pacte de Responsabilité donnera un effet d’aubaine pour un nombre limité d’entreprises mais non seulement n’agira pas sur le chômage mais aura l’effet inverse. La difficulté de disposer de l’argent nécessaire aux investissements pousse les entreprises à garder le personnel et à chercher à augmenter encore leur productivité d’où des cas critiques de défaillances du personnel dans certains secteurs.
 
Les tâches les plus intéressantes à automatiser sont les tâches répétitives qui sont généralement exécutées par de la main-d’œuvre peu qualifiée et peu rémunérées. Elles rejettent cette catégorie de personnel dans le chômage et la précarité. On voit que la formation qualificative dans des secteurs porteurs comme le numérique est une nécessité et que la politique actuelle d’immigration qui augmente le nombre de travailleurs potentiels est rédhibitoire. D’autant plus que l’on constate les difficultés de scolarisation et de réussite de cette immigration, principalement celle venant de l’autre côté de la Méditerranée. 

Il est urgent de prendre en compte l’évolution commencée depuis de nombreuses années mais en évolution plus rapide de la demande de travail dans le monde d’aujourd’hui qui laisse de moins en moins de place à la main-d’œuvre non qualifiée, même dans les travaux administratifs. La croissance ne suffira pas à diminuer les inégalités entre riches et aisés, et la population en situation financière fragile. Elle doit s’accompagner d’une politique d’immigration choisie et contrôlée mais aussi surtout d’une véritable révolution dans l’enseignement et la formation en liaison étroite avec les acteurs économiques. 

Seule une infime partie des citoyens peut vivre du capital. 

Le libéralisme ne peut ignorer le monde du travail. 

Quand on ne peut nourrir tout le monde 

On n’appelle pas la misère du monde. 

On apprend au plus grand nombre 

Un métier qui a de l’avenir ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon