jeudi 4 décembre 2014

Mon cher et vieux pays, où vas-tu ? (4ème partie : le peuple va tourner la page)

Les français dans leur très grande majorité perçoivent que rien ne vient éclairer leur devenir qui s’assombrit de jour en jour. Ceci est particulièrement vrai pour la classe moyenne, les cadres, la paysannerie, le commerce de détail et la petite entreprise dont les rangs s’éclaircissent de jour en jour. Les professions libérales viennent de rentrer dans le collimateur. Le gros de l’électorat de gauche reste chez les cadres supérieurs et chez les fonctionnaires. Ces derniers réalisent que si leurs postes sont toujours garantis, les salaires subissent un arrêt et la réforme territoriale qui se profile va demander des changements d’emploi et de lieu dans l’administration territoriale. Ces changements sont très peu appréciés chez cette catégorie de salariés qui ont choisi la sécurité et la stabilité de l’emploi.

Aux déçus du précédent gouvernement viennent s’ajouter les nouveaux déçus et le Figaro peut afficher un sondage prévisionnel de l’Assemblée Nationale voulue aujourd’hui avec un tsunami bleu de droite. Cette droite est multiforme, des écologistes de droite à Dupont-Aignan, voire plus, mais exclut le FN dont les frontières avec les franges droitières de l’UMP sont de plus en plus ténues. L’image est néanmoins saisissante avec une cinquantaine de députés de gauche et une vingtaine du FN. On est loin de voir une opposition à l’américaine et le désir de disposer d’une Assemblée avec une majorité gouvernementale est poussé jusqu’à la caricature. On en conclut que si le leader du FN gagnait la présidentielle, ce qui est loin d’être acquis, il ne pourrait pas gouverner autrement que dans la cohabitation. 

Pour sauver la gauche, le Président peut tenter une dernière manœuvre par une modification électorale avec l’introduction d’une proportionnelle comme le candidat l’avait évoqué. Ce faisant il ferait aussi monter le nombre de députés du FN. Bien que ce type de manœuvre de dernière minute soit risqué, rien n’est impossible tant la gauche sent la punition imminente. Il faut admettre qu’une Assemblée, telle qu’elle serait avec un vote d’aujourd’hui, donnerait une représentation totalement déformée des opinions du peuple. Le constat est néanmoins très intéressant. Il démontre que le peuple fait le constat de l’échec global des derniers mandats présidentiels, constate que le pays tergiverse entre des directions opposées économiquement, socialement, géopolitiquement, et que ceci lui échappe de plus en plus. Il affirme avec force vouloir une direction claire, simple, avec des buts réalistes donc atteignables dans une démocratie plus participative.

Le peuple est prêt pour une nouvelle aventure. Personne ne peut savoir ce qui va se passer car nous entrons dans une phase nouvelle de délitement du pays, de montée des corporatismes et de l’individualisme. Le peuple, par inculturation rampante et par bon sens, n’est plus sensible aux beaux discours, type troisième république. Les orateurs, les agités des promesses à dizaines de contours, dont la plupart ne verront pas le jour, les Présidents qui dénaturent la fonction par leur agitation et leur langage de charretier, ou qui flirtent avec l’indécision à la tête du pays comme dans leur vie privée pour montrer qu’ils sont normaux, vont être définitivement rejetés. 

Le peuple va s’en tenir à des mots simples qui tracent la ligne pour les esprits diplômés ou non, pour une jeunesse qui veut comprendre et voir des résultats. Des mots comme travail, famille, égalité, justice, nation sonneront les uns ou les autres aux oreilles d’une nouvelle génération d’électeurs. Ils définissent mieux que des grands discours le capital confiance qui sera accordé au nouveau président. Son charisme et sa volonté d’affronter l’adversité seront les qualités qui désigneront l’élu beaucoup plus que ses diplômes et ses facilités oratoires. Les regards se tourneront vers les hommes qui ont prouvé leur compétence ailleurs que seulement dans les cabinets ministériels ou la Haute Administration. Le peuple prend conscience que le professionnalisme a dévoyé la politique en fabricant des rentes de situation à vie. 

Depuis De Gaulle et Pompidou, la France a connu trois mouvances électorales et donc trois types de président : 1° le président incarnant l’autorité parento-chrétienne, 2° le président lettré, 3° le président populaire que furent Chirac puis Sarkozy quoiqu’ils aient mis en œuvre de façon différente les outils de leur popularité. Cette popularité a sombré dans la réalité de la pression fiscale. La réalité, c'est que malgré l'existence d'un mur de Berlin fiscal (bâti aussi bien par la gauche que par la "droite", rappelez-vous l'exit tax de François Fillon et Nicolas Sarkozy), ceux qui ont les moyens financiers, techniques ou pratiques de travailler moins et de consommer moins ou autrement le font, de manière légale (jardinage plutôt qu'achat de fruits et légumes au marché, professions libérales qui diminuent leurs heures, par exemple) ou illégale (travail au noir, fraude). 


Par ailleurs l’État providence a montré ses limites et la conscience collective de la nécessaire solidarité ne peut subir la pression fiscale (qui a dépassé son apogée d’efficacité) et alimenter aussi les Restos du cœur, le Secours populaire, la recherche pour le Sida, la mucoviscidose, le cœur, la maladie d’Alzheimer, l’aide aux aveugles, aux handicapés, aux médecins du monde, etc. dans une confusion totale du rôle respectif de l’État et des citoyens et dans une non-transparence qui amène des abus, des détournements et des pertes d’efficacité. Que ce soit pour la solidarité ou pour une Réforme territoriale, le Qui fait Quoi est absent et ne génère que confusion et gâchis. 

Consciemment ou non le peuple indique la porte aux faiseurs de mirages dans des mots devenus vides de sens, socialisme, fascisme, communisme, écologisme parce qu’ils sont mis à toutes les sauces. On est en train de croire de nouveau à l’entreprise, à l’esprit d’entreprise, sans même savoir qu’elle se nourrit de libéralisme parce que c’est déjà un mot trop compliqué. Mais dire tu as un travail, tu sors du chômage, a un sens pour tous. 

Un vent de liberté commence à souffler contre la férule de l’État et de l’Europe. 

En constatant l’incapacité de ses gouvernants plus prompts 

A s’enrichir ou à se préparer une retraite dorée 

Qu’à consacrer leur énergie au Bien commun 

Le peuple se prépare à reprendre la main ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon