mardi 9 décembre 2014

Que retenir dans un florilège d’informations ?

Nous sommes submergés d’informations dès que nous ouvrons une source quelconque que ce soit la presse, la radio, la télévision ou internet. Chacun louvoie entre l’isolement envers l’actualité et le trop-plein d’informations. Chaque informateur, choisissant les sujets, nous nourrit de ce que nous devons savoir et influe sur notre jugement consciemment ou non. La façon dont est présentée l’information, même sans autre commentaire, suffit à nous influencer. Il n’y a dans mon propos qu’un constat que chacun peut faire. Mais il est un aspect pervers du déversement d’informations, c’est celui de bloquer notre jugement, notre réflexion qui a de moins en moins de temps pour se développer avant qu’une autre information ne nous arrive. Cette information de l’instant est une des plaies du monde moderne et entraîne des conséquences graves dans le fonctionnement de la démocratie.

Les réactions sont de plus en plus épidermiques, non réfléchies et amènent à des affrontements inutiles d’une part et à un éloignement de plus en plus grand entre ceux qui prennent du recul ou qui s’appuient sur ceux dont la mission est justement celle-ci et qui influe sur les décideurs en particulier. D’ailleurs les politiques eux-mêmes peuvent ne plus prendre le temps de consulter ceux qui prennent ce recul nécessaire pour des réactions politiques visant le moyen et le long terme. On a alors une politique incohérente de court terme dont le fondement n’est que la captation de l’électorat. Nous en avons des exemples de plus en plus fréquents. 

Je vous propose donc de regarder les titres de l’actualité d’aujourd’hui avec un premier tri factuel évitant les bruits de couloir politique à partir desquels on peut essayer de regarder de l’autre côté du miroir :
  • Déficit de l’État : léger recul fin octobre à 84,7 milliards pour 84,6 en septembre
  • Le déficit commercial passe de 4,7 milliards en septembre à 4,6 milliards en octobre
  • Le déficit public pour 2015 sera plus bas que prévu
Arrêtons-nous là pour apprécier la teneur de ces informations qui sonnent comme le commencement d’un redressement que nous attendons tous. Le déficit de l’Etat recule, bien, mais creusons un peu.  Selon les chiffres donnés ce mardi matin par le ministère des Finances, l'État a vu ses dépenses cumulées à fin octobre baisser de 2,3% sur un an, et ses recettes reculer dans une proportion équivalente (-2,8%). Autrement dit au fur et à mesure que les dépenses publiques diminuent, dépenses dont on sait qu’elles touchent plus les investissements que le fonctionnement, on voit reculer les recettes. L’information de départ met simplement en lumière que nous sommes en plein dans l’austérité, l’ensemble de la nation souffre ! 

Le déficit commercial diminue, bien. Toutefois la diminution est due principalement à la diminution des importations (-0,6%) et non à l’augmentation des exportations (-0,4%). La machine économique est toujours en stand-by malgré une baisse importante de l’euro par rapport au dollar. Enfin bonne nouvelle, le déficit public est évalué plus bas que prévu en 2015. Mais si l’on ajoute qu’en 2015 les recettes de l’impôt sur le revenu baisseront de 6,1 milliards, la nouvelle confirme que la période d’austérité frappant les citoyens est en cours et que les prévisions de croissance, assujetties pour leur plus grande part à la consommation intérieure, sont vraisemblablement trop optimistes et l’objectif ne sera pas atteint. 

On voit combien nous pouvons être trompés par le seul aspect factuel de l’information amplement diffusée par le gouvernement et donnant à l’homme pressé une vision finalement erronée de la situation réelle. Mais on peut trouver bien d’autres sources d’enfumage au plein sens du terme. J’en veux pour preuve la décision du Conseil Général de l’Ile-de-France interdisant, mais sans sanction, les feux de cheminée à partir du 1er janvier 2015. Sous l’impulsion des écologistes, cette mesure semble s’appuyer sur des résultats scientifiques connus depuis fin 2007. « La combustion de biomasse (feux de cheminée, feux agricoles et feux de jardins) est responsable de 50 à 70% de la pollution carbonée hivernale en Europe. Tel est le verdict rendu par le programme européen CARBOSOL chargé d'étudier la pollution particulaire en composés carbonés en Europe, et coordonné par le Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement (LGGE, CNRS / Université Grenoble 1). » Cette étude a été publiée le 15 décembre 2007 dans The Journal of Geophysical Research. 


Bravo ! Cette décision est cohérente avec la lutte contre la pollution carbone, considérée officiellement comme la source du réchauffement climatique… sauf par les sceptiques. Evidemment une interdiction sans sanction demande une information importante du public, tenté d’aimer la joyeuse combustion des bûches dans l’âtre, et mérite un délai d’application d’autant plus que l’arrêté définissant les combustions interdites est particulièrement abscons. Patatras ! Mme Ségolène Royale veut revenir sur cet arrêté. Les bonnes conditions de son application et les non sanctions risquent de rendre cet arrêté inopérant donc inutile. 

Bien ! En effet il y a un défaut d’application, donc bravo pour ce retour au bon sens. Sauf que la Ministre ajoute qu’elle est favorable au développement des feux de cheminée pour défendre la filière biomasse. Alors là on croit rêver. Les travaux scientifiques ont ciblé l’importante pollution carbonée de ce type de combustion et on ne peut en même temps lutter contre la pollution carbone dans les transports routiers et promouvoir la principale source de pollution en carbone si tant est qu’elle est la cause du réchauffement climatique ! Il faudrait rappeler à la Ministre que développer les forêts est une mesure certes écologique puisque les arbres sont des consommateurs de gaz carbonique qu’ils stockent dans leur bois mais que le libérer par la combustion du même bois est anti-écologique. Les maisons en bois oui, les feux de cheminée non  !

Informations tronquées, fausses, manipulées, déformées, 

S’abattent sur un peuple submergé d’informations. 

Les politiques, dont le rôle serait d’expliquer, 

De synthétiser, de débattre, d’expliquer, 

Evoluent dans le dogme ou l’idiotie !

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon