mardi 2 décembre 2014

Mon cher et vieux pays, où vas-tu ? (2ème partie : fédéralisme)

A l’heure où la disparité, entre les économies du sud et du nord, s’aggrave, la France étant dans la moyenne européenne pour la croissance, mais passant en-dessous pour le PIB/habitant (-8% de 2002 à 2013 par rapport à la variation dans les 28 pays de l’UE), et au-dessus pour le chômage (10,5% contre 10% en 2013) et le déficit budgétaire (4,4% du PIB prévu pour 2014 et décalage de quatre ans de l’objectif à 3%). Même si elle fait mieux que l’Italie, la question européenne revient d’actualité. Le cœur des européistes de conviction de l’UDI et du Modem ressassent les mêmes arguments du « si les choses vont mal, c’est qu’il n’y a pas assez d’Europe ! ». Autrement dit les directives européennes ne sont pas bonnes mais elles seront meilleures si on en augmente le nombre. Ses moutons de Panurge vont au précipice, mais tout ira mieux s’ils sont plus nombreux.

Il y a une solution logique à laquelle un mathématicien peut adhérer, c’est le fédéralisme, solution théoriquement viable avec un Président de l’Europe, un gouvernement, un Parlement et une Défense européenne indépendante. C’est une vue cohérente qui oublie pourtant que l’Europe ne se construit pas comme les États-Unis dans un pays neuf où la langue quasiment unique crée rapidement un lien commun qui a commencé une histoire commune. L’Europe est un continent qui fut l’objet de luttes intestines pendant deux millénaires même si une civilisation commune s’est constituée autour des luttes contre les peuples de l’est et les arabes. La France s’est frayé un chemin par la puissance de l’église catholique entre l’aspiration atlantique d’une Angleterre, qui a vécu son apogée après Waterloo, et une Allemagne protestante qui n’a jamais abandonné depuis Charles-Quint l’idée d’une suprématie germanique européenne due à sa position centrale. 

L’Europe à la trentaine de langues, sans compter les patois et dialectes, n’est qu’un patchwork de peuples qui essaient de mettre des intérêts économiques en commun en battant monnaie unique pour certains. L’identité européenne, caressée un instant dans l’euphorie passagère de l’euro, est autant en déclin que progresse une technocratie européenne qui dépouille lentement mais sûrement les États de leurs pouvoirs régaliens. Le Royaume-Uni est l’objet de forces politiques centrifuges sur l’appartenance à l’Europe. L’Allemagne a inscrit dans le marbre de sa Constitution toute modification dans les statuts européens qui obligerait à la révision de celle-ci. Ainsi le fédéralisme impose de fait un alignement sur l’Allemagne et l’euromark. Prêcher le fédéralisme est une vue idéaliste qui ignore la réalité de la géopolitique européenne. 

Mais penser, comme l’affirme les centristes européistes fédéralistes, que l’Europe sera plus forte et pourra éventuellement s’opposer au Traité de libre-échange transatlantique, est aussi suicidaire que la croyance de gauche avant la deuxième guerre sur une solution diplomatique avec Hitler. Nous n’avons pas de défense européenne donc pas de puissance réelle. Nous n’avons même pas pu régler seuls la guerre du Kosovo. L’OTAN avec un général américain à sa tête est censé nous protéger mais occupe le territoire européen et nous entraîne dans les conflits nécessaires au maintien de l’hégémonie américaine. L’Europe n’a plus les moyens d’exister en dehors des États-Unis, lesquels feront tout pour garder leur mainmise sur l’Europe. Il en va de leur survie. 

Cohérente dans son fonctionnement, théoriquement viable, la fédération européenne reste un idéal déconnecté de l’histoire des peuples européens. A ce propos, je voudrais citer de nouveau ce que m’a dit le vice-ministre japonais de l’énergie au moment du traité de Maastricht lors d’un déjeuner officiel : « Nous nous ne signerons jamais un traité qui détruit les souverainetés nationales ». Or le continent asiatique, et en particulier l’Extrême-Orient, est la zone centrale du monde pour le XXIème siècle. L’Europe fédérale ne sera pas ou elle sera allemande sans les britanniques. La France n’existera plus que dans une oligarchie où opèrent une ploutocratie, une technocratie aux intérêts communs qui n’ont rien à voir avec le peuple français. Celui-ci voit déjà fuir la démocratie et le fédéralisme ne peut que l’en éloigner un peu plus en déplaçant le reste de pouvoir de Paris à Bruxelles, Francfort et Berlin. L’UE a déjà montré qu’elle faisait fi de la démocratie en obligeant les pays comme l’Irlande et les Pays-Bas à revoter pour leur NON à Maastricht, et Nicolas Sarkozy a détourné le vote des français avec le traité de Lisbonne. La liberté accordée aux peuples, et encore avec parcimonie, c’est de voter comme l’UE en a décidé.   

La politique de la France ? Il n’en reste rien, comme le démontre l’incapacité de François Hollande à ordonner la livraison des Mistral à la Russie en exécution du contrat qu’elle a signé avec elle. Il est loin le temps où le Gal de Gaulle déclarait que « La politique de la France ne se décide pas à la corbeille » et retirait la France de l’OTAN. Aujourd’hui, sous les pressions des États-Unis et avec la complicité complaisante de Nicolas Sarkozy et de ses élites, la France a réintégré l’OTAN et en est réduite à jouer les valets de service. Il ne lui reste plus la moindre marge de manœuvre, et elle est en train de perdre à une vitesse ahurissante toutes les caractéristiques qui l’ont différenciée dans l’histoire. Tant il est vrai, comme le disait encore de Gaulle, que « La France ne peut être la France sans la grandeur. » 

Ce n’est pas la France de François 1er et de Marignan, ni de Napoléon et d’Austerlitz, qui disparaissent des livres d’histoire, que nous célébrons aujourd’hui mais celle du Saint Empire et de Waterloo. Ce n’est pas l’Europe qui lance la fusée Ariane 6, mais la coopération scientifique, industrielle et économique entre certains pays européens dont les industries en ont la capacité et y trouvent leur intérêt. Cela n’a pas attendu l’UE ni la monnaie unique. Cela est vrai pour Airbus et pour le projet ITER à Cadarache qui n’est pas le projet du monde mais le projet d’un consortium d’un certain nombre de pays du monde pour la maîtrise de l’énergie de la fission nucléaire. Vouloir nous vendre l’Europe sous le titre « l’Europe va construire Ariane 6 » n’est qu’une manipulation politique. 

Les élites ont choisi, pour un peuple qui n’en peut mais, 

De livrer la France au Saint Empire et aux lobbies, 

Après l’avoir déstructurée, diversifiée 

Dans une identité inconsistante 

Donc manipulable ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon