dimanche 7 décembre 2014

Le syndicalisme, un animal malade de la peste


L’affaire Thierry Lepaon, Secrétaire général de la CGT,  jette le regard de l’actualité sur la gestion opaque des syndicats dont 80% des recettes proviennent des subventions de l’État. La participation des syndicats dans la gestion de la Sécurité Sociale et dans les comités d’entreprise laisse de nombreuses occasions de détournement d’argent. Ce n’est un mystère que pour ceux qui veulent fermer les yeux. Par ailleurs le syndicalisme français est celui qui est le moins bien représenté par la base. Le taux de syndicalisation est l'un des plus bas du monde avec à peine 7,7 % des salariés, contre une moyenne de 25% en Europe et 67% en Suède. Il est plus important chez les fonctionnaires. Environ 4 syndiqués sur 5 sont fonctionnaires. 

Gestion opaque, privilèges non contrôlés de la hiérarchie, faible représentation, n’empêchent pas les syndicats de peser sur le fonctionnement de l’Etat et des entreprises. La législation les désigne comme les seuls représentants des salariés. La représentation importante de fonctionnaires leur permet de faire pression sur l’Etat-patron avec l’avantage que dans la plupart des cas, la grève perturbe peu les citoyens surtout celle des impôts, un peu plus les entreprises mais surtout l’État. Celui-ci est prompt à écouter les revendications et des avantages autres que salariaux sont facilement accordés. La sécurité de l’emploi rend le gréviste facilement mobilisable. 

Il ne faut pas voir beaucoup plus loin l’augmentation jusque-là irrépressible du nombre de fonctionnaires en particulier dans l’administration alors que les salariés de terrain sont souvent en sous-nombre comme dans les hôpitaux. C’est l’administration qui embauche et charité bien ordonnée commence par elle-même. Le syndicalisme à l’EDF est puissant parce que priver d’électricité la population a un retentissement énorme. Il en est de même à la SNCF. Ils ne se privent pas de profiter de leur impact sur le fonctionnement de la nation. A contrario les salariés des grosses entreprises sont souvent poussés à des actions violentes en dehors du périmètre de l’entreprise. Cependant j’ai pu constater que l’arrivée des forces de l’ordre était généralement difficile à obtenir même lorsqu’une bonne partie du personnel ne souhaite pas la grève et est empêchée de travailler. 

Le syndicalisme français a une puissance qui ne peut refléter l’opinion des salariés d’une entité donnée avec un pourcentage aussi faible. Cela donne lieu à une gouvernance par le haut où l’on se taille des postes très bien rémunérés pour des batailles qui sont souvent celles qui permettent de mettre le patronat sous pression permanente juste pour montrer leur puissance de nuisance. C’est ainsi qu’une entreprise qui avait dépassé la centaine d’employés et tenue de créer entre autres un comité d’entreprise a reçu une visite du délégué régional pour entendre ces premiers mots « De toutes façons les patrons sont des salauds ». C’est dans cette ambiance qu’une jeune entreprise commence son arrivée dans le monde syndical. 

Je peux citer un autre cas représentatif de la façon dont le syndicalisme français fonctionne avec une histoire vécue. Lors d’une importante modification de l’outil de production de l’entreprise, sous peine de perdre un gros client, le comité d’entreprise se réunit pour juger de l’opportunité des changements de poste du personnel ainsi engendrés. Devant le refus des syndicats de tout changement qui ne permettrait pas à chacun de gagner plus ou autant en travaillant moins, la direction lance : « Avez-vous une meilleure solution à proposer ? ». Réponse : « Ce n’est pas notre affaire, nous on est là pour accepter ou non ». 

Trop faiblement représentés, trop nombreux de plus, les syndicats jouent leur jeu personnel et la concertation est comprise comme un affrontement où de chaque côté de la table chacun tire la nappe vers lui. De plus chaque accord est précaire, rarement signé pour une durée. Quand c’est le cas, il n’est jamais interdit de le remettre en cause avant expiration. L’entreprise est donc dans un univers social instable qui favorise la création de CDD plutôt que de CDI pour disposer d’une paix sociale moins précaire entre autres. 

Le syndicalisme est nécessaire mais le syndicalisme français devient nuisible s’il ne se réforme pas. Dans toute entreprise où le contact individuel entre patron et employé n’est plus possible à cause du nombre, la représentation syndicale est nécessaire et utile aux deux partis. Il est temps de s’orienter vers un syndicalisme à l’allemande où les pourparlers sont longs mais dans un esprit constructif où syndicats et patron collaborent pour tenir compte au mieux de la conjoncture dans laquelle baigne l’entreprise. Les salariés acceptent des sacrifices pendant les vaches maigres, parce que la confiance règne, mais le patron ne renie pas ses engagements de redistribution quand arrivent les vaches grasses. Il s’ensuit un esprit de corps très bénéfique à l’emprise et à sa productivité. Tant du côté patronal que syndical, une réforme des relations sociales est devenue urgente. 

Lorsque les idées ne viennent que d’en haut 

Il y a de bonnes chances de dépérissement. 

Lorsque les idées du bas restent en bas 

Tout le monde devient perdant ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon