vendredi 5 décembre 2014

Libre Pensée ou penser librement ?



Les fêtes de Noël font resurgir un combat que l’on croyait d’un autre âge. Alors que les marchés de Noël vont s’ouvrir un peu partout en France, parsemés de références religieuses, catholiques bien sûr, le respect de la laïcité dans ce qu’elle a de plus rigide revient sur le tapis. Horreur en Vendée, à Béziers, des crèches ont fait leur apparition dans les mairies. La Fédération Nationale de la Libre Pensée a fait condamner cette pratique en Vendée par la justice pour atteinte à la loi et le préfet de l’Hérault a enjoint au maire de Béziers de faire de même. Voilà une bonne occasion de gâcher les fêtes de fin d’année dans un combat qui me parait bien misérable alors que dans de nombreux foyers, catholiques ou non, les enfants disposent les santons sur le buffet et exercent leur talent dans un rêve dont la mystique leur échappe pour la plupart.

Philippe de Villiers a incité les maires de Vendée à faire, sur ce point, de la résistance civique dans le droit fil du respect des us et coutumes d’une civilisation judéo-chrétienne que la Constitution Européenne voulait réaffirmer sous la plume de Valéry Giscard d’Estaing. Le Traité de Lisbonne n’a pas repris cette affirmation pour ouvrir la porte à la « diversité ». A l’heure où l’école publique introduit la connaissance des religions comme nécessaire à la culture et à la pratique de la pensée informée libre de ses choix, l’offensive d’une pensée laïque sectaire reprend le combat. 

J’ai toujours étudié au sein de l’école laïque et mes quatre enfants baptisés aussi alors que leur mère était un pur produit de l’école chrétienne. A l’époque de mon passage en classe terminale, on n’étudiait pas les religions en cours de philosophie mais les preuves ou non de l’existence d’un dieu, d’une puissance supérieure créatrice ou non du monde et de l’humanité. La religion, en tant que telle, était exclue de l’enseignement laïc qui accueillait catholiques, juifs et protestants. La cantine proposait du poisson le vendredi et les enfants juifs étaient autorisés à ne pas être présents aux enseignements du samedi matin. Ces derniers cours hebdomadaires étaient d’ailleurs mis dans les enseignements dits secondaires. Enseignement privé catholique et enseignement laïc vivaient donc dans un concordat paisible sauf dans certaines microrégions et localités, bretonnes en particulier. Chacun y mettait du sien et tout allait bien même si la rivalité de l’école publique et privée se réveillait au moment des examens publics.

Le calendrier laïc respectait sans problème les fêtes religieuses chrétiennes. Dans l’inconscient populaire cela faisait partie des us et coutumes, tout simplement. Ma grand-tante, institutrice hors pair, socialiste et officier dans l’ordre des Palmes académiques, entretenait les meilleures relations avec le curé de son village tout en défendant avec ferveur l’école laïque. Aujourd’hui la laïcité cède, pied à pied il est vrai, devant les exigences du halal et du foulard musulman. Les cantines scolaires sont de plus en plus sommées de faire des repas différenciés par religion et des femmes en foulard accompagnent les sorties scolaires. Dans le même temps des mouvements de pensée antireligieux, d’origine anticatholique de fait comme la Libre Pensée, mouvements qui étaient en déclin, reprennent le combat. La « guerre des boutons » de Louis Pergaud recommence, celle de la bataille à la sortie des écoles prétend désormais se jouer entre adultes dans le procès juridique. 

Il faut y voir là les conséquences de deux causes, la modification des lois sociétales et la diversité. Cette dernière appellation masque l’arrivée d’une nouvelle civilisation qui pousse à une évolution législative de plus en plus importante au fur et à mesure de l’augmentation de sa présence dans la population vivant sur notre territoire. Ceci explique pourquoi ce mouvement de la Libre Pensée, qui se revendique de gauche et d’extrême gauche en plus de laïc et d’anticlérical, ne se manifeste pas lorsque l’on fête la fin du Ramadan à l’Hôtel de ville de Paris, ni quand Manuel Vals inaugure la mosquée de Cergy-Pontoise. Ces acteurs de la loi 1905 de séparation de l’église et de l’État ne manifestent pas pour interdire le financement public des mosquées et de leurs « espaces culturels », alors que la loi de 1905 ne permet plus d’investir dans les nouveaux établissements à caractère religieux. 

Le caractère un peu provocateur, il est vrai, de l’initiative de Robert Ménard à Béziers avec la crèche dans le hall de la mairie, vient de ce sentiment de fuite des bases de notre « vivre ensemble dans la tradition de notre culture, de nos us et coutumes ». Certains en font un argument de position politique mais chaque citoyen reste libre de penser. Montrer une crèche à ses enfants à Noël est profondément ancré dans les coutumes populaires françaises beaucoup plus que les traditions anglo-saxonnes que le marketing tente d’imposer pour vendre un Vendredi de soldes et des masques pour Halloween. Il serait temps que la laïcité se recentre sur sa défense au sein de l’école. Il serait temps que le véritable esprit de la laïcité revienne dans la pratique de nos gouvernants, sourcilleux pour la religion historique de notre pays, celle qui a contribué à faire la France d’aujourd’hui, mais laxistes pour une civilisation que l’Europe a combattu depuis plus d’un millénaire. Il serait temps de se demander pourquoi nous sommes en Irak. 

Est-ce au nom de la laïcité que nous  combattons 

Un Etat Islamique pourfendeur de chrétiens

 Avec Mirages et bénédiction du Vatican ? 

Une nouvelle « guerre des boutons » 

Ne fait que donner à tous… 

Des boutons ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon